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Côte d’Ivoire : dopée aux dirhams, la Baci gagne du terrain

La Baci a créé des packages adaptés à chaque type de clientèle.

La Baci a créé des packages adaptés à chaque type de clientèle. © Nabil Zorkot

Élément central du dispositif subsaharien du marocain Banque populaire, Banque atlantique Côte d’Ivoire est devenue le numéro trois du marché local. Reste à en renforcer la rentabilité.

Depuis près de deux ans, l’Ivoirien Habib Koné est solidement encadré. Le directeur général de Banque atlantique Côte d’Ivoire (Baci), principale entité du groupe Banque atlantique, est appuyé par trois cadres marocains. Envoyés par Banque populaire (numéro deux du secteur dans le royaume chérifien) à la suite de son entrée en septembre 2012 au tour de table du groupe ouest-africain, les nouveaux venus se sont vu attribuer des postes fondamentaux : la direction générale adjointe, la direction de l’audit interne et la direction de la clientèle professionnelle et des particuliers.

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Au-dessus de Habib Koné, la prise en main a également eu lieu. Officiellement simple administrateur, Rachid Agoumi, le numéro deux de Banque populaire, est semble-t-il le vrai patron, en tandem avec l’Ivoirien Souleymane Diarrassouba. Et il a de quoi être fier. À l’issue de l’année 2013, la Baci a ravi à BIAO-CI la troisième place dans le pays, faisant presque jeu égal avec la filiale ivoirienne d’Ecobank. En quelques mois seulement, ses ressources se sont envolées. De 394,65 milliards de F CFA (601,64 millions d’euros) mi-2012, elles ont bondi à 572,96 milliards de F CFA un an et demi plus tard.

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Accélération

Un décollage vertigineux dû à plusieurs facteurs. Côté commercial, la banque a mis sur le marché de nouveaux produits : des packages – adaptés selon le profil des clients – comprenant une carte visa, une autorisation de découvert, des services de e-banking, des assurances gratuites et des facilités de remboursement de crédits. Mais c’est surtout du côté de l’octroi de crédits que la Baci a accéléré son jeu.

Peu prêteuse jusqu’à l’arrivée des actionnaires marocains, elle a rattrapé le temps perdu. En 2013, elle a injecté environ 140 milliards de F CFA dans trois opérations majeures : le financement de l’autoroute du Nord, l’approvisionnement en pétrole de la Société ivoirienne de raffinage (SIR) et un programme d’investissement de la Société nationale d’opérations pétrolières (Petroci). En 2014, la banque n’a pas ralenti le rythme, loin de là. Au premier semestre, elle a doublé le total des crédits, à 477,34 milliards de F CFA.

Il y a quelques mois, elle a ainsi octroyé 100 millions de dollars (73,39 millions d’euros) au Port autonome d’Abidjan pour le financement des travaux de construction du deuxième terminal à conteneurs. La Baci est également devenue l’un des gros acteurs du marché financier, en souscrivant aux bons et obligations émis par des États pour plusieurs dizaines de milliards de F CFA. Et son actionnaire marocain a mis à sa disposition différentes lignes de crédit, estimées à plus de 25 milliards de F CFA, dans le cadre de ses activités de financement du commerce international.

Avec 8 milliards de F CFA de bénéfices en 2013, une grosse marge de progression existe.

Faible rentabilité

Dans la profession, on observe avec attention l’évolution de la banque, élément central du dispositif subsaharien de Banque populaire. « La Baci progresse bien dans ses indicateurs, constate un banquier ivoirien. Mais cela ne nous ébranle pas. La rentabilité de ses fonds propres reste faible. »

D’après nos informations, celle-ci serait inférieure à 10 %, contre 30 % pour d’autres établissements de la place. La recapitalisation effectuée par le nouvel actionnaire en 2012, qui lui a offert 50 % du nouveau holding du groupe, Atlantic Business International (ABI), dirigé par Souleymane Diarrassouba, a permis à la Baci de respecter les principaux ratios prudentiels.

Mais une grosse marge de progression existe en matière de bénéfices, qui ont atteint 8 milliards de F CFA l’an dernier – un record pour la banque. Le coefficient d’exploitation a été abaissé d’une dizaine de points, mais il reste élevé. Et le système d’information est en cours de transformation.

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En 2015, des investissements importants relanceront l’extension et la rénovation du réseau. Avec 66 agences, la Baci arrive en seconde position, derrière la filiale ivoirienne du français Société générale. Ce dispositif sera relooké, et une dizaine d’unités devraient s’y ajouter l’an prochain.

En termes de marketing, une nouvelle charte et de nouvelles enseignes sont en développement : le logo de Banque populaire, un cheval au galop, en fera pleinement partie. De quoi jeter des ponts supplémentaires entre les entreprises du Maroc et de la Côte d’Ivoire, alors que la Baci a participé au financement du programme immobilier du groupe Addoha dans le pays. Un créneau que lorgnent également les filiales locales des marocains Attijariwafa Bank (Société ivoirienne de banque) et BMCE (Bank of Africa Côte d’Ivoire).

Complémentarité

Enfin, Banque populaire entend dupliquer son activité de microfinance en Côte d’Ivoire. « D’ici au premier semestre 2015, nous lancerons Atlantic Microfinance for Africa [Amifa] pour créer une complémentarité avec la banque », révèle une source qui préfère garder l’anonymat. Au Maroc, Attawfiq Micro-Finance compte plus de 226 000 clients. Amifa ciblera elle aussi les petits épargnants exclus du système bancaire.

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Un pas de plus dans l’adoption du modèle marocain, alors que Banque populaire est bien décidé à accroître son poids dans le groupe Banque atlantique, détenu, via ABI, à parts égales avec Bernard Koné Dossongui, patron d’Atlantic Financial Group (AFG). La banque marocaine finalise ses accords avec AFG sur les 15 % supplémentaires d’ABI qu’elle souhaite acquérir, mais attend la décision finale des autorités de régulation de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Et elle vient de s’offrir, comme l’a révélé récemment J.A., 50 % des sociétés d’assurances détenues au Togo et en Côte d’Ivoire par AFG.

Baudelaire Mieu, à Abidjan, avec Frédéric Maury

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