Justice

Algérie : drogue, blanchiment et corruption de magistrats… L’empire de Kamel Chikhi vacille

Une vue du port d'Oran, en Algérie, en juillet 2017. © Martin Sterba/AP/SIPA

Après l'affaire de la cocaïne saisie fin mai au port d'Oran, l'homme d'affaires Kamel Chikhi est cité dans une nouvelle enquête judiciaire, cette fois pour corruption de magistrats. Au total, 28 magistrats et deux cadres supérieurs du ministère de la Justice sont visés par les investigations en cours.

L’empire de Kamel Chikhi s’effondre. Deux enquêtes judiciaires ciblent ce promoteur immobilier et opérateur en boucherie. La première affaire, révélée le 29 mai, a pris une nouvelle tournure ce mercredi 20 juin. Arrêtés au port d’Oran dans l’affaire de la saisie de 701 kilogrammes de cocaïne, Kamel Chikhi et ses coaccusés ont été maintenus sous mandat de dépôt, par la chambre d’accusation de la Cour d’Alger.

Blanchiment d’argent, importation et distribution de drogue, les chefs d’inculpation ont été jugés assez importants par la justice algérienne pour ne pas statuer en faveur de leur remise en liberté provisoire, souhaitée par le collectif de défense.


>>> A LIRE – Algérie : l’affaire de la saisie de cocaïne au port d’Oran devant la justice


Des cadres du ministère de la Justice inquiétés

D’autant que le nom de Kamel Chikhi est désormais cité dans une nouvelle affaire, qui éclabousse directement des personnalités du secteur judiciaire algérien. Au centre du dossier : des pots-de-vin, des cadeaux et interventions.

Quatre magistrats de haut rang ont été suspendus de leurs fonctions lundi 18 juin, sur instruction du ministre de la Justice Tayeb Louh. Il s’agit du président du tribunal administratif d’Alger, de la procureure générale adjointe auprès de la Cour d’Alger, du procureur de la République auprès du tribunal de Boudouaou et de son substitut.

Au total, 28 magistrats et deux cadres supérieurs du ministère de la Justice sont ciblés par les investigations

Ils ont été mis en cause pour des interférences présumées dans des procédures judiciaires et des ventes aux enchères publiques ayant abouties à des décisions en faveur d’un même promoteur immobilier : Kamel Chikhi.

L’instruction judiciaire en cours porte sur des faits de « trafic d’influence », « abus de fonction » et « corruption », affirment à Jeune Afrique des sources judiciaires. Les investigations ciblent au total 28 magistrats et deux cadres supérieurs du ministère de la Justice.

Un « bouc émissaire » ?

À ce stade, nos sources soulignent que cette affaire n’est pas directement liée à la première, révélée par la découverte de drogue dans un container transportant de la viande importée du Brésil par Kamel Chikhi. Elles admettent que les enquêteurs s’intéressent de près au personnage et surtout à la manière avec laquelle il est parvenu à amasser une fortune colossale en quelques années.

Nos sources ajoutent que les procès qu’il a gagné contre les riverains, qui s’opposaient à la réalisation de projets immobiliers aux quartiers de Bir Mourad Raïs et Dely Brahim, seront réexaminés sous peu.

Tout porte à croire que la drogue était destinée à être jetée en haute mer et non acheminée vers l’Algérie

Cette nouvelle affaire intervient au moment où le collectif de défense s’échine à explorer des pistes qui le disculperaient dans l’affaire des 701 kilogrammes de cocaïne. Un de ces avocats met en exergue les pièces à conviction saisies par les services de sécurité.

« Outre la cocaïne, il y avait des sacs imperméables, des lampes, des GPS, des batteries et des cordes. La présence de ce matériel sur le cargo transportant les containers de viandes dans lesquels étaient dissimulés la drogue porte à croire que celle-ci était destinée à être jetée en haute mer et non acheminée vers l’Algérie. C’est un mode opératoire connu des narcotrafiquants », affirme-t-il, suggérant que son mandant est un « bouc émissaire ».

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