Diplomatie

Rencontre historique des dirigeants éthiopien et érythréen à Asmara

Ce montage montre le premier ministre Abiy Ahmed (à g.) et le président érythréen Isaias Afwerki. © Sumy Sadruni, Ashraf Shazly/AFP.

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed s'est rendu dimanche à Asmara pour une rencontre historique avec le président érythréen Issaias Afewerki destinée à mettre un terme à des années d'hostilité entre les voisins de la Corne de l'Afrique. Abiy Ahmed a annoncé que les deux pays allaient renouer leurs relations diplomatiques.

La télévision officielle de l’Erythrée a montré les deux dirigeants qui ont récemment amorcé un rapprochement s’étreignant dans la capitale érythréenne tandis que le chef de cabinet de Abiy Ahmed, Fitsum Arega, déclarait par tweet: « la visite offre une occasion extraordinaire pour promouvoir la paix pour le bien de nos peuples ».

L’Ethiopie et l’Erythrée se sont mis d’accord pour renouer leurs relations diplomatique et ouvrir leurs frontières, a annoncé dimanche à Asmara le Premier ministre éthiopien, après des décennies d’hostilité entre les voisins de la Corne de l’Afrique.

« Nous nous sommes mis d’accord pour la reprise du trafic aérien et naval, pour la circulation des personnes entre nos deux pays et la réouverture des ambassades », a déclaré Abiy Ahmed, à l’issue de discussions dans la capitale érythréenne avec le président Issaias Afewerki.

« Efforts de normalisation »

Lors d’une scène inimaginable il y a encore quelques semaines – les plus hauts dirigeants des deux pays ne s’étaient pas retrouvés depuis près de vingt ans -, Abiy Ahmed est descendu d’un avion d’Ethiopian Airlines à l’aéroport d’Asmara, saluant le président Issaias et le prenant dans ses bras avant que les deux hommes ne foulent un tapis rouge.

Ils se sont dirigés vers le lieu d’un entretien sans faire de commentaire. « Cette visite s’inscrit dans les efforts de normalisation avec l’Erythrée. Abiy Ahmed doit discuter avec les dirigeants érythréens de la manière de nous réconcilier », a déclaré à l’AFP le porte-parole du ministère éthiopien des Affaires étrangères Meles Alem.


>> À lire –  Érythrée : Issayas Afewerki, Asmara parano


Le sommet de dimanche fait suite à l’annonce par Abiy Ahmed le mois dernier de la volonté de l’Ethiopie de céder à l’Erythrée un territoire frontalier disputé qu’elle occupe toujours malgré un jugement d’une commission indépendante internationale soutenue par l’ONU datant de 2002.

Un conflit ancien

Le refus de l’Ethiopie continuait de bloquer les relations bilatérales bien que les deux frères ennemis aient mis fin aux hostilités après une guerre qui les a opposés entre 1998 et 2000 et fait quelque 80 000 morts. Cette guerre s’est inscrite dans le contexte d’un conflit plus ancien encore. Ancienne province éthiopienne sur la mer Rouge, l’Erythrée a déclaré son indépendance en 1993 après avoir chassé les troupes éthiopiennes de son territoire en 1991 au terme de trois décennies de guerre.

Les relations bilatérales se sont envenimées, un contentieux sur la délimitation de leur frontière commune dégénérant en guerre ouverte cinq ans plus tard. C’est l’arrivée au pouvoir à Addis Abeba en avril, de Abiy Ahmed, 42 ans, qui a ouvert la voie au dégel des relations. Le nouveau dirigeant a amorcé un train de réformes sans précédent depuis plus de 25 ans dans le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique.

Au nombre de ces bouleversements figurait l’annonce début juin de son intention d’appliquer l’accord de paix d’Alger signé en 2000 avec l’Érythrée et les conclusions de la commission internationale sur la démarcation de la frontière. Bien accueillie par le chef de l’État érythréen, cette initiative a débouché sur l’envoi fin juin à Addis Abeba d’une délégation érythréenne de haut niveau et l’annonce à cette occasion d’une prochaine visite de Abiy Ahmed à Asmara.

La promesse du Premier ministre d’un retrait éthiopien de la zone contestée, dont la ville symbole de Badme, accordée à l’Érythrée en 2002, ne s’est pas encore concrétisée sur le terrain où les dernières hostilités remontent à deux ans à peine. En juin 2016, un violent accrochage avait opposé les deux armées à la frontière, les Érythréens affirmant avoir tué plus de 200 soldats éthiopiens et Addis Abeba rappelant qu’elle avait « la capacité de mener une guerre totale ».

Mais en répondant à la main tendue de Abiy Ahmed, le président Issaias a tranché avec ses habituelles diatribes. A la tête depuis 1993 d’un des régimes les plus fermés et les plus répressifs au monde, il justifie depuis des années l’emprisonnement de dissidents et la conscription obligatoire par la nécessité de se défendre contre l’Éthiopie. La décision de Abiy Ahmed de tourner la page du conflit en respectant l’accord de paix d’Alger a été saluée par la communauté internationale.

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