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Présidentielle au Mali – Modibo Sidibé : « Le mandat d’IBK a été un échec »

Modibo Sidibé, ex-Premier ministre malien et candidat à l'élection présidentielle de 2018, le 8 novembre 2017 à Paris. © Vincent Fournier/Jeune Afrique

Ancien Premier ministre sous la présidence d'Amadou Toumani Touré, Modibo Sidibé sera l'un des principaux candidats à la présidentielle du 29 juillet. Opposant à IBK depuis le début de son mandat, il dresse un bilan peu flatteur du président sortant et en appelle à la refondation de l'État malien. Interview.

Cette fois, il entend être plus qu’un outsider. Après avoir terminé quatrième du premier tour de l’élection présidentielle de 2013, avec près de 5 % des voix, Modibo Sidibé espère jouer les trouble-fêtes dans le duel annoncé entre Ibrahim Boubacar Keïta et son principal opposant, Soumaïla Cissé.

Dans l’opposition depuis 2013, le président des Forces alternatives pour le renouveau et l’émergence (FARE An Ka Wuli) milite pour l’alternance. Cette vieille figure de la politique malienne – il a été ministre de la Santé et des Affaires étrangères d’Alpha Oumar Konaré, puis secrétaire général et Premier ministre d’Amadou Toumani Touré – a notamment rejoint la « Convention des bâtisseurs », une coalition d’opposition qui entend incarner une troisième voie entre IBK et Cissé.

Jeune Afrique : Quels sont les principaux échecs que vous reprochez à Ibrahim Boubacar Keïta ?

Modibo Sidibé : De façon générale, le mandat qui s’achève est un échec. IBK n’a pas su rassembler les Maliens pour faire émerger une solution malienne de sortie de crise. Les différents éléments qui permettaient de faire en sorte que le Mali se redresse n’ont pas été rassemblés. L’insécurité s’est aggravée et s’est étendue. Un accord de paix a été signé, mais il n’a malheureusement pas permis de stabiliser la situation. Il n’y a pas eu de direction stratégique dans sa mise en œuvre.

Tout le mandat a été marqué par cette absence de leadership. Or cela ne pouvait venir que du président de la République. Aujourd’hui, la situation est extrêmement difficile. Le centre du Mali s’est embrasé. Les conflits communautaires sont en passe d’y devenir des conflits ethniques. Sur le plan économique, la situation est très précaire pour les Maliens. Les profits de la croissance ne sont pas redistribués et les jeunes n’ont pas de perspectives d’emploi.

Quelles seraient vos premières mesures si vous deveniez président ?

Nous avons une démarche très claire : il faut refonder l’État. Pour cela, il faut prendre les mesures sécuritaires qui permettront de stabiliser la situation, notamment en s’appuyant sur les dispositions prévues par l’accord. Il faudra également engager un vrai dialogue national sur la refondation de l’État, ses institutions – l’armée, l’administration, la justice… -, ou encore ses démembrements pour administrer l’ensemble du territoire. Les socles de ce nouvel État doivent être la sécurité, le développement et la démocratie.

Il n’y a aucune raison que le Mali n’ait pas des alternances paisibles et démocratiques comme dans n’importe quel autre pays

Redoutez-vous des fraudes électorales ?

Nous craignons des fraudes lors du scrutin mais nous lutterons contre toute tentative, quelle qu’elle soit. Le respect du vote des Maliens est au cœur du renouveau citoyen que nous prônons. Il faut qu’ils puissent voter librement, sans entrave, et que leur choix soit respecté. Il faut refonder notre démocratie et sortir d’un certain nombre de pratiques. Il n’y a aucune raison que le Mali n’ait pas des alternances paisibles et démocratiques comme dans n’importe quel autre pays. Notre démocratie mériterait bien cette maturité. C’est indispensable.

D’autres étaient dans le gouvernement d’IBK et viennent dire aujourd’hui que le système n’était pas bon. Alors pourquoi y étaient-ils ?

Que répondez-vous aux gens qui vous reprochent, comme à IBK ou à Soumaïla Cissé, d’être des personnages du système post-1991 ?

