Médias

Mondial 2018 et droits TV : au Sénégal, le bras de fer entre RTS et TFM bientôt en justice

Pour suivre le match Sénégal-Japon, les habitants du village de Sine Kane, au Sénégal, se sont retrouvés devant l’un des trois seuls téléviseurs du village. © Youenn Gourlay pour JA

La Radiodiffusion télévision sénégalaise (RTS), chaîne publique, et Télé Futurs Médias (TFM) s’opposent autour des droits de retransmission du Mondial 2018 en Russie. Au-delà de la manne publicitaire en jeu, cet affrontement annonce l’avènement, dans la douleur, d’une nouvelle donne dans le paysage audiovisuel sénégalais.

Le conflit qui oppose depuis plusieurs semaines la Télé Futurs Médias (TFM), appartenant au groupe Futurs Médias (GFM) du chanteur Youssou N’Dour, à la Radiodiffusion télévision sénégalaise (RTS), organisme public, est en passe de virer à l’affrontement judiciaire. La RTS conteste à TFM son droit de diffuser en clair 32 matchs de la Coupe du monde de football en Russie, considérant qu’elle est l’unique acquéreur des droits non exclusifs de retransmission terrestre de cette compétition au Sénégal.

Le 13 juin, le Premier ministre, Mahammed Boun Abdallah Dionne, a convoqué les protagonistes de ce bras de fer dans son bureau pour tenter de stopper l’escalade. En vain. Selon nos sources, la RTS est en effet sur le point de mettre la dernière touche à un dossier en vue de saisir le Tribunal commercial de Dakar. La direction de la télévision publique a déjà déposé une plainte à la Division des investigations criminelles (DIC). Comment en est-on arrivé là ?

Des droits vendus deux fois ?

Le 5 août 2017, la RTS a passé un contrat avec Econet, une société basée à Johannesburg, en Afrique du Sud, seule habilitée par la FIFA à commercialiser en Afrique subsaharienne les droits de diffusion (hertziennes et satellitaires) du Mondial de foot en Russie.

La direction de TFM assure de son côté avoir elle aussi scellé un contrat en bonne et due forme avec Econet, via sa filiale Kwesé Free Sports (KFS) spécialisée dans la diffusion satellitaire. C’est la société African Networks TV – « entièrement labellisée par IFS », selon Econet – qui a joué le rôle d’intermédiaire. La société, basée à Paris et dirigée par l’entrepreneur d’origine mauritanienne Khalidou Saidou, est chargée par Econet de développer des partenariats en Afrique subsaharienne pour la diffusion de KFS.

Deux contrats ont été scellés entre le groupe GFM et la société KFS. Un premier accord signé le 29 septembre 2017 prévoit la reprise des images et la diffusion en continu des programmes de Kwesé Free Sports sur L’Obs TV, la chaîne satellitaire de GFM.

Un second accord GFM-KFS – via African Networks TV – est conclu le 26 novembre 2017 entre les deux parties, portant spécifiquement sur la diffusion de 32 rencontres de la Coupe du monde 2018. Le contrat est cependant assorti d’une condition : le logo de L’Obs TV/TFM ne devra pas figurer à l’écran lors des retransmissions. Le 14 juin, lorsque le logo TFM est apparu à l’écran lors de la diffusion du match d’ouverture Russie-Iran, KFS a d’ailleurs immédiatement sommé GFM de le retirer.

Interrogée par Jeune Afrique, la direction de GFM martèle que la validité du contrat scellé avec Econet par l’intermédiaire d’African Networks TV, ne souffre d’aucun doute.

La FIFA saisie

Un avis que partage également un ancien directeur de la RTS, Mamadou Baal, qui pointe la responsabilité d’Econet dans l’imbroglio, pour avoir vendu les mêmes droits en même temps que sa filiale. « Ce qu’Econet n’avait pas dit à la RTS est que sa filiale KFS avait également signé un autre contrat de diffusion des rencontres avec GFM, via African Networks TV. C’est un mensonge par omission », estime Mamadou Baal.

Pour lui, le vrai problème est en fait celui de l’autorisation de diffuser. En reprenant le signal de KFS sans son logo, la TFM est en train de permettre à une chaîne étrangère de pouvoir diffuser au Sénégal sans autorisation légale…

Convaincue de son bon droit, la RTS s’arc-boute cependant sur sa position et son directeur général, Racine Talla, a saisit le 17 juin la secrétaire générale de la FIFA, la Sénégalaise Fatma Samoura. Le lendemain, cette dernière a écrit à son tour à Philippe Leavesley, directeur des affaires juridiques d’Econet, demandant des éclaircissements sur « cette affaire de diffusion des matchs de la Coupe du monde par TFM, la télévision de Youssou N’Dour, sous licence Econet [qui] fait écho dans les média sénégalais ». « Pourrais-tu te renseigner et m’expliquer ce que fait African Networks TV dans ce deal ? », écrit-elle, dans son courrier. En réponse, Philippe Leavesley revient en détails sur les différents accords conclus, notamment entre KFS et GFM.

Sans préjuger de l’issue de ce duel, et au-delà de la manne publicitaire en jeu, cette affaire montre clairement que les télévisions publiques devront désormais apprendre à batailler ferme avec celles privées en matière d’acquisition de droits de retransmission et autres.

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