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Naha Mint Mouknass

Présidente de l'Union pour la démocratie et le progrès

Naha Mint Mouknass (37 ans) est un oiseau rare, dans cette Mauritanie à la fois machiste et très religieuse : elle est la première et unique femme à diriger un parti politique, l’Union pour la démocratie et le progrès (UDP) en l’occurrence. « Diriger, c’est donner des ordres, explique-t-elle, la tête couverte d’un voile pudique. Et il n’est pas toujours facile de donner des ordres à des gens qui exhibent si volontiers leurs biceps, les hommes ! »

La jeune femme naît le 10 mars 1969 à Nouakchott. À l’époque, son père, Hamdi Ould Mouknass, est ministre des Affaires étrangères, sa mère femme au foyer. Élève au Lycée national, elle choisit la filière scientifique. En 1977, son bac D en poche, elle entreprend des études de médecine à Dakar. Mais la contestation permanente sur les campus sénégalais débouche sur plusieurs « années blanches ». Inquiète pour son avenir, Naha quitte le Sénégal pour la France et s’inscrit à l’Institut supérieur de gestion, rue de Lota dans le 16e arrondissement de Paris, où elle obtient un diplôme de 3e cycle, option management, qu’elle complète par un stage de six mois au Crédit commercial de France (CCF), aujourd’hui intégré au groupe britannique HSBC. En 1994, en dépit des propositions du CCF, elle rentre en Mauritanie.
À Nouakchott, elle travaille à l’unité de mise en bouteilles de Coca-Cola. Deux ans plus tard, elle plaque tout pour militer à l’UDP aux côtés de son père. Le 15 septembre 1999, celui-ci disparaît. À l’issue d’un congrès du parti qui se tient en avril de l’année suivante, Naha reprend le flambeau. « J’ai été élue non parce que l’UDP manque de cadres compétents, mais parce que les militants ont voulu témoigner leur fidélité à Hamdi le fondateur », explique-t-elle.
Moins d’un mois après son investiture, elle est nommée conseiller auprès de la présidence de la République. Lors des législatives et des municipales de 2001, sa formation arrive en deuxième position derrière le PRDS, le parti au pouvoir, même si elle n’est représentée à l’Assemblée que par deux députés. Du coup, elle se voit offrir un poste de « ministre-conseiller », qu’elle conservera jusqu’au renversement du régime, le 3 août 2005.
Comme nombre de ses compatriotes, elle accueille le changement avec soulagement. « Pendant tout le temps que j’ai accompagné Maaouiya Ould Taya, j’ai été tenue à l’écart, regrette-t-elle. Aucune mission ne m’a jamais été confiée et on ne m’a jamais demandé mon avis sur rien ! Si je suis restée, c’est essentiellement en raison de la fragilité de mon parti. »
S’agissant de la transition en cours, elle a quand même quelques réserves : « Les électeurs ne sont pas suffisamment informés sur le bulletin unique, estime-t-elle. Il y aura beaucoup d’erreurs ; c’est regrettable pour une élection aussi capitale. » Cela ne l’empêche pas de parcourir la Mauritanie en tous sens dans la perspective des législatives du 19 novembre. Son parti est très bien implanté dans la vallée du fleuve Sénégal, notamment au Gorgol, à Guidimakha, à Brakna et en Assaba, « où l’on trouve le plus grand nombre de laissés-pour-compte depuis les tragiques événements de 1989 ». Concernant le quota de 20 % des postes éligibles réservés aux femmes, Naha – c’est presque un paradoxe – se montre fort critique. « C’est une vaste blague, persifle-t-elle. Pourquoi pas un quota pour les handicapés ou pour les jeunes de moins de 34 ans ? Je m’insurge contre ces slogans creux et irréfléchis. Je suis pour le mérite, pas pour qu’on remplisse l’Assemblée et les mairies avec des femmes quotaïsées ! » Autre opinion tranchée : elle est favorable à l’interdiction de tout parti qui obtiendra moins de 2,5 % des suffrages exprimés aux prochaines municipales.

Bref, Naha Mint Mouknass est sur tous les fronts. Mariée mais sans enfants, elle va de réunion en réunion et n’hésite pas à arpenter les kebbas, ces bidonvilles où l’insécurité est reine. « Il ne faut pas avoir peur d’y aller, explique-t-elle. La misère et l’exclusion n’existent que parce qu’on ignore les victimes. » Rêve-t-elle du pouvoir ? « Il faut être ambitieux, mais, pour la présidentielle de mars 2007, je suis out, parce que je n’ai pas 40 ans » [l’âge minimum pour être candidat]. Elle a donc tout le temps d’affûter ses armes pour 2013 !

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