Politique

Gabon – Jean-Fidèle Otandault : « Redresser les comptes publics, ce n’est pas l’austérité »

Jean Fidèle Otandault, le ministre gabonais du Budget. © Vincent Fournier pour JA.

Dans un contexte économique difficile, le Gabon a annoncé fin juin différentes mesures restrictives, destinées à réduire le coût de fonctionnement de l'État. Pour Jean-Fidèle Otandault, le ministre du Budget, le Gabon n'est pas à l’heure de l’austérité.

Réduction de la taille du gouvernement, réduction des effectifs des cabinets ministériels, baisse de 15 % du traitement de l’ensemble des autorités administratives, suppression des postes de deuxième adjoint, mise au bon de caisse de l’ensemble des personnels de l’État afin de s’assurer de la présence effective des agents, suppression des cabinets et limitation de la rémunération des présidents de conseils d’administration aux jetons de présence, gel des concours administratifs… Le Gabon est-il à l’heure de l’austérité ? Non, clame le ministre d’État en charge du Budget et des Comptes publics, Jean-Fidèle Otandault, qui explique et détaille le train de mesures visant à réduire le coût de fonctionnement de l’État.


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Jeune Afrique : Quelles sont les principales caractéristiques de la loi de finances rectificative de 2018 ?

Jean-Fidèle Otandault : La loi de finances rectificative 2018 est caractérisée par trois principaux traits. On note d’abord une progression de 14 % des recettes budgétaires, tirée essentiellement par une hausse de 30 % des recettes issues du secteur hors pétrole. Comme deuxième caractéristique, il y a l’inversion de la tendance haussière de la masse salariale qui décroit de 70 milliards de FCFA, soit 10 % de ce qu’elle représente actuellement.

Enfin, l’accent est mis sur le redressement de l’investissement, avec une hausse de 166,5 milliards de FCFA par rapport à l’exercice 2017 ; ce redressement étant uniquement supporté par les ressources internes, grâce aux économies réalisées sur la masse salariale.

Sur la base de quel prix du baril de pétrole cette loi a-t-elle été élaborée ?

Les hypothèses retenues à cet égard tiennent évidemment compte de la relative volatilité des cours du pétrole de ces dernières années.

Nous avons par conséquent tablé sur une amélioration de 27,7 % des prix du pétrole par rapport aux hypothèses retenues dans la loi de finances initiale ; soit un baril de pétrole à 60 dollars.

En outre, nous prévoyons une contraction de 5,1 % du taux de change par rapport aux prévisions initiales, soit 529,1 de FCFA pour 1 dollar.

Cette loi va-t-elle dans le sens d’une réduction du train de vie de l’État ?

La réduction du train de vie de l’État est effectivement un des objectifs de politique publique que nous poursuivons activement. Et la loi de finances rectificative s’inscrit dans la lignée de cet objectif.

Cette économie va découler de diverses actions, telles que la suppression de plusieurs postes fortement rémunérés

Le poste « masse salariale » enregistre ainsi une baisse de 10 %, qui représente une économie d’un peu plus de 70 milliards. Cette économie va découler de diverses actions, telles que la réduction des plus hauts salaires dans la fonction publique, la suppression de plusieurs postes fortement rémunérés, aussi bien à la présidence de la République (-40 %) que dans les cabinets ministériels (-44 %), la suppression des postes de 2e adjoint dans les emplois d’encadrement de l’Administration.

Nous allons par exemple interdire l’achat de véhicules haut de gamme, restreindre de manière drastique les voyages en première classe

S’agissant des dépenses courantes de fonctionnement, nous procéderons à une plus grande rationalisation des dépenses de biens et services, non seulement pour dégager des marges substantielles affectées à l’investissement, mais également favoriser la création d’emplois et stimuler la croissance. Très concrètement, nous allons par exemple interdire l’achat de véhicules haut de gamme, restreindre de manière drastique les voyages en première classe ou en classe affaires pour les agents de l’État, et réduire les montants consacrés aux frais de mission.

Enfin, en matière de dépenses de transfert et d’intervention, certaines agences et certains établissements publics dont l’existence ne se justifie plus vont être supprimés et les critères d’octroi des subventions de l’État vont être renforcés autant que nécessaire.

Les économies réalisées par l’État se chiffrent globalement à 145 milliards de FCFA pour l’exercice budgétaire 2018

À quelle hauteur se chiffrent les économies réalisées par l’État lorsque ce train de mesures sera effectivement appliqué ?

Les économies réalisées par l’État se chiffrent globalement à 145 milliards de FCFA pour l’exercice budgétaire 2018.

Ces réformes sont-elles en mesure de redresser les comptes publics ?

Le redressement des comptes publics suppose un retour à une meilleure adéquation entre les ressources et les charges de l’État. À cet effet, le Gabon entend agir dans le double sens d’une amélioration des recettes et d’une maîtrise des dépenses.

Ainsi, la loi de finances rectificative 2018 prévoit une augmentation substantielle des recettes hors pétrole de 31 %, par rapport à l’exécution 2017, résultant essentiellement des mesures d’élargissement de l’assiette et de réduction des dépenses fiscales, prises récemment. Dans le même temps nous ramenons nos dépenses à la baisse de 145 milliards de FCFA.

Non, le Gabon n’est pas à l’heure de l’austérité car le Gabon n’est pas en crise

Le Gabon est-il à l’heure de l’austérité ?

Non, le Gabon n’est pas à l’heure de l’austérité car le Gabon n’est pas en crise. Nous avons pris l’engagement de redresser les comptes publics tout en préservant les acquis sociaux.

La fonction publique a toujours été l’un des plus gros pourvoyeurs d’emploi. Désormais, le Gabon compte sur des créations d’emplois dans le privé pour absorber la demande. Mais le secteur privé a-t-il les moyens de créer davantage d’emplois ?

La loi de finances rectificative prévoit une augmentation des dépenses d’investissement. C’est un levier de création d’emplois dans le secteur privé.


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Ces réformes sont-elles susceptibles d’améliorer le quotidien des Gabonais ?

Le but poursuivi à travers toutes les mesures décidées par le gouvernement et toutes les options de la loi de finances rectificative 2018 est précisément de s’assurer du bien-être des populations gabonaises. Vous remarquerez, à travers cette loi de finances, que toutes les dispositions ont été prises pour garantir les acquis sociaux, voire les améliorer à travers un financement accru de notre système de sécurité sociale et le maintien des services sociaux de base.

Le modèle social gabonais est bien trop solide pour être menacé par quelques efforts de redressement de nos finances publiques

Le « modèle social » gabonais est-il menacé ?

Le modèle social gabonais est bien trop solide pour être menacé par quelques efforts de redressement de nos finances publiques. Bien au contraire, si nous ne faisons rien, nous courons le risque d’engager notre modèle social dans une crise.

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