Analyses

Mondial 2018 – VAR : quand l’arbitrage vidéo ne profite pas aux Africains

Le Sénégalais Sadio Mané reçoit un carton jaune pendant le match perdu face à la Colombie, le 28 juin 2018, à Samara, en Russie, pendant le Mondial. © Gregorio Borgia/AP/SIPA

Pour la première fois dans l’histoire de la Coupe du monde, l’assistance vidéo à l’arbitrage (VAR) a été utilisée lors de l’édition 2018. Mais comme par le passé, de nombreuses injustices visant les Africains se sont produites.

Nordin Amrabat, le milieu de terrain des Lions de l’Atlas, n’a pas résisté à la tentation de dire tout le mal qu’il pensait de l’assistance vidéo à l’arbitrage quelques minutes après le match nul concédé dans les derniers instants face à l’Espagne le 25 juin dernier (2-2), car le corner ayant amené l’égalisation de la Roja n’a pas été tiré du bon côté. Face caméra, le joueur de Leganes (Espagne) a employé le terme de « bullshit » pour la définir. Déjà, Hervé Renard, à la suite de la défaite de son équipe contre le Portugal (0-1) s’était ému d’une faute sur un de ses joueurs avant le but inscrit par Ronaldo.

L’Égypte, pour sa part, est même allée plus loin, en déposant plainte auprès de la Fifa, après sa défaite contre la Russie (1-3). Les Pharaons ont estimé que l’arbitre, M. Caceres, n’avait pas eu recours à l’assistance vidéo à deux reprises. Et les Sénégalais ne vont pas manquer l’occasion de revenir sur le penalty d’abord accordé, puis annulé (une première !), après une supposée faute sur Sadio Mané à l’occasion du match face à la Colombie le 28 juin (0-1). On ne saura jamais si le Sénégal aurait transformé la sentence et si cela lui aurait permis de se qualifier pour la Coupe du monde. La VAR a déjà fait beaucoup parler d’elle, pas seulement en Afrique. Et ce n’est certainement pas terminé…

L’Afrique ne semble pas plus avantagée par la VAR aujourd’hui que par son absence hier…

Dans le livre On refait la Coupe du Monde (Editions Solar), préfacé par l’ancien arbitre international français Joël Quiniou, le journaliste Xavier Barret revient sur les tournois précédents. Et si l’Afrique ne semble pas avantagée par la VAR aujourd’hui, force est de reconnaître qu’elle ne l’était pas non plus par son absence hier ! Un petit coup d’œil dans le rétro s’impose…

Mondial 1982, Espagne, premier tour : Cameroun – Pérou (0-0)

Les Lions indomptables du Cameroun disputent à La Corogne le premier match de Coupe du monde de leur histoire face au Pérou, un vieil habitué de l’épreuve. En fin de première mi-temps, les Camerounais croient avoir ouvert le score quand Roger Milla, après un une-deux avec Mbom, trompe Quiroga, le gardien sud-américain. L’arbitre autrichien, M. Woehrer, refuse le but pour hors-jeu. Mais les images montrent que Milla est bien couvert par deux défenseurs adverses. Et si le Cameroun avait remporté ce match, il aurait obtenu sa qualification pour le second tour à la place de l’Italie, futur championne du monde…

Mondial 1998, France, premier tour : Cameroun – Chili (1-1)

Seize ans après l’épisode espagnol, le Cameroun va subir une nouvelle injustice, le 23 juin 1998 à Nantes. Toujours en lice pour atteindre les huitièmes de finale, les Lions viennent de revenir à la hauteur du Chili (1-1). Quelques minutes après l’égalisation de Patrick Mboma, celui-ci, après un service de Joseph-Désiré Job, remet le ballon à François Omam-Biyik, qui pense donner l’avantage à son équipe. M. Vagner, l’arbitre hongrois, a sifflé avant la frappe du buteur pour une faute de Mboma sur Fuentes. Or, l’attaquant camerounais n’a commis aucune faute. Privé de ce succès, le Cameroun ne passera pas le premier tour. Le Chili, oui…

Mondial 2006, Allemagne, premier tour : Pays-Bas – Côte d’Ivoire (2-1)

La Côte d’Ivoire, qui dispute sa première Coupe du monde, a échoué de peu face à l’Argentine (1-2) quatre jours plus tôt. Obligés de faire un résultat contre les Pays-Bas à Stuttgart, les Éléphants auraient dû obtenir un penalty au bout de douze minutes, après une faute évidente de Von Bronckhorts sur Emmanuel Eboué. Mais M. Ruiz, l’arbitre colombien, ne bronche pas. Même Sepp Blatter, alors président de la Fifa, avait déclaré « qu’on avait volé un penalty à la Côte d’Ivoire. » La Côte d’Ivoire s’incline finalement 1-2, alors qu’un match nul lui aurait permis d’être en course pour la qualification pour les huitièmes de finale, lors du dernier match remporté face à, la Serbie-Monténégro (3-2).

Mondial 2010, Afrique du Sud, premier tour : Brésil – Côte d’Ivoire (3-1)

Alors qu’il mène 1-0 à la mi-temps, le Brésil inscrit un second but que le Français Stéphane Lannoy n’aurait jamais dû accorder. En effet, Luis Fabiano s’est aidé du haut du bras droit pour effectuer le contrôle aérien qui lui permet d’éliminer Kolo Touré et de tromper Copa Barry. Ko, les Éléphants encaissent ensuite un troisième but, avant de sauver l’honneur par Didier Drogba. Sans ce but non-valable mais finalement accordé aux Brésiliens, les Ivoiriens auraient peut-être pu égaliser et rester en course pour la qualification.

Mondial 2014, Brésil, premier tour : Nigeria – Bosnie-Herzégovine (1-0)

Nigérians et Bosniaques sont en concurrence pour décrocher la seconde place d’un groupe dominé par l’Argentine. À Curitiba, ce 21 juin 2014, la Bosnie-Herzégovine trouve l’ouverture grâce à Dzeko, sur une action de Pjanic relayée par Misimovic. Pourtant, l’arbitre néo-zélandais, M. O’Leary, estime que Dzeko est en position de hors-jeu, alors qu’il est couvert par Efe Ambrose. Le but était valable, et le Nigeria, qui s’imposera 1-0, se qualifiera finalement pour les huitièmes de finale, alors que la Bosnie, en cas de succès, aurait dû être à sa place, face à la France.

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