Analyses

Mondial 2018 : un premier match perdu dont on se relève difficilement

La Tunisie s'est inclinée dans les dernières secondes de son match face à l'Angleterre, le 18 juin 2018. © Sergei Grits/AP/SIPA

Quatre équipes africaines ont perdu leur premier match du Mondial en Russie. Hélas, les statistiques et les exemples du Maroc et de l'Égypte montrent qu'un accroc lors de la rencontre d'ouverture est souvent rédhibitoire...

Les performances de l’Égypte et du Maroc lors de leur second match du Mondial 2018 ont prouvé qu’il était très difficile de se remettre d’une défaite initiale dans le tournoi. Après avoir été surpris par l’Uruguay en fin de match, les Pharaons se sont écroulés mentalement face à la Russie (1-3). Même cas de figure pour le Maroc d’Hervé Renard, défait de manière surprise par l’Iran dans les dernières secondes dès son entrée dans la compétition (0-1), puis battu sur le même score par le Portugal, mercredi 20 juin

On ne veut pas porter la poisse au Nigeria et la Tunisie, les deux autres sélections du continent à avoir également perdu leur première rencontre (seul le Sénégal fait exception), mais les statistiques montrent qu’il est très difficile de surmonter le handicap d’une défaite précoce dans une Coupe du monde.

Les précédents africains

Depuis le Mondial 1998 – qui est le premier du genre avec 32 équipes et des groupes où les deux équipes en tête de leur poule se qualifient – le ratio d’équipes africaines à avoir franchi leur groupe malgré un échec en match d’ouverture est faible. Nous avons comptabilisé 14 sélections du continent qui ont perdu lors première rencontre et parmi elles, seules deux ont surmonté ce handicap pour arracher leur qualification. Il s’agit du Ghana en 2006 et de l’Algérie en 2014. D’un point de vue international, sur 60 équipes qui se sont inclinées d’entrée, seules 7 ont ensuite obtenu leur qualification pour les huitièmes de finale.

L’arithmétique et la psychologie

On comprend donc que la défaite est interdite ou presque lors de la première journée de la phase de poules. De manière arithmétique, il est évident que perdre un match dans un groupe où chaque équipes dispute trois rencontres provoque un écart difficile à rattraper. En Coupe du monde, sauf cas assez rares, une sélection a besoin de quatre à six points pour se qualifier en huitièmes de finale. Une victoire rapportant trois points et un match nul un point, perdre son premier match ne laisse donc pas le droit à l’erreur. Après un revers d’entrée, il faut gagner au moins une rencontre et ne surtout plus s’incliner. Ce que n’ont pas réussi à faire l’Égypte et le Maroc.

Au-delà des mathématiques, le football est également une affaire de confiance. Dans une compétition aussi stressante et courte que la Coupe du monde, un bon ou un mauvais résultat peut complètement changer la dynamique d’un groupe. On l’a vu avec le pays hôte du Mondial 2018, la Russie, médiocre depuis des mois, moquée par son propre public, qui a changé d’un coup le sens du vent en remportant largement son premier match (5-0 contre l’Arabie Saoudite). Lors du deuxième match de poule entre l’Égypte et la Russie, les Pharaons, peut-être intrinsèquement plus forts, ont été balayés par l’envie retrouvée et la furie des compatriotes de Vladimir Poutine.

Hassene Dridi/AP/SIPA

Les faibles chances de la Tunisie

Il existe tout de même des précédents où une formation vaincue lors de sa première rencontre parvient à se frayer ensuite un chemin vers les huitièmes de finale, comme nous l’évoquions plus haut avec les cas du Ghana en 2006 et de l’Algérie en 2014. Si l’on regarde à la loupe le parcours des Black Stars et des Fennecs, on s’aperçoit que les deux équipes avaient perdu leur premier match face au favori de leur groupe, avec un revers face à l’Italie pour le Ghana et face à la Belgique pour l’Algérie. Ils avaient ensuite réussi à relever la tête pour prendre le dessus sur des sélections moins fortes. Tout l’inverse du Maroc, qui s’était incliné d’entrée face à l’Iran l’adversaire supposé être le plus faible de son groupe.

Le blog américain Five Thirty Eight, célèbre pour ses pronostics concernant les élections américaines, s’est penché à l’occasion du Mondial 2018 sur les chances statistiques de chaque équipe d’atteindre les huitièmes de finale de la compétition. Ces probabilités sont mises à jour après chaque rencontre, selon les résultats des matchs précédents. Ainsi, après sa défaite cruelle face à l’Angleterre (1-2), la Tunisie, qui doit encore affronter le favori du groupe, la Belgique, samedi 23 juin, n’aurait plus que 6% de chances d’atteindre les huitièmes de finale. Pour le Nigeria, défait par la Croatie (0-2), cette probabilité grimpe à 21% avant son match décisif face à l’Islande, vendredi 22 juin. Il valait mieux faire comme le Sénégal et gagner son premier match pour s’épargner ces calculs d’apothicaire. 

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