Diplomatie

La France ne délivre plus de visa aux Comoriens, vive réaction à Moroni

Un quartier de Moroni, aux Comores, le 2 juillet 2008. © Woodlouse/CC-BY-SA 2.0

Le gouvernement français a décidé de suspendre la délivrance de visas aux ressortissants comoriens. Une mesure de rétorsion face au refus de Moroni de laisser rentrer sur son territoire les Comoriens refoulés de Mayotte. « Nous avons refusé de nous agenouiller devant la France et nous continuerons » a réagi le ministre comorien des Affaires étrangères.

« Face au blocage que nous avons pu constater sur la réadmission et face à la poursuite des arrivées de migrants irréguliers à Mayotte, nous avons décidé de suspendre la délivrance des visas pour les Comoriens vers la France depuis le 4 mai dernier, jusqu’à nouvel ordre », a déclaré le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, devant l’Assemblée nationale.

Mesure de rétorsion de la France

« Nous avons aussi été amenés à condamner ici et publiquement les mesures qui ont été prises par les Comores le 21 mars dernier pour interdire les reconduites de Comoriens entrés illégalement à Mayotte. Ces pratiques sont inacceptables », a-t-il continué.

Cette suspension, qui concerne les visas à destination de la France métropolitaine ainsi que ses départements d’outre-mer, intervient après que Paris a publiquement condamné la décision prise le 21 mars dernier par Moroni d’interdire les reconduites des Comoriens entrés illégalement à Mayotte, île de l’océan indien et département d’outre-mer français.


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La mesure « n’empêche pas la discussion et le dialogue avec les autorités comoriennes » afin de « lutter conjointement et efficacement contre les filières d’immigration illégale et que nous puissions aboutir à des actions concrètes de développement aux Comores », a précisé le ministre français.

Vive réaction à Moroni

Un avis qui semble ne pas trouver d’écho du côté de Moroni. Souef Mohamed El-Amine, le ministre comorien des Affaires étrangères, a très vivement réagit, qualifiant ces mesures de « représailles », les jugeant « inamicales » et « déplacées ». Dans une interview au journal comorien Al-Watan, il a prévenu : « Il y aura des répercussions ».

La France n’a pas d’ami. La France n’a que des intérêts à défendre

Notant que « sur dix demandes de visas déposées à l’ambassade de France, c’est une seule demande qui reçoit une réponse favorable », le ministre n’a pas mâché ses mots. « La France n’a pas d’ami. La France n’a que des intérêts à défendre. Nous avons refusé de nous agenouiller devant la France et nous continuerons. (…) La France a la force, mais nous avons le droit. »

Le statut de Mayotte en toile de fond

Les autorités françaises ont multiplié dernièrement les expulsions vers leur île d’origine de Comoriens arrivés sans papiers sur Mayotte. Moroni a riposté en refusant de laisser rentrer sur son territoire ses citoyens refoulés, tout en promettant un renforcement des mesures de sécurité sur l’île d’Anjouan, principal point de départ des immigrants clandestins vers Mayotte, notamment pour « traquer » les passeurs.

Le secrétaire d’État français aux Affaires étrangères Jean-Baptiste Lemoyne s’était rendu mi-avril aux Comores pour tenter d’apaiser les tensions. Composées de quatre îles (Grande-Comore, Anjouan, Mohéli et Mayotte), les Comores se sont prononcées par référendum pour leur indépendance de Paris en 1975.

Mais les habitants de Mayotte ayant voté pour le maintien dans le giron de la France, Paris avait décidé que l’île deviendrait une collectivité territoriale, au grand dam de Moroni et malgré plusieurs résolutions des Nations unies.

A cet égard, Jean-Yves le Drian a réaffirmé que la rumeur sur un projet de communauté de l’archipel des Comores était « sans fondement ». « Nous ne transigerons pas sur le statut de Mayotte au sein de la République française », a-t-il insisté.

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