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En attendant les législatives

À l'issue de son investiture, le président Omar Bongo Ondimba a nommé une nouvelle équipe élargie et peut-être transitoire.

En nommant le 21 janvier une équipe de 49 membres, Omar Bongo Ondimba nouvellement réélu a fait les choses en grand. Le gouvernement de Jean Eyeghe Ndong ne compte pas moins de 4 vice-Premiers ministres et 11 ministres d’État, 19 ministres et 14 ministres délégués. Première caractéristique, plusieurs d’entre eux conservent leur portefeuille respectif, notamment au plus haut niveau. C’est le cas de Jean Ping (Affaires étrangères), Paul Toungui (Économie et Finances), Ali Bongo Ondimba (Défense), Richard Auguste Onouviet (Mines), Émile Doumba (Économie forestière), Casimir Oyé Mba (Planification) et Honorine Dossou Naki (Justice).
Parmi les sortants figurent toutefois quelques grosses pointures, à commencer par le Premier ministre, Jean-François Ntoutoume Emane, nommé délégué aux grands travaux des fêtes tournantes, mais aussi Antoine Mboumbou Miyakou, anciennement vice-Premier ministre. Ce dernier, proche du chef de l’État, a été nommé à la présidence du Conseil économique et social (CES) en remplacement de Louis Gaston Mayila, devenu vice-Premier ministre en charge des Affaires sociales.
Outre les caciques du régime, une place est également donnée à « l’opposition conviviale », c’est-à-dire ralliée à la mouvance présidentielle. Alors que Paul Mba Abessole, chef de file du Rassemblement pour le Gabon (RPG), reste vice-Premier ministre, Pierre Claver Maganga Moussavou, le leader du Parti social démocrate (PSD), et Pierre-André Kombila, son homologue du Rassemblement national des Bûcherons-démocrates (RNB-D), décrochent tous deux un ministère d’État. Mais si les deux premiers étaient déjà des familiers de l’écurie présidentielle, le ralliement du professeur Kombila, cardiologue de son état, est plus inattendu. Et réduit encore un peu plus le nombre des opposants radicaux. À l’exception de Pierre Mamboundou et de Zacharie Myboto, tous deux candidats malheureux à la présidentielle de décembre dernier, et des dirigeants du Parti gabonais du progrès (PGP), orphelin depuis le décès de Pierre-Louis Agondjo Okawé intervenu en août 2005, la majorité des opposants a aujourd’hui changé de camp.
Autre caractéristique, le nombre de femmes est en forte augmentation, puisqu’on en compte pas moins de 12, contre seulement 5 dans la précédente équipe. Parmi les nouvelles venues, on citera Georgette Koko, docteur en géographie, qui est nommée vice-Premier ministre chargée de l’Environnement. Autre personnalité, la secrétaire particulière du chef de l’État, Laure Olga Gondjout, fait son entrée avec un maroquin de ministre déléguée aux Affaires étrangères. Enfin, la syndicaliste Christiane Bitougat, la très remuante présidente de l’Union des syndicats de l’administration publique, privée et parapublique (Usap), se voit confier le portefeuille du Travail et de l’Emploi. Une manière de s’assurer de la prolongation de « la trêve sociale » conclue entre le gouvernement et les partenaires sociaux en 2003. Sur le plan social d’ailleurs, le nouvel exécutif reflète fidèlement les préoccupations présidentielles avec une recrudescence des portefeuilles dédiés aux maux de la population. Avec des appellations parfois surprenantes : Pierre Amoughé Mba hérite ainsi de « la Ville, de la Promotion de la vie associative et de la Protection de la veuve et de l’orphelin ».
Si la composition de cette équipe respecte une certaine dose d’ouverture à l’opposition et à la société civile (on compte un professeur agrégé, une syndicaliste et trois avocats), elle est également instructive sur l’esquisse de ce que pourrait être la nouvelle politique menée dans le pays. Car l’architecture du gouvernement fait la part belle au courant des Rénovateurs. Au sein du Parti démocratique gabonais (PDG, au pouvoir), les « Rénos », qui semblaient plutôt en retrait dans le précédent gouvernement, prennent leur revanche. Principaux chefs de file de cette mouvance, Ali Bongo Ondimba et André Mba Obame sont tous deux ministres d’État, avec le portefeuille de la Défense pour le premier, et celui de l’Intérieur, de la Sécurité et de l’Immigration pour le second. Principal rival des Rénovateurs, le général Idriss Ngari cède donc le « ministère de la Police » à l’un de ses adversaires et prend en charge le département des Travaux publics. Reste qu’il n’aura pas une liberté de manuvre totale, puisqu’il est flanqué d’un ministre délégué, Germain Ngoyo Moussavou, ex-directeur adjoint du cabinet présidentiel et membre éminent du club des « Rénos ». Quant à la présidence du Conseil national de la communication (CNC), l’organe de régulation des médias, elle échoit à un autre Rénovateur, François Engongah Owono, ex-ministre de l’Éducation nommé le 19 janvier en remplacement de Pierre-Marie Dong, entré au gouvernement.
Doté d’un tel effectif ministériel, le Gabon prend résolument le risque de susciter la réprobation du FMI, toujours très attentif à la maîtrise du train de vie de l’État gabonais. Mais, pour Omar Bongo Ondimba, il était impensable de ne pas remercier ceux qui ont contribué à sa récente victoire. Sans pour autant négliger la représentation de chacune des neuf provinces du pays autour de la table du Conseil des ministres. À cet égard, le choix d’un ancien ministre délégué à l’Économie et aux Finances, Jean Eyeghe Ndong, pour la primature n’est pas fortuit. Ex-directeur général adjoint de la Caisse nationale de sécurité sociale et député PDG de 1996 à 2001, le nouveau promu est un Fang originaire de l’Estuaire (Libreville). C’est également la raison pour laquelle le chef de l’État, passé maître dans l’art des équilibres les plus audacieux, a misé sur une formation élargie. Élargie certes, mais éphémère. Certains la qualifient même de « gouvernement de transition ». Et l’on prête au Boss l’intention de remodeler son équipe après les législatives, scrutin initialement prévu pour décembre prochain et qui pourrait être anticipé au mois de juillet. Des élections qui, comparées à la présidentielle, sont autrement plus significatives des véritables rapports de force politiques sur le terrain.

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