Musique

Africajarc : un village africain dans la vallée du Lot

Sona Jobarteh, sur la scène d'Africajarc, dans le sud de la France. © DR / Africajarc

Le temps d'un festival, la petite commune de Cajarc, dans le sud de la France, s'est métamorphosée en micropolis africaine.

Cajarc est un village de 1 200 habitants perdu au fin fond du Lot, dans le Sud-ouest de la France, où – disons-le tout net – la diversité ethnique n’est pas vraiment de mise. Et pourtant, c’est bien dans cette cité médiévale au charme indéniable que se tient depuis 1999 le festival pluridisciplinaire Africajarc. Pendant quatre jours (du 19 au 22 juillet), entre 15 000 et 20 000 personnes, principalement originaires de la grande région d’Occitanie, convergent dans ce petit village de la très paisible vallée du Lot.

Le temps de ces quelques jours, les ruelles, la salle des fêtes, le gymnase, l’église, la place centrale, les galeries d’art et les scènes montées en bordure de rivière règlent leurs cadrans à l’heure africaine. La place du Foirail et ses environs prennent des allures de marché afro, où les créateurs de mode venus du Burkina comme de Toulouse côtoient les mamans africaines prêtes à parer les têtes raides de tresses multicolores.

Le retour de Touré Kunda

Cette année, la manifestation a fêté sa 20e édition avec le grand retour des frères sénégalais Touré Kunda, qui célèbrent eux aussi leur anniversaire (40 ans de carrière !), en reprenant leurs grands classiques au croisement du reggae et de la pop, ainsi que les titres de leur dernier né : Lambi Golo.

Et ce festival à taille humaine n’a rien à envier à ses pendants angoumoisin (Festival Musiques Métisses) et parisien (Africolor). Salif Keita, Fémi Kuti, Alpha Blondi, Fatoumata Diawara, Youssou N’dour, Rokia Traoré, Angélique Kidjo,… Autant d’institutions du genre – et la liste est longue -, y ont été programmées aux côtés d’une nouvelle génération prometteuse.

Cette année, la relève de Tinariwen, les Touaregs d’Imarhan venus de Tamanrasset (Algérie), ont fait vibrer la grande scène à coup de blues du désert et d’effets de pédales abrasives, la Britanno-Gambienne, Sona Jobarteh – unique korafola professionnelle au féminin -, Seun Kuti, digne héritier de son père, ou encore les Soudanaises d’Alsarah & The Nubatones ont également fait le déplacement…

Des plumes et des films

Mais la richesse de la programmation ne se limite pas qu’à la musique. « Je pense que nous sommes le seul festival en France à proposer un éventail artistique aussi riche », assure Francine Erb Gomes, co-présidente de l’association organisatrice. Le volet littérature accueille les plus grandes plumes francophones (Alain Mabanckou, Wilfrid N’sondé, Ken Bugul, etc.).

La sélection cinéma est elle aussi largement à la hauteur, avec des films primés dans les plus grands festivals européens, loin des productions « calebasse » réduisant l’Afrique à sa misère ou des fantasmes. Un niveau d’exigence que l’on doit à des programmateurs persévérants qui n’ont pas hésité à négocier directement avec les distributeurs et réalisateurs. Une attention particulière est également accordée aux plus jeunes réalisateurs et à un format trop souvent boudé, le court-métrage. Au total ce sont près de 32 heures de films qui ont été visionnées par l’équipe pour sélectionner les 11 projets en compétition.

« Cette invitation aux cultures d’Afrique » ne serait donc rien sans l’énergie, l’investissement et le sourire déployés par les équipes et les quelque 200 bénévoles. « On souhaite vraiment pérenniser le festival, qui a connu des années difficiles. Les coûts techniques, de sécurité… tout augmente et cela demande beaucoup de rigueur », éclaire la co-présidente. Africajarc s’autofinance à 50%. Une fragilité  économique qui ne semble toutefois pas ralentir les organisateurs, les élus « ouverts à la – et les – cultures », et les habitants.

La musique est aussi dans la France profonde !

Loin des grandes villes où le collectif et le vivre-ensemble tendent à se perdre, la solidarité et la philanthropie sont au cœur de l’événement qui a vu le jour grâce à Jean-Pierre Lelubre, président de l’association des parents d’élèves des écoles de Cajarc, tombé il y a vingt ans sous le charme d’un groupe togolais et burkinabè, alors en résidence dans un lycée de Cahors. Il décide alors d’organiser un projet avec les établissements scolaires de la région. Un pari fou… Mais gagné. Le spectacle fédère 1 000 personnes. Et parvient à ouvrir les jeunes et les moins jeunes à d’autres horizons culturels.

« La musique est aussi dans la France profonde ! », rappelle avec son enthousiasme légendaire, Soro Solo, l’ambianceur de France Inter venu animer les festivités. Depuis, l’engouement n’a cessé de croître. L’Afrique à Cajarc, ce n’est pas que du divertissement. Mais aussi une belle leçon d’altruisme – l’événement fédère associations humanitaires et représentants de la Cimade (Comité inter mouvements auprès des évacués) – et de générosité.

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