Politique

Burundi : « La nouvelle Constitution consacre l’exclusion d’une partie de la classe politique »

Pierre Nkurunziza, le président burundais, lors du lancement de la campagne pour le "Oui" au référendum constitutionnel lancé par le CNDD-FDD (au pouvoir), le 2 mai 2018 à Bugendana, dans la province de Gitega. © STR/AP/SIPA

La Cour constitutionnelle a validé jeudi 30 mai les résultats du référendum controversé du 17 mai, rejetant ainsi un recours de nullité déposé par la coalition d'opposition Amizero y'Abarundi. Interview avec Pierre-Célestin Ndikumana, président du groupe parlementaire de l'opposition emmenée par Agathon Rwasa.

Sans surprise, le recours déposé le 24 mai par Amizero y’Abarundi, la coalition d’opposition emmenée par Agathon Rwasa, n’a pas abouti. La Cour constitutionnelle burundaise a validé jeudi les résultats prononcés par la Commission électorale et consacré la victoire du oui avec 73,2% au référendum constitutionnel du 17 mai.  Le pouvoir de Pierre Nkurunziza, qui aura désormais l’opportunité de briguer deux septennats à partie de 2020, renforce ainsi sa mainmise sur l’exécutif à l’issue de ce vote controversé.

Les membres d’Amizero y’Abarundi, principale formation d’opposition présente à l’Assemblée, seuls partisans du « non » autorisés à faire campagne avaient dès l’issue du vote dénoncé des irrégularités, des cas de bourrages d’urnes et des actes d’intimidation, précisant qu’ils ne reconnaîtraient pas les résultats.

Pierre-Célestin Ndikumana, président du groupe parlementaire de la coalition réagit pour Jeune Afrique à la décision de la Cour constitutionnelle.

Jeune Afrique : Aviez-vous espoir que ce recours aboutisse ?

Pierre-Célestin Ndikumana : C’était notre droit de déposer ce recours, mais bien évidemment nous nous attendions à cette issue. Ce n’est pas une surprise. Mais nous dénonçons la façon dont cela a été géré.

L’annonce de la validation des résultats du référendum ne devait pas se faire avant que tous les contentieux ait été réglé, or la Cour constitutionnelle a confirmé les résultats du scrutin en même temps que notre recours a été rejeté. C’est contraire à la procédure.

Maintenant, je ne vais pas vous dire que nous nous attendions à un miracle. La Cour constitutionnelle reste composée d’hommes du président, nommés par celui-ci. L’objectif de cette démarche était surtout d’envoyer un signe à la communauté internationale et marquer notre désapprobation vis-à-vis d’un vote dont le processus a été constamment entaché d’irrégularités et de tentatives d’intimidation. Montrer qu’on ne cautionne pas ce scrutin.

S’ils avaient envoyé des missions d’observation cela aurait signifié que la communauté internationale cautionnait le scrutin

Justement, la communauté internationale n’a pas souhaité envoyer de mission d’observation. Regrettez-vous cette décision, compte tenu des irrégularités que vous avez souhaité dénoncer avec ce recours?

Non, au contraire je crois que cette position était tout à fait normale et justifiée. Nous avions souligné que modifier la Constitution n’était pas opportun, c’était un des points du dialogue interburundais auquel nous avons pris part. Mais Bujumbura a bloqué ce dialogue et a voulu précipiter le processus du référendum.

À partir de là il était logique que la communauté internationale se tienne à l’écart. Si des missions d’observation avaient été envoyées, cela aurait signifié que la communauté internationale cautionnait le scrutin.


>>> À LIRE – Burundi : Pierre Nkurunziza, président tout-puissant


On ne va pas être lâche et fuir, on va rester dans la danse pour faire de la résistance de l’intérieur

La nouvelle Constitution a un impact sur le fonctionnement du Parlement. Après la crise de 2015 vous aviez dit vouloir intégrer les institutions pour ne pas laisser le champ libre au pouvoir. Vous sentez-vous pris au piège et regrettez vous cette décision ? 

L’espace politique au Burundi, qui était un des points du dialogue, s’est encore plus resserré. Cette nouvelle Constitution consacre l’exclusion d’une partie de la classe politique.

C’est pour ne pas céder à cette volonté d’écarter, pour ne pas nous isoler, que nous avions décider d’intégrer l’Assemblée. Il n’y a pas de regret par rapport à cela et nous allons continuer. On ne va pas être lâche et fuir, on va rester dans la danse pour faire de la résistance de l’intérieur.

C’est essentiel : le gouvernement essaye de faire croire que l’issue ce référendum est la preuve que le peuple soutient sa politique mais on a bien vu lors de nos meetings pendant la campagne qu’une importante voix dissidente existe dans le pays. Donc nous allons rester, au moins jusqu’aux prochaines élections

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