Politique

Le Sénégal adopte la loi sur les parrainages électoraux malgré la mobilisation de l’opposition

Manifestation anti-gouvernementale à Dakar, le 19 avril 2018. © SEYLLOU / AFP

Les députés sénégalais ont adopté jeudi une nouvelle loi électorale très controversée. Des dizaines d'opposants ont été arrêtés lors de manifestations réprimées au moyen de gaz lacrymogènes, à moins d'un an de la présidentielle.

Le projet de loi qui impose à tous les futurs candidats à des scrutins sénégalais le parrainage d’un pourcentage du corps électoral (0,5% pour les législatives et 0,8% pour la présidentielle), a été adopté par 120 députés sur 165, a déclaré Moustapha Niasse, le président de l’Assemblée nationale, jeudi 19 avril.

La journée a été marquée par de nombreux incidents, alors que le président Macky Sall, élu en 2012 et probable candidat à sa succession en février 2019, effectue une visite en France, où il devait être reçu vendredi par son homologue, Emmanuel Macron.

L’opposition a boycotté la fin des travaux pour protester contre la décision d’écourter la séance après quelque six heures de débats émaillés d’incidents, notamment quand une rixe entre députés a éclaté, et quand un élu a déchiré le texte de loi.

Aissata Tall Sall députée du mouvement Oser l’Avenir et farouche opposante à la loi sur les parrainages, s’est quant à elle fait remarquer en demandant avec éloquence l’ajournement de la séance. Sans succès.

Un parrainage représentant au moins 52 000 signatures

Le projet de loi initial imposait aux candidats à la présidentielle de recueillir le parrainage d’1% du corps électoral, soit environ 65 000 personnes, réparties dans au moins sept des régions du pays, à raison de 2 000 par région au minimum.

Après un amendement de la majorité, le seuil de 0,8%, soit environ 52 000 signatures, avec un plafond d’1%, a été retenu.

« Aucune démocratie n’organise une élection présidentielle sans filtrage. Quand on gouverne, on cherche à éviter ce qui bloque le système », a déclaré le ministre de la Justice, Ismaïla Madior Fall. Le texte visant selon lui à « assainir la démocratie » au Sénégal.

L’Assemblée nationale avait été placée sous haute protection, alors que des mouvements de protestation ont secoué la capitale. L’ex-Premier ministre Idrissa Seck (2002-2004), chef du parti Rewmi, qui envisage de se présenter en 2019, a été interpellé dans la matinée dans le quartier de la Médina alors qu’il était « en route pour l’Assemblée », selon son parti. Lui aussi s’y rendait afin de protester contre le projet de loi présenté par le gouvernement.

Plus de 50 personnes ont été arrêtées, affirme le PDS de Abdoulaye Wade

À Dakar, « plus de 50 personnes ont été arrêtées », a affirmé à l’Agence France Presse Mayoro Faye, le chargé de communication du Parti démocratique sénégalais (PDS), le principal parti de l’opposition, dirigé par l’ex-président Abdoulaye Wade (2000-2012). Un chiffre que le porte-parole de la police, injoignable, n’a pu confirmé. Mayoro Faye a également fait état de 12 arrestations à Saint-Louis (nord), huit à Mbacké (centre) et d’au moins quatre à Thiès (ouest).

Une autre figure de l’opposition, Malick Gakou, a également été interpellée avec trois de ses militants, le rappeur Kilifa, membre du mouvement « Y’en a marre » et le militant Guy Marius Sagna.

Dans le quartier des ministères, les policiers ont fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants qui avaient érigé une barricade de branchages et lancé des pierres sur les véhicules de la police, selon des journalistes de l’AFP. De nombreux commerces et des écoles étaient fermés.

L’opposition et des associations de la société civile avaient appelé à protester jeudi, malgré l’interdiction des manifestations dans le quartier du Plateau, qui abrite les principales institutions du pays. Amnesty International avait demandé au pouvoir de « respecter le droit de manifester pacifiquement et de s’exprimer, dans un contexte de répression de la dissidence » dans un pays généralement cité en modèle de démocratie en Afrique.

Éliminer la concurrence ?

Avec ce nouveau texte, les autorités affirment vouloir prévenir, par souci d’économie et de meilleure organisation du scrutin, une inflation du nombre de candidats à la présidentielle dans un pays qui compte près de 300 partis, rappelant la présence de 47 listes aux législatives de juillet 2017.

« Le but unique de cette forfaiture est évident aux yeux de tous : empêcher les candidats de l’opposition », affirment les représentants de cette dernière, qui s’inquiète également d’une autre modification du Code électoral devant être débattue dans les prochaines semaines, et qui impose aux candidats de jouir de leurs droits civiques, exigence jusqu’à présent absente du texte et qui pourrait barrer la route à l’ex-ministre et fils d’Aboulaye Wade, Karim Wade.

Condamné en 2015 à six ans de prison pour « enrichissement illicite », Karim Wade a été gracié en juin 2016 par le président Sall et réside depuis à l’étranger.

Déjà 250 000 inscrits !
NEWSLETTER

Recevez chaque jour par email,
les actus Jeune Afrique à ne pas manquer !

Votre magazine JEUNE AFRIQUE

consultable sur smartphone, PC et tablette

Couverture

Profitez de tous nos contenus exclusifs en illimité !

Abonnez-vous à partir de 7,99€

Déjà abonné(e) ? Accédez au kiosque

Abonnez-vous à la version papier

Fermer

Je me connecte