Sur toute cette période, le Mali n’a pas connu que des maux. Tout n’est pas à jeter. En 1991, le taux de scolarisation était à peine de 22 %. Nous sommes aujourd’hui à près de 90 %. Les infrastructures sanitaires ont été modernisées. Beaucoup de terres agricoles ont été aménagées. Certains critiques de ce système en sont le produit. D’autres étaient dans le gouvernement d’IBK et viennent dire aujourd’hui que le système n’était pas bon. Alors pourquoi y étaient-ils ?

Vincent Fournier/Jeune Afrique

Pourquoi ne vous êtes-vous pas entendu avec Soumaïla Cissé pour former une grande coalition d’opposition dès le premier tour ?

Tout simplement parce que nous n’avons pas les mêmes approches politiques que son parti, l’Union pour la république et la démocratie (URD). Nous nous réclamons de la social-démocratie. Nous donnons un rôle primordial à l’État, pour qu’il soit stratège et qu’il soutienne le développement du secteur privé. Nous voulons un État profondément engagé en faveur du progrès social, qui assure un égal accès à l’école, à la santé, aux formations professionnelles, à l’emploi… Un État qui redistribue les fruits de la croissance économique. Voilà des différences fondamentales.

Pourriez-vous vous allier avec lui s’il l’un ou l’autre d’entre vous accède au second tour face à IBK ?

En 2013, nous avions un accord dont faisait partie l’URD. Nous étions pratiquement les seuls à avoir tenu notre engagement et à avoir soutenu le candidat qualifié au deuxième tour. Cela ne nous pose donc aucun problème. Pour l’instant, nous sommes en préparation du premier tour. Chacun est en train de constituer sa plateforme. Une deuxième phase s’ouvrira et les discussions entre plateformes permettront d’acter les ralliements de deuxième tour. Nous sommes de l’opposition. Nous voulons l’alternance et nous allons travailler dans cette direction.

Pourquoi n’avez-vous pas présenté un seul candidat au sein de la « Convention des bâtisseurs », la coalition d’opposants dont vous faites partie ?

Vous oubliez que la « Convention des bâtisseurs » réunit plusieurs candidats. À partir d’un diagnostic commun et d’un socle de propositions communes, nous voulons une véritable rupture avec le régime actuel pour reconstruire le Mali. Au deuxième tour, ces candidats se soutiendront entre eux.

La question d’avoir un candidat unique des « Bâtisseurs » se pose-t-elle encore ?

Des discussions sont en cours. Nous avons tous des ambitions pour notre pays. Mais nous savons aussi que nous devons mettre le Mali avant nos ambitions personnelles.

Seriez-vous prêt à vous désister au profit d’un autre candidat ?

La question n’est pas de se désister au profit d’un autre. Tout dépendra des critères et de ce qui sera avancé pour aboutir à une solution. Je suis déterminé à faire en sorte que nous allions vers une véritable rupture, pour que l’alternance ne se traduise pas seulement par un « ôte-toi que je mette là » mais pour qu’elle débouche sur l’ouverture d’une nouvelle ère pour notre pays.

Je ne condamne pas Moussa Mara

Comment analysez-vous le désistement de Moussa Mara, ancien Premier ministre membre des « Bâtisseurs », au profit de Cheick Modibo Diarra ?

Cela relève de sa responsabilité. Je ne le condamne pas. Il est un membre des bâtisseurs, mais Cheick Modibo Diarra ne l’est pas.

Vous avez un été un proche collaborateur puis Premier ministre du président Amadou Toumani Touré (ATT). Que pensez-vous du sort qui lui a été réservé par le régime d’IBK depuis 2013 ?

Le président ATT est un ancien président de la République. Il a été accueilli à Dakar sous les hospices de la Cedeao. Il est revenu au Mali dans les conditions que vous savez, adoubé par une bonne partie du peuple malien. Il a aujourd’hui la possibilité de résider ici avec le statut d’ancien chef d’État. Je ne vois pas où est le problème.

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