Vie des partis

Côte d’Ivoire : dans les coulisses de la crise au sein du PDCI

Maurice Kakou Guikahué, Henri Konan Bédié et Daniel Kablan Duncan lors du bureau politique du PDCI-RDA, le 16 juin 2018. © DR / PDCI-RDA

La crise entre le président Alassane Ouattara et son principal allié Henri Konan Bédié au sein du Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix (RHDP) s'est déportée à l’intérieur du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI).

Le bureau politique du PDCI organisé à Abidjan, le 16 juin 2018, a renvoyé aux calendes grecques la question de l’adhésion au futur parti unifié, projet politique majeur d’Alassane Ouattara. Depuis lors, le fossé se creuse au sein du parti, entre partisans dudit parti à unifier et opposants.

Tout a commencé à Yamoussoukro. À l’issue du conseil des ministres du mercredi 27 juin 2018, Alassane Ouattara lève la séance en martelant qu’il n’y aura pas de nouveau conseil des ministres, jusqu’à nouvel ordre. Il affiche le visage ferme des jours graves.

Le mardi 3 juillet 2018, les ministres PDCI sont reçus par Bédié chez lui, à Daoukro…

Les ministres PDCI se sentent particulièrement visés et mal à l’aise. Quelques heures avant, le président s’était entretenu avec son vice-président Daniel Kablan Duncan (PDCI) et son premier ministre Amadou Gon Coulibaly (Rassemblement des républicains, RDR, parti de Ouattara) et s’était étonné que rien n’ait été fait par les ministres issus du PDCI, pour tenter de ramener Bédié à de meilleurs sentiments face au parti à unifier.

Après le conseil, Duncan donne instruction aux ministres PDCI, de conduire une mission à Daoukro (centre), ville natale de Bédié, pour y rencontrer celui-ci qui y réside habituellement. Nous sommes le mardi 3 juillet 2018 : à leur demande, les ministres PDCI sont reçus par Bédié. Ceux-ci demandent au patron de leur parti de démettre Maurice Kakou Guikahué, de son poste de secrétaire exécutif en chef du parti. Refus catégorique de Bédié. De fait, la coordination du secrétariat exécutif devrait être tournante, entre les membres dudit secrétariat et Guikahué, qui occupe ce poste depuis le congrès de 2013, passe pour un cacique du camp du « non » au parti unifié.

La colère de Bédié

Réputé peu bavard, le « Sphinx de Daoukro » cache difficilement sa colère. « Il est vrai que l’idée du parti unifié a été avancée par moi-même, à l’occasion de l’appel de Daoukro, mais je n’en veux plus », laisse-t-il entendre. Fin de la réunion.

De fait, Bédié n’a pas apprécié que Ouattara le désavoue publiquement sur la question de l’alternance en faveur d’un cadre issu du PDCI, en 2020. « Je ne lui ai jamais rien promis. Et je lui ai rappelé ma position qui n’a jamais varié : le moment venu, nous choisirons le candidat le plus apte et le plus compétent, quel que soit son parti d’origine, pour représenter le RHDP », avait déclaré Alassane Ouattara, dans une interview accordée à Jeune Afrique, début juin 2018.

Le communiqué signé de Narcisse N’Dri, le nouveau porte-parole du PDCI, a été personnellement corrigé par Bédié

Cette mise au point a eu pour mérite de clore le débat sur la question de l’alternance en faveur du PDCI, mais a eu pour inconvénient d’exacerber la crise latente entre les deux hommes. Mardi, à la veille de la dissolution du gouvernement par Alassane Ouattara, plusieurs ministres PDCI ont lancé un mouvement clairement pro-parti unifié : « Sur les traces d’Houphouët-Boigny ».

Dirigé par Kobenan Kouassi Adjoumani, désormais ex-porte-parole du PDCI, il est soutenu par la majorité des ministres et présidents d’institutions issus du « vieux parti ». Pas tous. La réponse du berger à la bergère ne s’est pas fait attendre. Dans un communiqué signé de Narcisse N’Dri, le nouveau porte-parole du PDCI, et personnellement corrigé par Bédié qui y a apporté sa touche personnelle, ce dernier « en appelle au sens des responsabilités de l’initiateur de ce mouvement et ses comparses et les invite à se ressaisir pour préserver le PDCI-RDA des dérives opportunistes préjudiciables à sa cohésion ».

Fuite sur les réseaux sociaux

Au même moment, une conversation téléphonique entre Amédé Kouakou, ministre (PDCI) des Infrastructures économiques, favorable au parti unifié, et Innocent Yao, président de la Jeunesse rurale du PDCI, opposé au projet, fuitait sur les réseaux sociaux. Peu prudent et menaçant, le ministre dévoile les perspectives des partisans du parti unifié : un grand rassemblement à Yamoussoukro, pour démontrer qu’ils ont la base du PDCI avec eux. De leur côté, Bédié et son porte-parole ont prévenu : les contrevenants « seront sévèrement traduits devant le conseil de discipline ».

La fronde menée par Duncan au sein du PDCI aura-t-elle le même succès que celle de Sangaré au sein du FPI ?

Après le Front populaire ivoirien (FPI de Laurent Gbagbo) divisé entre légalistes conduits par Pascal Affi N’Guessan et frondeurs amenés par Aboudramane Sangaré, le PDCI va-t-il aussi connaître sa fronde ? Peut-être. Aura-t-elle le même succès que celle de Sangaré ? Rien n’est moins sûr. Contrairement au FPI, aucun des potentiels frondeurs du PDCI n’a le charisme de Bédié et il est très peu probable que Duncan, le chef de file des « frondeurs », déjà peu populaire dans les bases du PDCI et du reste non combatif, ait assez d’entregent pour assumer ce rôle.

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