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Les femmes imams arrivent !

Elles pourront enseigner le Coran, mais pas diriger la prière du vendredi dans les mosquées marocaines.

Par - Sonia Mabrouk
Mis à jour le 2 mai 2006 à 14:03

On les appelle les morchidates (« guides »). Elles sont une cinquantaine, toutes âgées de moins de 45 ans, qui, au terme d’une formation pluridisciplinaire intensive de douze mois, viennent de se voir décerner leur diplôme par le ministère marocain des Habous et des Affaires islamiques. Dans un avenir proche, elles sont appelées à jouer le rôle d’imam dans les mosquées du royaume. Elles enseigneront le Coran, bien sûr, mais donneront aussi des cours d’alphabétisation, informeront les femmes et les jeunes de leurs devoirs religieux et, de manière générale, s’efforceront de répondre à toutes leurs questions. Bref, comme l’explique le ministère, les morchidates auront « un rôle d’encadrement, d’orientation, d’information et de sensibilisation religieuse ». Bien qu’elles aient reçu la même formation que leurs collègues masculins, elles ne seront toutefois pas autorisées à diriger la prière, fonction qui reste le domaine exclusif des hommes.
On se souvient qu’en mars 2005 l’annonce qu’une femme, Amina Wadud, professeur d’études islamiques à l’Université de Virginie, avait conduit la prière du vendredi dans une mosquée new-yorkaise avait suscité un certain émoi, pour dire le moins, dans tout le monde musulman. La grande majorité des responsables religieux avait crié au blasphème, seule une minorité de jeunes progressistes manifestant leur approbation.
Pourtant, Amina Wadud a vite fait des émules. Peu de temps après, Naïma Gohani, une Italienne d’origine marocaine, dirigeait à son tour une prière mixte dans la mosquée de Colle Val d’Elsa, près de Sienne, en Toscane. Vocation ou provocation ? Là encore, les avis sont partagés.
Au Maroc, la question a donc été tranchée, au moins provisoirement. L’apparition de cette première promotion de femmes imams, même si elle ne constitue pas une révolution, témoigne néanmoins d’une prise en compte progressive des femmes dans le domaine religieux. Dans les mois à venir, les morchidates auront assurément beaucoup à faire. Dans les mosquées et ailleurs. L’enjeu n’est pas mince : il s’agit de ne pas laisser le champ libre aux mouvements islamistes radicaux. Quant à savoir si elles seront un jour autorisées à diriger une prière mixte, Dieu seul le sait !