Justice

Burkina : douze mois de prison requis contre un activiste accusé de complot contre la sûreté de l’État

Des soldats maliens près de l'hôtel Radisson Blu de Bamako, le 20 novembre 2015. © Jerome Delay/AP/SIPA

Inculpé notamment pour complot contre la sûreté de l'État, l'activiste Naïm Touré est apparu détendu, mercredi 27 juin, au tribunal de Ouagadougou. À l'issue d'intenses débats, la justice burkinabè a requis contre lui une peine de douze mois de prison ferme. La décision a été mise en délibéré au 3 juillet.

Tout est parti d’un commentaire posté sur sa page Facebook. Naïm Touré, 35 ans, s’exprimait suite à un article paru dans le quotidien d’État Sidwaya, le 13 juin, concernant le sort d’un gendarme blessé lors d’une opération de neutralisation de terroristes, à Rayongo, le 22 mai dernier. Trois personnes soupçonnées de vouloir monter une opération terroriste contre un camp militaire avaient alors été abattues par l’unité spéciale de la gendarmerie.

L’assaut avait coûté la vie à un gendarme. Six personnes avaient par ailleurs été blessées lors de l’opération dont le gendarme Henri Traoré, atteint d’une balle à l’épaule. Sur Facebook, Naïm Touré exprimait son indignation que le pandore n’ait pas été évacué à l’étranger pour y recevoir les soins appropriés.

Complot contre la sûreté de l’État ?

« Je dis et je répète que le politicien de la majorité […] n’a rien à foutre de vos putains de vies. De nos putains de vies à nous simples civils aussi d’ailleurs. Excusez-moi le terme », dénonçait-il sur un ton acerbe. Et d’ajouter : « Vous risquez fort de tous trépasser ici dans l’exercice de vos fonctions sans que ces politicards que vous protégez nuit et jour ne lèvent le petit doigt pour vous assister en cas de problème. Voyez vous-même : les cas de votre collègue feu [le maréchal des logis] Yassia, paix à son âme [tué lors de l’attaque du café Aziz Istanbul, en août 2017], et celui très récent de Henri Traoré sont assez illustratifs », écrivait-il. Des propos pour lesquels la justice reproche à l’activiste d’inciter à la révolte dans les rangs de l’armée.

Interpellé par la gendarmerie puis gardé à vue durant cinq jours, Naïm Touré a finalement été inculpé puis incarcéré, le 19 juin, à la maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou. La justice burkinabè l’accuse de complot contre la sûreté de l’État, de participation à une entreprise de démoralisation des forces de défense et de sécurité et d’incitation à des troubles à l’ordre public. Des charges pour lesquelles il encourt une peine de prison comprise entre un et cinq ans de prison, ainsi qu’une amende pouvant aller de 300 000 à 1, 5 million de francs CFA.

« Son dossier est vide », affirme sa défense

Le cyberactiviste apparaissait pourtant serein, ce mercredi 27 juin, aux côtés du collectif d’avocats chargé de sa défense. L’un d’entre eux, Me Ambroise Farama, a dénoncé une volonté manifeste de mater les lanceurs d’alerte et d’empêcher les Burkinabè d’émettre des opinions contraires à la gouvernance actuelle. « Notre déception est que le Parquet n’a pu soutenir ses accusations contre notre client, mais qu’en dépit de cela Naïm Touré reste privé de sa liberté alors que son dossier est vide », a fustigé l’avocat. Pour lui, Naïm Touré fait les frais de son aura sur les réseaux sociaux.

L’affaire suscite une polémique au sein de l’opinion burkinabè. Vilipendé par ses détracteurs, l’activiste peut compter néanmoins sur un soutien de taille : un comité constitué d’acteurs de la société burkinabè comme la très critique Safiatou Lopez ou encore Marcel Tankoano, du M21, a aussitôt vu le jour pour défendre sa cause. « Nous allons accroître la pression sur les autorités pour que cessent les violations des droits humains », a confié à JA Karim Koné, membre du comité de soutien.

L’Union pour le progrès et le changement (UPC) de Zéphirin Diabré estime pour sa part que les motifs censés justifier l’arrestation et le placement sous mandat de dépôt de Naïm Touré sont une insulte et une humiliation.

Douze mois ferme

Après deux heures de débats houleux, le procureur a requis une peine d’emprisonnement de douze mois ferme contre le prévenu.

Lorsque le président du tribunal lui a demandé si son intention était d’inciter la gendarmerie à la révolte, Naïm Touré s’en est défendu à la barre. « Si telle avait été mon intention, je ne l’aurais pas fait sur Facebook ! » Selon les avocats du blogueur, qui plaident la relaxe, le dossier est vide et l’infraction contre leur client n’est pas constituée.

Le tribunal a mis son jugement en délibéré au 3 juillet.

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