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Mussolini s’empare de l’Éthiopie

Le 5 mai 1936, les troupes italiennes font leur entrée à Addis-Abeba. Le 9 mai, le roi d’Italie, Victor-Emmanuel III, signe un décret annexant l’Éthiopie et prend le titre de « roi d’Italie et empereur d’Éthiopie ». L’opération militaire avait été annoncée le 2 octobre 1935 dans un discours radiodiffusé de Benito Mussolini, Il Duce, le maître du pays depuis la marche sur Rome de 1922. Les motivations étaient claires : « Quand en 1915, déclara-t-il, l’Italie décida d’unir son sort à celui des Alliés, que de cris d’admiration et de promesses ! Mais après la victoire commune… il ne restera pour nous que les miettes du festin colonial des autres… Oh, Éthiopie ! Nous patientons depuis quarante ans, maintenant, ça suffit ! »

Quarante ans : c’est à peu près l’anniversaire de l’occupation du port de Massaoua, au nord de l’Éthiopie, en février 1885. Mais c’est surtout l’anniversaire du désastre d’Adoua, le 2 mars 1896, où 20 000 soldats italiens furent taillés en pièces par les troupes du négus Ménélik, ce qui mit fin à la première tentative de conquête militaire. Dans la période qui suivit, les efforts déployés par l’Italie pour participer à la course aux colonies n’avaient guère donné de résultats. En 1922, l’Empire ne se composait que des rudes plateaux de l’Érythrée, des déserts somaliens et de quelques points d’ancrage en Libye.
Dans la décennie qui suivit, Mussolini tenta une politique de pénétration pacifique pour arriver à une sorte de protectorat. Il appuya même la demande d’adhésion de l’Éthiopie à la Société des nations (SDN) de Genève. Rien n’y fit. Les négus ne se laissaient pas tenter – et surtout pas celui qui, né Tafari Makonnen, allait se faire couronner empereur en 1930 sous le nom de Haïlé Sélassié Ier. Il serait choisi comme Homme de l’année 1935 par l’hebdomadaire Time et après son long exil en Grande-Bretagne, on entendrait parler de lui jusqu’en 1974.
Dès 1933, l’Italie entama donc des préparations pour conquérir militairement ce « pays africain universellement reconnu comme barbare et indigne de figurer parmi les peuples civilisés » (Mussolini dixit). En fait, le seul, avec le Liberia, qui eût échappé à la colonisation européenne.
L’incident de Oual-Oual, le 5 décembre 1934, à la frontière de l’Érythrée et de l’Éthiopie, fut le prétexte pour passer à l’action. Les opérations militaires elles-mêmes commencèrent dès le lendemain du discours de Mussolini du 2 octobre : dix divisions appuyées par les chars et l’aviation – au total au moins 400 000 hommes – se ruèrent sur la petite armée du négus. Il y aurait environ 2 500 morts italiens et 1 600 parmi les troupes érythréennes et somaliennes. Beaucoup plus certainement – mais on n’a pas d’estimations – chez les Éthiopiens. Malgré les bombardements et les gaz asphyxiants (d’une utilisation cependant limitée), il fallut sept mois, jusqu’au 5 mars 1936, pour que Haïlé Sélassié demande la paix.
Cependant, les rêves de récupération coloniale du Duce s’inscrivaient dans un contexte international particulièrement menaçant : la montée en puissance de l’Allemagne nazie, devant laquelle la SDN était impuissante (ni l’Allemagne elle-même ni les États-Unis n’en faisaient partie).

Arrivé au pouvoir le 30 janvier 1933, Hitler avait, dès janvier 1935, obtenu le « retour de la Sarre au Reich ». Le 16 mars, il avait rétabli le service obligatoire en Allemagne. En mars 1936, il allait dénoncer le traité de Locarno signé en 1925 et réoccuper la Ruhr. Le danger allemand paraissait tel qu’à la conférence de Stresa (avril 1935), qui réunissait l’Italie, la Grande-Bretagne et la France, on ne parla même pas de l’Éthiopie. À l’automne 1935, cependant, la SDN prit contre l’Italie des sanctions financières et économiques, mais de peur de la pousser dans les bras de l’Allemagne, on se garda de les appliquer. Elles furent même levées dès le 4 juillet 1936.
Conclusion de l’historien français Jean-Baptiste Duroselle : « Le coup de force italien était couronné par le succès le plus complet. C’était là, pour Hitler, un précieux encouragement, et pour la Société des nations le signe d’une irrésistible décadence. » L’Axe Rome-Berlin, qui vit le jour en 1937, ne porta pas, on le sait, bonheur à Mussolini. Quant à son Empire colonial, après le traité avec les Alliés et quelques négociations ultérieures, l’Italie n’en conserva qu’une tutelle administrative provisoire sur la Somalie, qui se termina le 1er janvier 1960.

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