Politique

Retour d’Arafat en Palestine

1er juillet 1994

Les milliers de Gazaouis qui sont venus à sa rencontre en ce 1er juillet 1994 n’en croient pas leurs yeux. Pour la première fois depuis vingt-sept ans, Yasser Arafat va fouler le sol de Palestine avant de s’y réinstaller définitivement quelques semaines plus tard, d’abord à Gaza, puis, lorsqu’il sera élu président de l’Autorité palestinienne, en janvier 1996, à Ramallah, en Cisjordanie.
À 15 h 14, la Mercedes noire du leader de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) franchit le poste-frontière avec l’Égypte, à Rafah, et s’immobilise au milieu de la foule. Le « père de la nation » s’en extrait, salue ses compatriotes juché sur les épaules de policiers puis fait quelques pas dans la cohue. Mais très vite, ses gardes du corps le soulèvent de terre pour le remettre aussitôt au fond du véhicule. Le cortège prend la direction de Gaza, où Arafat est accueilli par une véritable marée humaine. Vers 17 heures, il prononce un vibrant appel à l’unité des Palestiniens et à la libération de toutes les villes palestiniennes – Jérusalem compris. « Ce qui est important, c’est l’unité, l’unité et l’unité, et je promets à toutes les familles que nous prierons à la mosquée d’Al-Aqsa à Jérusalem. »
Le retour d’Arafat en Palestine découle des accords d’Oslo, signés en août 1993. L’OLP reconnaît « le droit d’Israël à vivre en paix et dans la sécurité » et obtient en échange d’être considérée par Tel-Aviv « comme le représentant du peuple palestinien ». Le 13 septembre, à Washington, est signée une « déclaration de principes sur des arrangements intérimaires d’autonomie », dont le préambule proclame la volonté de parvenir à une « réconciliation historique ». L’instauration d’une Autorité palestinienne intérimaire est prévue pour une période transitoire de cinq ans maximum. Le monde, médusé, voit alors, sur la pelouse de la Maison Blanche, Itzhak Rabin saisir la main d’Arafat, sous le regard ému du président américain Bill Clinton. Mais, pour Arafat (comme pour Rabin), le plus dur reste à faire : convaincre son peuple de la légitimité de sa démarche.

Car si Arafat insiste tant, en ce 1er juillet 1994, sur l’unité du peuple palestinien, c’est que ce dernier paraît bien divisé. Une partie de la jeunesse – celle qui s’est soulevée lors de la première Intifada en 1987 – doute des capacités du leader de l’OLP à résoudre les immenses difficultés économiques auxquelles les Palestiniens sont confrontés : dans la bande de Gaza, 60 % de la population vit dans des camps de réfugiés. Une situation misérable qui explique la montée en puissance du Hamas, lequel ne fait pas partie du comité d’accueil d’Arafat. Pourtant, ce dernier ne manque pas de demander la libération du fondateur du mouvement islamiste, Cheikh Yassine, qui purge une peine de prison à vie en Israël. Le leader de l’OLP se pose ainsi en fédérateur de tous les Palestiniens pour mieux endosser ses habits d’homme d’État. Mais l’assassinat de Rabin par un étudiant ultra-orthodoxe, le 4 novembre 1995, à Tel-Aviv, ruinera les espoirs de paix. Et Arafat, « disqualifié » par Ariel Sharon en 2001, passera les trois dernières années de sa vie reclus, assiégé par Tsahal dans la Mouqataa de Ramallah, où il sera inhumé – après une maladie aussi foudroyante que suspecte – en novembre 2004.

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