Sécurité

Crise à Madagascar : l’armée se pose en garante des institutions

Andry Rajoelina, ancien président malgache, dans la foule à Antananarivo, le 23 avril 2018. © REUTERS/Clarel Faniry Rasoanaivo

Aux lendemains de la répression sanglante de la manifestation de samedi 21 avril, et à la veille des funérailles des victimes tombées sous les balles des forces de l'ordre, l'armée malgache enjoint les responsables politique à « trouver une solution politique » à la crise.

La hiérarchie militaire de Madagascar est bien d’accord avec Hery Rajaonarimampianina. « Les forces de l’ordre accompliront leur devoir de protéger la population et ses biens », a confirmé le général et ministre de la Défense, Béni Xavier Rasolofonirina, lors d’une conférence de presse donnée à Antananarivo lundi 23 avril, entouré des commandants en chef de l’armée, de la police et de la gendarmerie.

Samedi : tirs à balles réelles sur la foule

Il se faisait ainsi l’écho des préoccupations énoncées la veille par le chef de l’État, tout juste rentré dans son palais d’Iavoloha après une escapade de trois jours à Paris. Dans son discours, dimanche soir, le président Rajaonarimampianina est évidemment revenu sur la manifestation du samedi 21 avril qui s’est soldée par la mort de six personnes sous les tirs à balles réelles des forces de l’ordre.

Il a vigoureusement dénoncé ce qu’il apparente « à une tentative de coup d’état ». Il a affirmé une nouvelle fois que « l’Etat prendra ses responsabilités » et que « les forces de l’ordre se dresseront toujours pour défendre la légalité et les institutions démocratiques », n’hésitant à mettre en garde ceux qui veulent « créer des troubles, diviser la nation et faire couler le sang ».

Comme s’ils étaient embarrassés par celui qu’ils ont versés quelques jours plus tôt, Béni Xavier Rasolofonirina et ses collègues se sont bien dits prêts à endosser l’uniforme de garant de la constitution, mais plus à n’importe quel prix.

La passivité des forces de l’ordre, lundi, ressemble à un avertissement pour la présidence

Après avoir officiellement présenté leurs condoléances aux familles des victimes, ils ont annoncé « refuser de voir Madagascar devenir à nouveau un champ de bataille » et appelé les politiciens à « trouver une solution politique », qui mènera « impérativement vers des élections, selon les délais et les conditions prescrits par la loi fondamentale ».

Lundi : retrait des troupes

La passivité des forces de l’ordre disposées lundi 23 avril autour de la place du 13 mai, devant l’Hôtel de ville, ressemble même à un avertissement pour la présidence. Mises en place pour interdire l’hommage rendu l’après-midi aux victimes, elles se sont finalement retirées, libérant la voie à des centaines de personnes venus écouter les principaux responsables de la société civile et de l’opposition.

Parmi les orateurs, Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina, dont c’était, pour ce dernier, la première prise de parole publique depuis son retrait du processus électoral de 2013.

Ces scènes de répression sont les pires que le pays ait connu depuis des années

Même si les deux opposants en chef affirment d’une même voix qu’aucune alliance n’est en vue dans la perspective de l’élection présidentielle de la fin de l’année, le fait de les voir se retrouver sur de nombreux points ne présage rien de bon pour Hery Rajaonarimampianina.

Les plaintes déposées par les familles des victimes non plus. L’enquête pourrait bien gêner le président dans les prochains mois, si sa responsabilité est établie. « Marc Ravalomanana a été condamné pour des faits pas si éloignés », estime un membre de l’opposition.

Mercredi : un test pour le président malgache

Si sa culpabilité était établie, le président pourrait alors être, à son tour, victime des nouvelles lois électorales qu’ils tentent de faire passer au forceps ces dernières semaines et dont le rejet a été la principale revendication des manifestations du 21 avril. En effet, les textes interdisent désormais à tout justiciable de participer à la moindre élection.

Mais le président Hery pourra-t-il tenir jusque là ? « Ces scènes de répression sont les pires que le pays ait connu depuis des années, alors que la manifestation était restée pacifiques. Sa position risque d’être intenable », estime un observateur international sur place.

Surtout que, pour la première fois, les représentants de la société civile et de l’opposition ont clairement appelé à la démission du chef de l’État, qui semble même diviser jusque dans son propre clan.

Les funérailles des six victimes, le 25 avril, vont être l’occasion de nouveaux rassemblements dans la capitale et constituer un véritable test quant à la survie politique du président malgache.

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