Tourisme

Maroc : ce que les parlementaires reprochent à l’ONMT

Parlement de Rabat. © Hassan Ouazzani pour Jeune Afrique

Dépenses « irrationnelles et injustifiées », situation budgétaire « instable et précaire », manque de coordination avec le ministère de tutelle... Après la parution d’un rapport parlementaire sur la gestion de l’ONMT, son nouveau patron, Adel El Fakir se trouve confronté à sa première crise.

Une commission d’enquête présidée par Lhoucine Abbadi, du PJD, s’est intéressée à la gestion de l’Office national marocain du tourisme (ONMT), un organe public qui a pour principale mission de faire la promotion de la destination Maroc, sur la période entre 2010-2017. Et ses conclusions, dévoilées le 17 juillet devant les conseillers du royaumes sont accablantes : entre dépenses inutiles, manque de coordination avec le ministère de tutelle et gestion budgétaire catastrophique, le rapport qui a demandé six mois de travail fait état de nombreux manquements.

Après une lecture et un débat en plénière au Parlement, le document a atterri sur le bureau d’Adel El Fakir, le nouveau directeur de l’ONMT. Nommé le 21 juin dernier, suite au départ d’Abderrafia Zouitene, qui a pris sa retraite le 30 novembre 2017 après cinq ans aux commandes de l’Office. Le nouveau patron doit ainsi gérer une première crise.

  • Dépenses « irrationnelles et injustifiées »

Le rapport parlementaire énumère notamment une série de dépenses « irrationnelles et injustifiées », qui apparaissent sur les comptes de l’ONMT, comme l’indemnité consacrée au loyer des directeurs généraux qui se sont succédé à ce poste et qui ont perçu mensuellement 50 000 dirhams (plus de 4 500 euros) chacun pour leur habitation sur la période étudiée. Dix millions de dirhams sont également consacrés chaque année par l’ONMT à l’hébergement de ses différents invités.

  • Études discrètes mais onéreuses

Les parlementaires qui ont élaboré le document rapportent que des millions de dirhams ont été dépensés « sans aucune rationalisation ». L’ONMT s’est ainsi offert les services de plusieurs cabinets de conseil d’envergure à des coûts jugés excessifs. Les rédacteurs du rapport n’en disent pas plus et ne donnent aucun chiffre, mais ils expliquent que l’ONMT a refusé de leur livrer les études qui ont été réalisées.

« Malgré ces documents rémunérés, l’Office continue à éprouver de grandes difficultés pour interagir et répondre aux exigences continuelles et renouvelées du secteur du tourisme », indiquent les parlementaires, qui pointent aussi la subvention que l’ONMT accorde au secteur de l’aviation civile pour sa « mauvaise gestion » et le « manque de logique de sa distribution ».

  • Communication défaillante

Le « marketeur » officiel du royaume chérifien n’arrive pas à maintenir le cap. Les stratégies adoptées dépendent beaucoup des directeurs généraux qui se sont succédé. Et pour ne rien arranger, la communication entre l’Office et son ministère de tutelle est défaillante. Pourtant, la principale mission de l’ONMT est d’aider à la réalisation de la politique publique « Vision 2020 ».

Les professionnels du tourisme ont à de nombreuses reprises essayé de tirer la sonnette d’alarme concernant ce manque de coordination, qui explique en grande partie les difficultés des politiques publiques, qui peinent à atteindre leurs objectifs.

  • Situation budgétaire « instable et précaire »

Sur le volet financier, les parlementaires demandent au ministère de trouver une solution d’urgence à une situation budgétaire « instable et précaire ». Le jour de la présentation de la « vision 2020 », relèvent-ils, il avait été convenu que l’ONMT perçoive annuellement 1,3 milliard de dirhams. Mais l’Office chargé de la publicité et la promotion des destinations touristiques recevait moins de la moitié de cette somme de la part du ministère du Tourisme, soit 1,5 % du budget global du secteur – dans le monde, ce taux est en moyenne plutôt de l’ordre de 3 %.

Concernant la part qui doit lui être consacrée dans les taxes sur les nuitées, l’ONMT n’a récupéré que 120 millions de dirhams sur les 190 millions de dirhams prévus pour l’année 2017. Une situation qui « étonne » beaucoup les parlementaires, selon lesquels l’incapacité éprouvée par l’ONMT à atteindre ses objectifs est indéniablement liée à son manque de moyens.

Un nouveau règlement interne préconisé

Ils préconisent un nouveau règlement interne, associé à un guide réglementaire et procédural pour assurer la transparence de la gestion financière et permettre une rationalisation des dépenses. Les députés recommandent aussi d’unir les forces des différents acteurs du tourisme sous la même entité pour réussir une promotion plus aboutie et ciblée.

Le rapport en question examine la période durant laquelle se sont succédé deux patrons : Abdelhamid Addou, l’actuel PDG de la RAM et Abderrafia Zouitene, président de la fondation Esprit de Fès. Le départ de ce dernier a été une surprise et les raisons en étaient restées floues – même si la raison avancée était que l’ancien homme fort du tourisme marocain avait atteint l’âge de la retraite en 2015, et avait alors obtenu une prolongation de deux ans.

Son successeur aura fort à faire durant les prochaines semaines pour enrayer la crise. Spécialiste des finances et du marketing, Adel El Fakir est déjà passé par le secteur public : il a dirigé la régie publicitaire de la SNRT, avant de devenir quelques années plus tard directeur général d’Atlas Bottling Company, un embouteilleur et distributeur de Coca-Cola au Maroc. Ce féru des nouvelles technologies et des réseaux sociaux a été diplômé de l’ISCAE en 1994. Il a également reçu différents masters par la suite, dont celui de École des Ponts ParisTech en 2004.

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