Elections

Fichier électoral en RDC : le Sankuru, province de toutes les anomalies

Un agent électoral vérifie la liste des votants à Kinshasa, le 28 novembre 2011. © Gwenn Dubourthoumieu pour Jeune Afrique

Avec un nombre record d’inscrits, dont 55,6 % sans empreintes digitales, et des doublons en pagaille, le processus d’enrôlement des électeurs a réservé quelques surprises au Sankuru, province du centre de la RDC.

Sa forêt verdoyante, clairsemée d’espaces de savane, sa riche faune, et ses anomalies électorales… Connu pour être le lieu de naissance du héros de l’indépendance Patrice Lumumba, le Sankuru remporte aussi la triste palme de la province avec le plus d’irrégularités dans le fichier électoral.

Celle du nombre d’inscrits par la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), qui a atteint un peu plus de deux millions de personnes dans cette province du centre du Congo – soit une augmentation stratosphérique de plus de 200 % par rapport à 2011 et l’équivalent de 94 % de la population estimée de cette province. Une hausse incompréhensible aux yeux de certains responsables politiques, comme l’opposant Martin Fayulu, qui a dénoncé à plusieurs reprises « une fraude ».

La Ceni a corrigé le tir début avril en radiant près de 43 % des électeurs de la province. Un toilettage massif réalisé avec le concours d’une société lituanienne, Neuro Technology BTC, qui a notamment consisté à comparer les empreintes et les photographies de chaque électeur à l’aide d’un système d’identification biométrique.

Pour radier les mineurs n’atteignant pas l’âge légal au 31 décembre 2018, les agents de la Ceni ont également utilisé un module de reconnaissance faciale et d’estimation de l’âge. Avant correction, ces derniers représentaient 16,3 % des électeurs au Sankuru – un nouveau record… Comment expliquer cette masse de doublons ?


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« Des politiciens véreux »

« Je pense qu’un certain nombre de politiciens véreux ont demandé à leurs partisans de s’enrôler plusieurs fois, estime Corneille Nangaa, président de la Ceni. Cela leur permettait de gonfler les statistiques en vue de la loi de répartition des sièges. »

Autre piste avancée : le dilettantisme de certains agents de la Ceni lors des opérations d’enrôlement. « Il y a eu des abus, reconnaît Corneille Nangaa. Et les fautifs ont été blacklistés. Ils ne pourront plus travailler pour la Ceni. »

16,6 % des électeurs ont été enregistrés sans leurs empreintes digitales

Mais les incongruités du Sankuru ne s’arrêtent pas là. Au terme d’une mission d’audit du fichier électoral congolais, les experts de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) révèlent en mai dernier que 16,6 % des électeurs ont été enregistrés sans leurs empreintes digitales. Une disposition légale au regard du droit congolais, mais dont l’ampleur ne laisse pas d’interroger.  

Des empreintes effacées ?

« Il est tout à fait possible que les empreintes de ces électeurs se soient effacées, explique à Jeune Afrique Corneille Nangaa, le président de la Ceni. C’est souvent le cas pour les personnes qui travaillent dans les champs ou font des métiers manuels. D’ailleurs, ces électeurs inscrits sans empreintes sont répartis un peu partout sur le territoire. » Des déclarations à rebours des conclusions de l’audit, qui rapportent un pic d’électeurs sans empreintes dans le Sankuru avec 55,6 % des inscrits – là encore, un nouveau record !


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Dernière étrangeté de la liste : l’arrestation durant l’été 2017 de Bernard Koso, le secrétaire particulier du ministre des Affaires étrangères Léonard She Okitundu. De retour du Sankuru, il a été interpellé avec environ 1 550 cartes d’électeurs dans ses bagages. « Nous avons porté plainte à l’époque », se rappelle Corneille Nangaa, qui ignore ce qu’elle est advenue ensuite.

Léonard She Okitundu affirme pour sa part que « l’enquête préliminaire n’a rien donné ». « Il s’agissait d’anciennes cartes qui n’étaient plus valables, explique-t-il à Jeune Afrique. Des militants lui avaient donné ces cartes afin de faciliter l’obtention de passeports. »

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