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Économie

Alger incite les jeunes à devenir leur propre employeur

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Entre 2010 et 2013, plus de 256 000 micro-entreprises ont vu le jour en Algérie.

Entre 2010 et 2013, plus de 256 000 micro-entreprises ont vu le jour en Algérie. © Samir Sid

Utiliser la rente pétrolière pour encourager les chômeurs à créer leur micro-entreprise. Telle est la stratégie des autorités algériennes, qui subventionnent les porteurs de projets.

L’Algérie n’est pas à un paradoxe près. Pendant que le sud du pays s’embrase régulièrement à cause du manque de travail, les pouvoirs publics avancent quant à eux des chiffres très encourageants : de 30 % en 1999, le taux de chômage serait passé sous le seuil psychologique des 10 % en 2013. Cependant, selon les chiffres du Fonds monétaire international, 21,5 % des moins de 35 ans étaient sans emploi en 2013 (soit environ 14 % des Algériens).

Promotion de l’entrepreneuriat

Face à ce fléau, qui frappe l’ensemble des pays du Maghreb, Alger mise plus que jamais sur la promotion de l’entrepreneuriat.Ainsi, entre 2010 et 2013, plus de 256 000 micro-entreprises ont vu le jour, générant 531 000 emplois directs, d’après des chiffres communiqués en juillet par Mohamed El Ghazi, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale. 174 324 micro-entreprises ont notamment bénéficié, au cours de cette période, de l’accompagnement de l’Agence nationale de soutien à l’emploi des jeunes (Ansej). Pour chaque projet, les promoteurs ont ainsi pu solliciter un prêt allant jusqu’à 9,8 millions de dinars (92500 euros).

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Lancé en 1996, ce dispositif n’avait jamais été si productif. En effet, avant 2010, 120 000 entreprises avaient profité de ces aides, soit un rythme annuel en moyenne cinq fois moins élevé. Reste que l’efficacité de cette politique, financée grâce aux revenus pétroliers et gaziers du pays, fait débat. D’autant qu’aucun budget n’a été communiqué.

Critiques

La presse nationale a avancé, en 2013, un financement de 5 milliards de dollars (pour l’année 2012), mais certains experts estiment qu’il pourrait être deux, voire trois fois plus élevé, si l’on tient compte de toutes les exonérations fiscales dont bénéficient ces micro-entreprises. corruption. Au-delà des fonds injectés par l’État, c’est aussi la qualité des projets soutenus qui alimente les critiques. « Beaucoup de jeunes qui obtiennent des crédits font faillite. D’après des recoupements, le taux de défaut atteindrait les 60 % », déplore Abderrahmane Mebtoul, agrégé d’économie et expert en management stratégique. Et d’ajouter : « Peu de jeunes s’orientent vers des emplois porteurs, car ce sont les services marchands et le transport qui sont majoritaires. Or ces secteurs créent très peu de valeur. »

De fait, les statistiques officielles disponibles sur le site internet de l’Ansej montrent que plus de 61 % des micro-entreprises créées s’inscrivent dans le secteur des services, tandis que l’industrie et la maintenance n’en concerneraient qu’un peu moins de 7 %.

Moins de 7 % des micro-entreprises créées s’inscrivent dans le secteur de l’industrie.

Effets pervers

Pour Abderrahmane Mebtoul, cette politique poursuit des objectifs à court terme. « Ce saupoudrage ne conduit qu’au maintien de la paix sociale. Pour résoudre la problématique de l’emploi, il faut un taux de croissance tiré par le secteur productif », estime l’économiste.

Sans parler des effets pervers engendrés par ce déversement d’argent frais, tels que la corruption des fonctionnaires pour accélérer le démarrage des projets ou l’utilisation des crédits pour financer des mariages, voire des projets d’exil à l’étranger.

À cela s’ajoute le risque pour les banques publiques d’assister, impuissantes, à l’augmentation de leur taux de créances douteuses à mesure que les faillites s’accumuleront. Interrogé par Jeune Afrique sur l’efficacité de cette politique, le ministère du Travail n’a pas souhaité réagir. Conscient des limites du dispositif actuel, Noureddine Bedoui, le ministre de la Formation professionnelle, a annoncé le 16 septembre que les aides de l’Ansej seront désormais limitées aux jeunes titulaires d’un diplôme en rapport avec leur projet. Et d’affirmer : « Il faut que la culture de la qualification soit définitivement enracinée dans notre société. »

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