Politique

L’œil de Glez : au Nigeria, lutte contre la corruption ou chasse aux sorcières ?

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Glez

La famille de l'ancien président nigérian Goodluck Jonathan est-elle injustement harcelée par le pouvoir actuel ? Après d'autres proches, l'ancienne « first lady » Patience Jonathan est dans le collimateur de la justice.

Comme si elle jouait au jeu des sept familles, voilà que la justice nigériane demande « l’épouse » dans la famille « Jonathan ». Après avoir cerné l’ancien président Goodluck – comme simple témoin – et son cousin Robert Azibaola – inculpé de corruption et blanchiment –, elle tente d’épingler l’ancienne première dame Patience Jonathan. C’est ce lundi 30 avril que le juge Nnamdi Dimgba de la Haute cour fédérale d’Abuja ordonnait la saisie, pour une durée de 45 jours, de deux propriétés enregistrées sous le nom d’une ONG financée par Patience Jonathan. Si la Commission des crimes économiques et financiers (EFCC) n’arrivait pas, dans ce délai, à clore son enquête sur une affaire de corruption présumée, la mesure de confiscation pourrait être étendue.

Corruption endémique

« Ce n’est pas un jeu », semble rétorquer le Parti pour la démocratie et le progrès (PDP) de Goodluck Jonathan. Depuis des mois, les cadres de la formation politique dénoncent une vaste campagne qui, aussi conforme au programme anti-corruption soit-elle, viserait presque exclusivement les proches de l’ancien chef d’État. En 2017, la justice cernait Goodluck Jonathan par le biais d’Olisa Metuh. Ce cadre du parti était accusé d’avoir perçu, d’un ancien conseiller à la sécurité nationale, la somme de 400 millions de nairas (environ 945 000 euros), peut-être destinée à être réinjectée dans une campagne électorale de l’ancien président.

Goodluck Jonathan, Waripamo-Owei Dudafa, Diezani Alison-Madueke…

Waripamo-Owei Dudafa, ancien conseiller spécial pour les affaires intérieures, était poursuivi, lui, pour « dissimulation et recel de recettes criminelles » d’une valeur supérieure à 1,6 milliard de nairas (6,8 millions d’euros). Quant à l’ancienne ministre du Pétrole Diezani Alison-Madueke, elle aussi considérée comme proche de l’ancien président, elle est poursuivie pour des affaires de corruption au Nigeria, mais également aux États-Unis et en Angleterre.

Engagement ou acharnement ?

Dès son ascension au pouvoir, en 2015, l’actuel président Muhammadu Buhari, candidat à sa succession, inscrivait parmi ses priorités une lutte sans relâche contre une corruption endémique qu’il qualifiait de « cancer » responsable de la disparition de « sommes hallucinantes » dérobées dans les fonds publics.

La procédure contre Patience Jonathan n’est-elle que la suite impartiale de cet engagement ou le signe d’un acharnement contre l’ancien régime ? Si les voies de la politique sont parfois impénétrables, les suites judiciaires pourraient apporter quelques éclaircissements.

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