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Cet article est issu du dossier «Impact Journalism Day : mettre en lumière les acteurs du changement»

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Innovation

L’Économiste du Maroc : des pavés fabriqués à partir de déchets en plastique

Le Paveco, réalisé à partir des déchets en plastique en forme de Zelij marocain. © Zelij Invent

Le défi pour un étudiant marocain était de trouver une solution au grand défaut du plastique : son inflammabilité.

Il voulait trouver le bon mélange et les bonnes doses en additionnant au plastique d’autres matériaux pour maîtriser l’inflammabilité et augmenter la résistance. Trois mois lui ont suffi pour trouver la « recette » parfaite pour un pavé , répondant aux normes exigées pour les revêtement de sols.

Il s’appelle Saif Eddine Laalej, il a 20 ans et il a trouvé une solution pour exploiter le plastique en tant que matériau de construction. Ce jeune étudiant de l’École nationale de commerce et de gestion de Tanger, dans le nord du Maroc, a conçu un pavé écologique en forme de zellige traditionnel marocain (un type de carrelage aux motifs mosaïques employé typiquement dans la décoration mauresque au Maroc) à base de déchets en plastique tels que les bouteilles, les boîtes ou encore les bouchons.

Le béton peut-il être remplacé par le pavé écologique ?

Ce produit est un mélange de plastique récupéré et d’autres composants, notamment du ciment et du sable. Le pavé écologique, ou Paveco, peut être utilisé pour paver le sol avec les mêmes avantages que le béton, à moindre coût, tout en ayant un impact environnemental positif. C’est en tout cas l’ambition de la jeune start-up que Laalej a cofondée avec Houda Mirouche, Zelij Invent, et qui travaille sur cette innovation depuis 2016 dans le cadre d’un programme de la ONG Enactus pour l’entrepreneuriat social estudiantin et le développement durable. « Il représente une solution prouvée pour le recyclage du plastique et répond
parfaitement aux normes en vigueur pour les produits de revêtement de sol comme la résistance et l’inflammabilité », assure Laalej.

Passionné de robotique et de sciences, ce jeune étudiant a eu son idée en regardant une émission débat à la télévision en 2016, lors du lancement de l’opération Zéro Mika, une initiative lancée par le gouvernement marocain dans le but de lutter contre la prolifération des sacs en plastique. L’un des intervenants déplorait la sous utilisation du plastique comme matériau de construction alors que celui-ci en avait toutes les caractéristiques ; en plus de sa légèreté et de sa malléabilité, le plastique est étanche, résiste à la corrosion et à l’usure, ne pourrit pas et ne conduit pas l’électricité.

Connaissant aussi l’esthétique fort appréciée du zellige marocain, utilisé dans la décoration traditionnelle d’intérieur, Laalej y a décelé une combinaison de design et durabilité fort intéressante. Avec les déchets en plastique ramassés lors des journées de collecte qu’il a organisées avec ses amis Scouts, il a démarré des expériences pour vérifier sa théorie. Il a imaginé, testé et conçu ses premiers prototypes du Paveco dans le garage de ses parents, qui faisait office de laboratoire.

Défi réussi

Le défi pour l’étudiant était de trouver une solution au grand défaut du plastique : son inflammabilité. Il fallait trouver le bon mélange et les bonnes doses en additionnant au plastique d’autres matériaux (notamment sable et ciment) pour maîtriser l’inflammabilité et augmenter la résistance. Trois mois ont été nécessaires pour trouver la « recette » parfaite pour un pavé fabriqué à 80 % de plastique, répondant aux normes exigées pour les revêtement de sols.

Son produit fin prêt, Laalej décide de participer au concours Social Cup Enactus de l’Ecole Nationale de Commerce et de Gestion de Tanger. Finaliste, il bénéficie désormais de l’accompagnement de l’ONG pour concrétiser son projet. En juillet 2017, Laalej et Mirouche créent Zelij Invent pour commercialiser ce produit innovant, aussi fiable que le béton mais moins cher selon ses concepteurs.

Le Paveco  est à la fois économique et écologique

La start-up propose ainsi une solution alternative pour débarrasser l’environnement de l’un des déchets les plus problématiques de la planète, tout en créant un business à fort potentiel de développement. « Le Paveco est un matériau de construction à la fois économique et écologique. Il intéresse aussi bien les constructeurs, pour ses avantages en termes de prix et d’innovation, que les industries opérant dans la collecte de déchets et de recyclage pour ses
débouchés industriels », affirme Younes Baddou, responsable commercial d’une société immobilière.

Preuve à l’appui, le Paveco séduit déjà le secteur privé ; le cimentier franco-suisse LafargeHolcim soutient la start-up en termes de recherche et développement et une entreprise de construction marocaine a fait une promesse d’achat pour équiper de futurs projets d’un grand groupe immobilier. Parallèlement, des entreprises qataries souhaitent développer le projet dans leur pays ; une possibilité encore à l’étude puisque Zelij Invent préfère, pour l’instant, se concentrer sur le développement au Maroc.

Zelij Invent

Zelij Ivent estime avoir besoin de 58 000 euros

Pour passer à la vitesse supérieure et entamer la production à l’échelle industrielle, Zelij Invent estime avoir besoin d’un budget total de 650 000 dirhams marocains (58 000 euros). A ce jour, seule la moitié du budget est assurée, grâce aux différents prix gagnés lors des concours et compétitions auxquels la startup a participé. Mais l’équipe reste confiante. En parallèle au développement du pavé écologique, elle travaille sur un programme nommé Walk Green, qui a pour objectif d’équiper les zones rurales isolées avec des infrastructures durables, telles que des routes.

Bien que l’atelier actuel soit destiné à ce jour uniquement à la fabrication des prototypes et produits d’exposition, aujourd’hui la startup évalue son potentiel de recyclage en 2 520 tonnes de plastique par mois, sachant qu’elle utilise 35 kg de plastique par m2 de pavés. Pour des tests sur des chantiers et pour la première phase du programme Walk Green, la production est estimée à 10 000 m2 de pavés, soit 900 000 dirhams de chiffre d’affaires et 350 000 kg de plastique recyclé.

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