Agroalimentaire

Francesco Pierri : « Aujourd’hui même les bailleurs internationaux soutiennent l’agriculture familiale »

Francesco Pierri ©

Francesco Pierri, responsable de l'agriculture familiale à la FAO, a répondu aux questions de "Jeune Afrique" sur la situation alimentaire et l'état de l'agriculture familiale en Afrique.

 

 

Jeune Afrique : Selon le rapport 2014 sur l’état de la situation alimentaire dans le monde, 214 millions de personnes souffrent de la faim en Afrique, c’est 20,5% de la population du continent. Face à cette situation, quel rôle peut jouer l’agriculture familiale ?

Francesco Pierri : Contrairement au reste du monde, le nombre de malnutris chroniques en Afrique continue d’augmenter, en raison de la croissance démographique, mais aussi des conflits et des désastres naturels. Sur le continent, la question concerne aussi la disponibilité et l’accès à la nourriture, ainsi que le pouvoir d’achat des populations rurales.

La région peut faire de réels progrès pour nourrir sa population. Cela nécessite des engagements dans l’agriculture familiale. En effet, le continent compte près de 55 millions de fermiers. Et cette agriculture est familiale à 90 %. Son rôle est crucial et peut constituer une réponse partielle à l’insécurité alimentaire

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De quelle façon ?

L’Afrique n’a pas seulement besoin d’un système de production alimentaire plus productif, il doit aussi créer des emplois. D’où le recours à la mécanisation, à plus d’intrants. Mais dans le même temps, il faut éviter une trop grande concentration du capital ou des terres et faire en sorte que les paysans ne soient pas expulsés des campagnes en raison d’une mécanisation intensive.

On le voit sur les autres continents : quand l’agriculture familiale est soutenue par des politiques adaptées il y a des gains rapides en productivité et en production. En Afrique, la majorité des ressources publiques est longtemps allée vers de très petites niches, à des fermes commerciales visant l’exportation.

Ce biais en faveur des grandes exploitations a-t-il disparu ?

Ces dernières années, l’Union africaine et les gouvernements ont mis l’accent sur l’agriculture familiale. Mais ces engagements – notamment ceux pris à Maputo en 2003 et réitérés cette année – doivent être maintenant suivis d’actions concrètes.

L’approche des bailleurs vis-à-vis de l’Afrique a également changé. Longtemps, le but était de produire pour les marchés internationaux, aujourd’hui même la communauté internationale supporte l’agriculture familiale.

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Pour y arriver est-il nécessaire de mener des réformes agraires ?

Ce qui est sûr est qu’il faut lutter contre la division des terres et restreindre leur accaparement par des multinationales au détriment des fermiers locaux.

Près de la moitié des fermes familiales africaines ont une superficie inférieure à un hectare, 78 % font moins de 2 hectares, 92 % moins de 5 hectares : l’agriculture en Afrique est composée de très petites exploitations. En outre, entre 1960 à 2000, 15 pays sur 19 évalués ont vu la taille moyenne des exploitations diminuer…. Avec si peu de surfaces, la rentabilité pour le fermier est insuffisante.

À quoi est-ce dû ?

C’est un phénomène lié à la croissance démographique, qui favorise la division des terres. C’est particulièrement le cas en Afrique subsaharienne (à l’exception de l’Afrique australe). Le problème dans ces régions est de stopper la réduction de la taille des exploitations. Quand vous atteignez de tels seuils, avec si peu de surfaces, la rentabilité pour le fermier est insuffisante.

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L’accaparement de terres en Afrique par des investisseurs étrangers, dans des conditions non transparentes et pour une production réservée aux marchés internationaux, est également préoccupant. Et nuisible pour l’agriculture familiale. Le 16 octobre dernier, la FAO a d’ailleurs entériné des directives invitant les opérateurs dans l’agriculture et les systèmes alimentaires à investir de façon responsable pour garantir la sécurité alimentaire locale et les droits des petits exploitants et travailleurs agricoles.

 

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