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Start-up de la semaine : les robots tunisiens d’Enova Robotics à la conquête du monde

Enova Robotics © DR

Enova Robotics est le seul fabriquant de robots intelligents en Afrique. Dans le monde, les concurrents directs se comptent sur les doigts d'une main. Le dirigeant, Anis Sahbani, voit donc grand et vient de réaliser la plus importante levée de fonds en Tunisie pour une start-up.

Anis Sahbani rêve d’un monde de robots. Une société où les machines intelligentes seraient au service de l’humain en le débarrassant des tâches répétitives et en lui permettant de s’affranchir des contraintes spatiales. Une utopie à laquelle il a tâché de donner corps dans la pépinière d’entreprises SoftTech, à Sousse, à 140 km au sud de Tunis, où a été créée Enova Robotics, unique constructeur de robots en Afrique.

Fondée en 2014, la jeune pousse a déjà vendu une soixantaine de robots déclinés en quatre versions. PearlGuard – véhicule électrique à quatre roues motrices pouvant se déplacer à 12 km/h – est une machine autonome de surveillance et d’alerte à distance. Le robot, vendu 68 000 euros, peut détecter et prévenir les intrusions en temps réel par transmission radio ou réseau 4G ; et même projeter un ADN synthétique qui reste sur l’intrus, pouvant l’identifier après des mois.

Son compagnon, eTouch-Bot (vendu 18 000 euros), est plus pacifique. D’aspect plus humanoïde, avec un écran en guise de visage, ce robot a été conçu pour servir d’aide à domicile aux personnes âgées. Celles-ci peuvent consulter un médecin à distance grâce à un écran, ou se rapprocher de leur famille ou amis. « Les grands-parents peuvent, par exemple, jouer en direct à cache-cache avec leurs petits-enfants, même s’ils vivent à plusieurs centaines de kilomètres de distance », assure Anis Sahbani.

Priorités santé et sécurité

La société propose aussi deux autres types de robots, Mini-Lab pour aider les professeurs à faire comprendre la robotique aux élèves et Hello-Bot, qui peut accueillir et renseigner des visiteurs lors d’événements, mais c’est sur la santé et la sécurité que Enova Robotics compte asseoir sa renommée.

La start-up est déjà listée parmi les 17 plus importants constructeurs dans le monde

Enova Robotics a déjà été distingué à plusieurs reprises en 2017 : médaille d’or au Salon international des inventions de Genève, la plus grande manifestation du genre ; médaille d’or avec félicitation du jury au Salon international des inventions du Moyen-Orient et médaille d’or de l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle.

La start-up est déjà listée parmi les 17 plus importants constructeurs dans le monde – dont la moitié se focalise uniquement sur le secteur militaire – selon le dernier rapport sur le marché de la robotique, publié par le site de référence MarketDesk. Enova Robotics se prépare à franchir le cap de l’industrialisation par la grande porte.

Une levée de 4,5 millions de dinars

La société vient de boucler fin juin une levée de fonds de 4,5 millions de dinars (1,5 million d’euros), la plus importante pour une start-up en Tunisie. « Les marchés visés, la sécurité [dont la taille est estimée à 80 milliards de dollars avec une croissance annuelle de 10 %, ndlr] et l’aide aux personnes âgées, sont des créneaux porteurs. La start-up a dépassé le stade du prototype et a commencé à vendre. Et surtout, je crois dans les capacités techniques et managériales d’Anis. D’ici cinq ans, je fais donc le pari qu’Enova Robotics sera une licorne africaine », avance Habib Karaouli, le PDG de la banque d’affaires CAP Bank qui réalise la levée de fonds.

Orange Tunisie a invité la société à s’installer sur son stand à VivaTech, le Salon des nouvelles technologies qui s’est déroulé en mai à Paris, pour l’aider à intégrer les marchés internationaux. « La robotique est un secteur d’innovation qui nous intéresse car il répond à de nombreux besoins. Enova Robotics étant le seul acteur dans ce domaine en Afrique, cela nous est apparu naturel de l’inviter », explique Leila Meherzi, responsable innovation et numérique à Orange Tunisie.

Cette exposition a en effet permis à Anis Sahbani de se rapprocher de la société de protection Securitas. Après le salon, les deux partenaires sont partis en tournée de promotion pour effectuer des démonstrations grandeur nature des capacités de PearlGuard sur les sites sensibles de possibles clients, comme le groupe d’aéronautique et de défense Safran ou encore le fabriquant de missiles MBDA. Si les tests ont plu, le chiffre d’affaires d’Enova Robotics, de quelques centaines de milliers d’euros actuellement, pourrait atteindre quelques millions d’euros d’ici la fin de l’année, estime Anis Sahbani.

De professeur à start-uper

Il y a pourtant à peine cinq ans, ce Tunisien de 42 ans était « simple » professeur et se plaignait de son salaire… L’aventure démarre à l’Institut des systèmes intelligents et de robotique (ISIR) au sein de l’Université Pierre et Marie-Curie, à Paris, où Anis Sahbani a enseigné la robotique de 2004 à 2013. Le professeur veut passer à la fabrication de robots, regrettant notamment que son salaire de fonctionnaire ne reflète pas son investissement.

Je ne me voyais pas salarié, je voulais être dirigeant », raconte Anis Sahbani

Deux choix s’offrent alors à lui : se faire embaucher dans une grande entreprise ou créer sa propre société. « Je ne me voyais pas salarié, je voulais être dirigeant », raconte Anis Sahbani. Du business, il ne connaît rien, « à part les clichés des PDG avec des grosses voitures. Je ne savais pas ce qu’était un retour sur investissement. Ça a été très dur au début. »

En bon scientifique, Anis Sahbani décide donc d’agir avec méthode. Il se réinstalle dans son pays natal, la Tunisie, qu’il avait quitté en 1998. L’excellente formation en programmation et robotique et la faiblesse du dinar doivent lui permettre de se lancer avec un maximum d’atouts. En 2013, il passe un an, « à temps plein, de 8 heures à 18 heures », à faire le tour de tout l’écosystème : fonds d’investissement, agences de promotion dédiées à l’innovation, chambres de commerce, discussions avec des start-upers, etc. Il se forme lui-même aux bases financières et managériales.

En juillet 2014, Anis Sahbani se sent prêt : il fonde Enova Robotics au capital de 25 000 euros avec l’aide de deux associés français, des chercheurs restés dans l’Hexagone. Aujourd’hui, Enova Robotics compte cinq actionnaires – les trois fondateurs, un investisseur privé tunisien et CAP Bank [une fois la levée de fonds actée] – Anis Sahbani, le PDG, détient la moitié des parts. La société s’installe à Sousse et non à Tunis, la capitale.

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