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Cet article est issu du dossier «Impact Journalism Day : mettre en lumière les acteurs du changement»

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Environnement

Assabah : en Tunisie, les déchets d’un verger deviennent du biocombustible

Du charbon fait à partir de briquettes en bois. © Chanouf farm Biofire

Les déchets issus de l'agro-foresterie sont capables de polluer les océans ou de propager des incendies dans les bois et les jardins. Face à ce phénomène, la ferme Chanouf a mis au point une unité de recyclage pour transformer ces déchets en une source de revenus au sein du secteur agricole.

Dans un contexte global de raréfaction des ressources énergétiques et d’engouement pour les énergies respectueuses de l’environnement, une ferme familiale de Tunisie a saisi l’opportunité de diversifier ses activités. Elle a développé un type de biocarburant alternatif au bois de chauffage, considéré par beaucoup comme un contributeur majeur à la déforestation et à la dégradation des surfaces boisées. Les déchets forestiers à l’abandon constituent des dangers environnementaux, capables de polluer les océans ou de propager des incendies dans les bois et les jardins, notamment l’été. Pourtant, la famille Chanouf est parvenue à transformer ces déchets en une source supplémentaire de revenus au sein d’un secteur agricole difficile.

Le parcours d’un déchet recyclable

Située à Manouba, en banlieue de Tunis, la ferme Chanouf a mis au point une unité de recyclage des déchets agroforestiers pour produire du charbon de bois organique et de l’énergie de biomasse à partir de déchets de poiriers et d’oliviers. La ferme, productrice de poires et d’olives depuis 1995, est devenue la société Chanouf Farm-Biofire en 2015. Elle s’est concentrée initialement sur l’utilisation de bio-déchets pour fabriquer des briquettes de charbon inflammables et du charbon de bois – alternatives très efficaces et écologiques au bois de chauffage – ainsi que de la poix, sorte de goudron végétal.

La production se déroule en trois étapes. Tout d’abord, des déchets tels que le bois mort, les écorces ou encore les feuilles sont collectés. Ils sont ensuite broyés, séchés et pressés pour former deux produits : des briquettes de charbon de bois et du charbon prêt à l’emploi. Enfin, les résidus de charbon de bois sont à nouveau soumis à une forte pression et transformés en charbon pressé, tandis que le reliquat est carbonisé unedernière fois pour donner de la poix.

Chanouf farm Biofire

D’où vient l’idée ?

L’idée est venue au fondateur de la startup, Murad Chanouf, lors d’un voyage en Chine, où il a découvert un type de charbon qu’il ne connaissait pas.

Notre produit est moins cher que le charbon et le gaz

À son retour en Tunisie, il décide avec son gendre Radwan Al-Ayadi, aujourd’hui directeur de l’entreprise, de créer un nouveau produit : du bio-charbon fabriqué entièrement à partir de produits organiques mis au rebut. Cette nouvelle source d’énergie serait moins coûteuse et plus respectueuse de l’environnement que les solutions habituelles.

« Notre produit est moins cher que le charbon, le gaz ou d’autres sources d’énergie. Il est 30 % moins humide que le charbon ordinaire », assure Radwan Al-Ayadi. Le charbon de bois est largement utilisé dans les pays africains, notamment pour la cuisson, ajoute-t-il, et le processus d’obtention du bio-charbon est neutre en carbone.

La famille Chanouf a conclu des accords avec un certain nombre de collecteurs, qui fournissent la ferme en déchets agroforestiers en échange d’un salaire. Elle fait ainsi d’une pierre trois coups : elle crée des emplois, collecte des déchets et développe une startup.

Une fois le travail et la production bien rodés, l’idée initiale de produire du bio-charbon a évolué. La ferme a embauché des chercheurs qui ont découvert que les déchets de charbon de bois peuvent aussi être transformés en poix végétale – une substance capable d’éliminer efficacement les maladies attaquant les arbres fruitiers.

Même après cela, il restait quelques résidus de charbon de bois. Murad Chanouf a alors décidé de les cuire et de les transformer en bio-charbon spécialement conçu pour les narguilés. Il a également ouvert un laboratoire sur la ferme pour mener d’autres recherches sur les produits, ce qui l’a amené à découvrir que le charbon pour narguilés pouvait aussi devenir du compost s’il était mélangé au sol dans lequel poussent les arbres, avec des résultats étonnants. L’entreprise familiale affirme qu’avec cet engrais, encore à l’essai, un des arbres fruitiers testés a pu produire 700 fois plus.

Chanouf farm Biofire

La réussite de la famille Chanouf

L’entreprise compte aujourd’hui 12 employés et travaille avec de nombreux collecteurs de déchets. Son usine occupe 550 m 2 sur les 1 500 m 2 appartenant à la ferme Chanouf. Elle comprend trois zones, pour la récupération des déchets arboricoles, la pressurisation et la transformation en charbon.

Nous espérons étendre nos activités pour commencer à exporter

Une réussite en termes d’innovation et de marketing, la startup s’est développée, voyant ses ventes passer de 80 000 dinars tunisiens (32 000 dollars) en 2015 à 120 000 dinars l’an dernier. « Nous espérons étendre nos activités, établir un nouvel entrepôt et acquérir deux nouvelles presses. Cela nous permettra de doubler la production et de commencer à exporter, d’autant plus que nous recevons désormais des commandes d’Europe et d’un certain nombre de pays africains. Pour l’instant, nous nous concentrons sur le marché local. Nous nous déploierons au-delà une fois que nous serons en mesure de fournir notre produit tout au long de l’année », affirme Radwan Al-Ayadi.

Les expériences conduites dans le laboratoire de l’entreprise ne se limitent pas au charbon de bois. D’autres utilisations de la poix sont actuellement à l’étude : outre ses propriétés d’engrais organique, celle-ci peut être utilisée comme pesticide naturel. La famille Chanouf pense qu’elle pourrait aussi servir à la composition de médicaments.

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