Mondial-2018

Russie 2018 – Sénégal : Sadio Mané, l’obstiné de Casamance

L'attaquant sénégalais Sadio Mané célèbre son but face au Japon lors de la phase de poules du Mondial en Russie, le 24 juin 2018. © Vadim Ghirda/AP/SIPA

Sadio Mané est la star du Sénégal durant ce Mondial 2018 en Russie, au terme d’une formidable saison avec Liverpool. Reportage dans son village natal, à Bambali, en Casamance.

Sous un immense manguier, Youssoupha et Moussa, 3 et 4 ans, courent en direction de leur ballon, un maillot de Sadio Mané beaucoup trop grand sur le dos. « Ce sont les maillots de Liverpool qu’il nous a envoyés », indique leur père, tout sourire. Au total, l’enfant de Bambali a offert 300 tuniques rouges et blanches à son village natal, juste avant la finale de la Ligue des Champions qui opposait, le 26 mai, les Reds de Mané au Real Madrid.


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Malgré la défaite 3 buts à 1, Sadio Mané a marqué le seul but de son équipe et donné encore plus d’espoir aux habitants de ce village niché sur les rives du fleuve Casamance, entre la Gambie et la Guinée-Bissau. Bambali, 2000 habitants, connu pour abriter la plus grande bananeraie du pays, est complètement voué à la cause de l’attaquant du Sénégal à l’occasion du premier Mondial de celui-ci, en Russie.

Youenn Gourlay pour JA

« Au Mondial, ça va être feu et flamme, prévient Ibrahima Diallo, président du Fan Club de Sadio Mané, créé en 2014. Sadio, on t’attend pour la victoire ! », s’enthousiasme-t-il, les bras en l’air sur le terrain de foot en terre de ses débuts. « Il sera meilleur buteur », renchérit Lané Fané, son ami et ancien professeur de français.

Parents opposés

Une ferveur qui n’a d’égale que l’obstination de Sadio Mané pour le ballon rond depuis ses jeunes années. « Il était très bon à l’école, en français il était même premier, sourit le professeur. Mais les cours de 17 heures, il ne les faisait pas, il allait jouer au foot avec les copains. » Dès le collège, le numéro 10 de l’équipe de Bambali assure qu’il sera professionnel.

Youenn Gourlay pour JA

« Je me souviens que ses parents étaient opposés à son rêve. Pour eux comme pour presque tout le monde en Afrique, le foot n’était qu’un jeu, pas un métier », se souvient Thierno Idrissa – alias « Tonnerre » – Diallo, directeur technique de la région de Sédhiou en Casamance, qui l’a révélé. « On ne savait pas que ça pouvait rapporter quelque chose, mais comme il était calme et qu’il venait de perdre son père, on l’a ménagé et laissé penser au foot », explique Mariama Touré, l’une des tantes qui l’a élevé après la mort de son père.

Quand je l’ai vu jouer pour la première fois, il était rapide, rigoureux et au dessus du lot

Alors pour se montrer, le jeune Sadio part jouer en cachette avec les joueurs pourtant plus âgés de Sédhiou, la capitale régionale, à 18 kilomètres. « On allait le chercher pour gagner les matches. Il faisait des miracles sur le terrain, c’était terrible », se rappelle Oumar Badji, son ancien coéquipier. « C’était formellement interdit de faire ça, c’était le rival, souligne, rigide, Youssouph Gomis, un ami de son père. Mais ça a payé ! », se détend-il.

Youenn Gourlay pour JA

« Quand je l’ai vu jouer pour la première fois, il était rapide, rigoureux et au dessus du lot, se souvient Tonnerre. J’ai parlé à son oncle et lui ai dit que ce joueur était un trésor qui dormait là, qu’il fallait lui trouver un club digne de ce nom. »


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Le joueur rejoint l’un de ses oncles sur la côte à Mbour, pour ensuite passer des tests au club de Génération Foot à Dakar. « Et tout est allé très vite, retrace Tonnerre avec fierté. Metz, Salzbourg, Southampton et Liverpool, où il brille. »

Cette année, Sadio Mané vient de vivre la saison la plus aboutie de sa carrière sur l’aile gauche des Red Devils de Jürgen Klopp. Avec 20 buts dont 10 en Ligue des Champions, le numéro 19 a régalé les statistiques et formé un trio d’attaque très efficace aux côtés du Brésilien Firmino et de l’impressionnant Mohamed Salah.

« Un don de Dieu »

« Sadio, c’est un don de Dieu, veut croire Youssouph Gomis. Il est né un vendredi, le jour saint, pendant le Tabaski, l’une des plus importantes fêtes musulmanes. Son grand-père était imam, son père lutteur et il est aussi le seul enfant de la fratrie à avoir survécu, c’était écrit. »

Youenn Gourlay pour JA

Au Sénégal, l’incroyable parcours des Lions jusqu’en quart de finale de la Coupe du monde 2002 a été comme un déclic pour de nombreux jeunes joueurs. « Ici, nous sommes loin de la capitale, situe Tonnerre. Nous n’avons que très peu d’infrastructures, les terrains sont mauvais, on a du mal à croire à ce qui arrive à Sadio, mais ça donne de l’espoir. Tout le monde veut être Sadio Mané aujourd’hui. »

Car le joueur n’a pas oublié ses racines et aide de plus en plus sa famille et son village. « Nous étions très pauvres, avant. Nous allions parfois chercher des fruits sauvages très loin pour nous nourrir, ça on ne l’oublie pas », souligne sa tante, qui gère aujourd’hui l’épargne des femmes du village.

Youenn Gourlay pour JA

Un peu à l’écart des maisons, des parpaings par centaines attendent d’être posés sur les murs en construction. Ici, un lycée financé par Sadio Mané à hauteur de 152 millions de francs CFA (environ 230 000 euros) devrait voir le jour à la fin de l’année, pour plus de 500 élèves. Il l’a promis : ce n’est que « le début du commencement ».

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