Vie des partis

Côte d’Ivoire : le PDCI sous pression après le congrès extraordinaire du RDR

Henri Konan Bédié, président du PDCI, à Paris, en juin 2017. © Vincent Fournier/JA

Moins d’un mois après la signature de l’accord politique pour la création du parti unifié RHDP, le PDCI d’Henri Konan Bédié n’a toujours pas adopté une position commune précise. Ce 5 mai, l’adoption des textes du RHDP à l’unanimité par les congressistes du RDR, le parti présidentiel, et les déclarations du président Alassane Ouattara, ont rajouté une pression supplémentaire sur Bédié et le PDCI.

Samedi 5 mai. Dans sa luxueuse résidence de Daoukro, au centre du pays, Henri Konan Bédié souffle sa 84e bougie. En présence de l’une de ses filles et de certains de ses petits-enfants, celui qui dirige le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) depuis le décès de Félix Houphouët-Boigny en 1993, ne semble pas ébranlé par les intrigues de la politique nationale. Erreur.

En marge de la brève cérémonie d’anniversaire, Bédié suit de près celle organisée à Koun-Fao (nord-est), destinée à lui rendre hommage, à laquelle aucun ministre, ni président d’institution issu de son parti, n’a assisté, pour des raisons diverses.

Les congressistes du RDR dubitatifs

À cette cérémonie, il s’est fait représenter par Maurice Kakou Guikahué, son fidèle numéro deux et acteur de la ligne dure du parti, favorable à une rupture avec le Rassemblement des républicains (RDR, parti présidentiel).

Mais Bédié a aussi pris soin de se faire représenter au congrès extraordinaire du RDR, qui avait lieu à la même heure et à la même date, mais plus au sud, à Abidjan, la capitale économique. Le choix porté sur Patrick Achi, secrétaire général de la présidence, qui cumule depuis peu cette fonction avec le poste de ministre chargé des Relations avec les institutions ; n’est pas fortuit. Ce dernier est partisan d’un maintien, voire d’un renforcement des relations entre son parti le PDCI et le RDR.

Le président Bédié a signé l’accord politique du RHDP […]. Le PDCI fera sa part de chemin », a annoncé Patrick Achi

« Le 12 avril 2018, le président Bédié a signé l’accord politique du RHDP, marquant ainsi solennellement la volonté du PDCI-RDA d’aller à la création du RHDP, parti politique creuset de tous les houphouëtistes. Le PDCI fera sa part de chemin », a annoncé Achi – dans un discours préalablement validé par Bédié -, à des milliers de congressistes du RDR, dubitatifs.

Au même moment à Koun-Fao, Kakou Guikahué, dans une allocution elle aussi validée par Bédié, rappelait, sans évoquer une seule fois le RHDP, encore moins le parti à unifier, que « le plus grand hommage que nous puissions rendre au président Henri Konan Bédié est d’exécuter avec rigueur et ce, dans l’union et la discipline, ses instructions dont la plus chère à son cœur, je répète la plus chère à son cœur, est la victoire, après tant de sacrifices consentis pour la Côte d’Ivoire, d’un cadre militant actif du PDCI-RDA, à l’élection présidentielle de 2020 ».

Une position qui tranche non seulement avec le discours prononcé par Achi, mais aussi avec la position de Alassane Ouattara. En effet, ce dernier a laissé entendre que le choix du candidat de la coalition se ferait lors d’élections ouvertes à une convention du RHDP, précisant que « le meilleur d’entre nous sera désigné, par vous, comme candidat unique du RHDP en 2020 ».

Un congrès extraordinaire du PDCI pour trancher ?

La question de « l’alternance en faveur d’un cadre issu du PDCI », conformément à l’appel de Daoukro lancé par Bédié en 2014, est la principale cause des tensions entre Bédié et Ouattara. Mais depuis ce 5 mai, la pression a changé de parti. Alors que les autres partis membres de l’alliance ont organisé des congrès extraordinaires, pour adhérer ou non à la future fédération de partis, le PDCI semble prendre son temps.

Mi-avril, Bédié avait précisé que « le PDCI est un parti politique autonome, souverain, il décidera le moment venu d’examiner ce document en bureau politique et peut-être plus tard en convention ou en congrès ». L’usage du « peut-être » n’a pas échappé aux observateurs…

Le PDCI devrait pouvoir donner la parole à ses militants, afin qu’ils se prononcent, une fois pour toute », estime N’Gbala Dominique Kouamé

Mais Ouattara, lui, veut aller vite. Selon des indiscrétions, il souhaite que le congrès constitutif du RHDP se tienne avant les vacances gouvernementales d’août 2018. Auparavant, il compte former un gouvernement, uniquement avec les partis politiques qui auront adopté officiellement le projet du RHDP.

En clair, tous les regards sont désormais tournés vers Bédié et le PDCI. « Le sphinx de Daoukro » pourra-t-il continuer à éviter le conflit entre pro et anti-RHDP au sein de son parti ? La réponse est simple, à en croire N’Gbala Dominique Kouamé, président d’un mouvement de soutien au PDCI. « Nous sommes en démocratie et autant les autres partis se sont prononcés en faveur ou contre le projet de parti unifié lors de congrès extraordinaires, autant le PDCI devrait pouvoir donner la parole à ses militants, afin qu’ils se prononcent, une fois pour toute. Il suffit donc d’organiser un congrès extraordinaire pour que la question soit tranchée, pas besoin de faire des vagues pour cela », explique-t-il.

Pour le député Olivier Akoto (PDCI), un congrès extraordinaire n’est pas urgent. « Il faut faire confiance aux présidents Ouattara et Bédié, indique-t-il. Depuis son élection en 2010 et sa réélection en 2015, sous la bannière du RHDP, le président Ouattara a toujours consulté son aîné, avant toute décision politique majeure. Il n’y a aucune raison pour que les choses se passent autrement aujourd’hui ».

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