Politique

Nigeria : une cinquantaine parlementaires claquent la porte du parti de Muhammadu Buhari

Bukola Saraki, le président du Sénat nigérian, est accusé d'être à l'origine des défections. © Sunday Alamba/AP/SIPA

Quatorze sénateurs et 37 membres de la Chambre des représentants ont quitté mardi le Congrès des progressistes du président Muhammadu Buhari, pour rejoindre l'opposition, alors que les prochaines élections générales sont prévues pour février 2019.

Alors que les primaires du Congrès des progressistes (APC, au pouvoir), dans l’optique de la présidentielle nigériane de février 2019, sont prévues pour le mois d’août, les dernières séances plénières avant les vacances parlementaires du Parlement ont été clairsemées : quatorze sénateurs et 37 membres de la Chambre des représentants manquaient à l’appel, ce mardi 24 juillet.

La plupart d’entre eux, membres du parti présidentiel, dénonce un mode de gouvernance autoritaire et l’impuissance du pouvoir à endiguer les violences qui se propagent depuis des mois dans le pays, et a rejoint les rangs du principal parti d’opposition, le Parti démocratique populaire (PDP). Le secrétaire national du ce parti, Kola Ologbondinyan, a salué ces ralliements comme « un bon développement pour notre culture démocratique », accusant le chef de l’État d' »intimider » et de « harceler » l’opposition.

Candidats potentiels

La liste des sénateurs ayant rejoint l’opposition inclut le très influent Rabiu Kwankwaso, un ancien gouverneur de l’État de Kano, qui a été pressenti comme un candidat potentiel pour l’élection présidentielle de février 2019, lors de laquelle le président compte briguer un second mandat de quatre ans.

M. Kwankwaso ne s’est pas encore exprimé sur la question, mais il pourrait devenir un rival de poids au sein du PDP face à l’ancien vice-président Atiku Abubakar, qui a quitté l’APC en 2017 et ne cache pas ses ambitions présidentielles.

Les rumeurs de défections massives couraient depuis des semaines, sur fond de rivalités persistantes entre l’exécutif et les législateurs, qui ont dénoncé à plusieurs reprises une « chasse aux sorcières » ciblant les opposants présumés : de nombreux responsables politiques visés par la justice pour corruption appartiennent au PDP.

Règlements de comptes

Le président du Sénat, Bukola Saraki, qui avait quant à lui quitté le PDP pour l’APC avant la présidentielle de 2015, est soupçonné d’être à l’origine des ralliements massifs à l’opposition. Bien qu’il soit toujours officiellement membre de l’APC, ses divergences avec Muhammadu Buhari sont en effet notoires.

La Cour suprême du Nigeria a levé récemment des accusations de corruption qui pesaient contre lui au terme d’une longue bataille judiciaire. Mais le président du Sénat était convoqué mardi par la police nigériane, accusé d’avoir commandité une série de braquages de banques dans son fief politique, l’État de Kwara, en avril dernier.

Dans un communiqué publié lundi soir, M. Saraki a dénoncé un « stratagème » pour empêcher les défections imminentes de parlementaires du parti au pouvoir et mardi matin, les forces de police ont encerclé sa résidence à Abuja.

« Les services de sécurité sont instrumentalisés pour régler des comptes politiques », a commenté à l’AFP Cheta Nwanze, du cabinet de consultance SBM Intelligence, basé à Lagos. « Ce qui vient de se passer témoigne d’une impunité à un niveau jamais vu depuis l’ère militaire ».

« Démocrate converti »

M. Buhari, ancien général de 75 ans qui dirigea la junte militaire au pouvoir dans les années 80, s’est fait élire en 2015, se décrivant comme un « démocrate converti ». Il bénéficie d’un fort soutien populaire dans le Nord majoritairement musulman, dont il est issu, et de sa position de président en exercice, dans un pays où la victoire revient traditionnellement au sortant après un premier mandat.

Mais de nombreuses voix s’élèvent depuis des mois contre l’inefficacité de sa lutte contre la corruption et les difficultés quotidiennes rencontrées par la majorité des Nigérians, après une grave récession économique en 2016. Il est également très critiqué pour son incapacité à rétablir l’ordre, alors que le Nigeria est confronté à des conflits multiples, entre violences agro-pastorales dans le centre, insurrection jihadiste dans le Nord-Est et groupes rebelles dans le Sud pétrolier.

Début juillet, plus de 30 partis dont le PDP ont formé une alliance contre la candidature du chef de l’État à sa propre succession. Dans le même temps, un groupe dissident a lancé un nouveau mouvement – l’APC réformé (rAPC) – au sein du parti au pouvoir, dénonçant « la catastrophe monumentale » qu’a été la présidence Buhari depuis 2015, selon eux.

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