Justice

Algérie : prison ferme requise contre des ahmadis pour « offense à l’islam »

Des fidèles ahmadis, lors d'un rassemblement religieux en Inde, en décembre 2011. © Altaf Qadri/AP/SIPA

Considérées comme « hérétiques », 26 personnes appartenant au courant musulman ahmadi risquent six mois de prison ferme. Leur défense dénonce un « procès politique ». Le verdict sera prononcé le 12 juin.

Des peines de six mois de prison ferme et 20 000 dinars d’amende (environ 146 euros) ont été requis à l’encontre de 26 personnes accusées d’appartenance au mouvement réformiste musulman de l’Ahmadisme. Ils ont comparu mardi 29 mai au tribunal d’Akbou, à 180 kilomètres à l’est d’Alger, sous les chefs d’accusation d’« offense à l’islam », « constitution illégale d’association » et de « collecte illégale de cotisations ».

Au terme d’une audience qui aura duré près de trois heures sous l’œil attentif des observateurs de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) le verdict a été mis en délibéré et sera prononcé le 12 juin prochain.

La défense dénonce une « inquisition »

Se basant sur les principes de la liberté de culte et la liberté de conscience garanties par l’article 42 de la Constitution algérienne, les avocats de la défense ont unanimement dénoncé un « procès politique contre des citoyens pacifiques appartenant à une école de pensée comme il en existe beaucoup à travers le monde musulman ». 

Nul n’a le droit d’interroger un citoyen sur sa foi ou ses convictions

« Aucun acte illégal ou contraire à la loi n’a été commis par les prévenus. Leur dossier est vide. Cette affaire relève de la liberté de pensée », a plaidé Me Salah Dabouz, l’un des avocats de la défense.

« Lors des auditions, les gendarmes ont questionné les prévenus sur leurs convictions religieuses et leurs sentiments profonds. C’est tout simplement de l’inquisition. Nul n’a le droit d’interroger un citoyen sur sa foi ou ses convictions », s’est élevé Me Sofiane Ikken, autre avocat de la défense.   

Dans la salle des pas perdus, le principal accusé et premier responsable de la branche ahmadie dans la région berbérophone de Béjaïa, Amessis Hocine, raconte son arrestation, le vendredi 10 mars 2017 : « Vers 11 heures du matin, près de 50 gendarmes ont investi mon domicile après avoir bouclé tout le quartier. Sous le choc, ma fille de 24 ans s’est évanouie. Ils ont perquisitionné toute la maison et confisqué mon micro-ordinateur, des cartes mémoire ainsi que des livres et des brochures. Ils m’ont ensuite emmené au chef-lieu de wilaya, à Béjaïa, pour être interrogé pendant trois jours au centre de la brigade d’investigation de la gendarmerie. »

Nombreuses arrestations

Son passeport lui a été retiré après sa mise sous contrôle judiciaire. Tous les autres membres ont été convoqués et auditionnés avant de passer devant le juge d’instruction.

Selon les témoignages des prévenus devant le juge du tribunal d’Akbou, le processus d’adhésion au mouvement ahmadi commence pour tous par le biais d’une chaîne de télévision que personne n’a nommée. Il s’agit en réalité de MTA International (Muslim Television Ahmadiyya International). Au bout de quelques mois à se forger une conviction, le néo-converti envoie un bulletin d’adhésion par Internet à un organisme basé à Londres intégrant ainsi officiellement le mouvement ahmadi.

Des arrestations d’ahmadis ont été opérées dans 31 wilayas d’Algérie

Ainsi, depuis juin 2016 et l’arrestation de Mohamed Fali, chef de file du mouvement ahmadi en Algérie, les médias font état régulièrement d’arrestations de citoyens affiliés à ce courant.

« Des arrestations ont été opérées dans 31 wilayas d’Algérie », a confié à Jeune Afrique un avocat qui a plaidé lors de plusieurs procès intentés aux ahmadis. « Les procès se suivent et se ressemblent avec toujours les mêmes accusations : offense à l’islam, collecte illégale de cotisations et constitution d’association sans agrément. Plusieurs d’entre eux ont été condamnés à de la prison ferme. »

2 000 ahmadis en Algérie

Les fidèles de ce courant messianique et réformiste fondé par Mirza Ghulam Ahmad à la fin du XIXe siècle au Penjab, sont considérés comme hérétiques par l’islam orthodoxe, car ils considèrent Mirza Ghulam Ahmed comme « le messie de la fin des temps » tel qu’annoncé par le Prophète Mohammed.

L’ahmadisme a été déclarée comme secte par  l’organisation de la coopération islamique (OCI), dont l’Algérie est membre. Ce courant religieux est rejeté par le ministre des Affaires religieuses, Mohamed Aïssa, qui l’accuse de « vouloir saper le socle unissant les Algériens ».

Réquisitoires des officiels, surveillances policières, arrestations, procès en cascade… Les autorités algériennes ne cachent pas leur volonté de combattre les adeptes de ce courant pacifiste dont le nombre est estimé à près de 2 000 adhérents à travers tout le territoire national.   

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