Économie

Franc CFA : « Un consensus est en train d’émerger autour de l’ancrage à un panier de devises »

Un billet de 5000 francs CFA © Wikimedia Commons

À l’occasion de la réunion de la zone franc, qui s’est tenue les 12 et 13 avril à Brazzaville, le think tank L’Hétairie a publié une note consacrée à l’avenir de la zone Franc. L’historien Vincent Duchaussoy, l’un des co-auteurs, revient pour JA sur ses principales propositions.

Avec le juriste Tido Adokou et le doctorant en science politique Hamidou Anne, l’historien Vincent Duchaussoy a publié une note consacrée à l’avenir du Franc CFA pour le think-tank de gauche L’Hétairie, qui propose notamment une disjonction plus prononcée entre les zones BCEAO et BEAC, une transparence accrue des institutions monétaires et l’ancrage à un panier de devise qui permettrait une politique monétaire plus souple.

Jeune Afrique : Pourquoi le Franc CFA doit évoluer, selon vous ?

Vincent Duchaussoy : Pour deux raisons principales. Une première critique est portée depuis longtemps par des universitaires, des économistes, qui critiquent le fonctionnement de la zone CFA. Elle existe depuis longtemps mais elle est devenue plus visible, plus relayée dans les champs universitaires, ces dernières années, à travers des figures telles que Kako Nubukpo.

La société civile est également en train de se saisir cette question, comme en témoigne les questions posées à Emmanuel Macron lors de son intervention à l’université de Ouagadougou en novembre 2017. Parfois, ces interprétations sont erronées et donnent lieu à une lecture complotiste du sujet.

Quels sont les avantages et les inconvénients du système actuel ?

Le principal avantage du Franc CFA est qu’il procure une stabilité monétaire, avec une fixité de sa convertibilité par apport à l’euro, grâce au mécanisme de compte d’opération. La garantie du Trésor français est précieuse puisqu’elle a mis les pays de la zone CFA à l’abri de crises monétaires et d’épisodes d’inflation, alors qu’un pays comme le Nigeria a connu beaucoup de difficultés à gérer le naira.

La principale limite est que le fonctionnement du Franc CFA lie la politique monétaire des pays qui l’utilisent à celle de la BCE, qui n’est pas forcément appropriée pour ces économies. Elle limite les marges de manœuvres de ces économies en termes de politique monétaire.

Vous expliquez qu’un consensus a permis de faire évoluer la coopération monétaire tout en la préservant. Est-ce qu’un nouveau consensus autour d’un programme de réforme est en train d’émerger ?

On se rapproche d’une évolution autour de la question de l’ancrage du Franc CFA. Les discussions envisagent le passage de l’ancrage du Franc CFA à l’euro à un panier de devise. J’ai pu constater dans mes travaux sur les archives que ce système avait déjà été envisagé dans les années 1990, avant la dévaluation suite aux crises de la dette.

Les banques centrales de la zone CFA réfléchissent depuis longtemps sur ces questions et le renforcement des critiques incite les chefs d’États à évoluer sur le sujet, d’autant qu’elles s’appuient sur des propositions de réformes solides. Les politiques sont également sensibles à leurs opinions publiques, qui sont de plus en plus mobilisés sur cette question.

Parmi les réformes que vous proposez, lesquelles vous paraissent les plus importantes ?

Le changement du nom de la monnaie pourrait être une première étape symbolique. Passer d’un ancrage à l’euro à un panier de devise serait un changement majeur, puisqu’il conduirait certainement à remettre en cause la garantie illimité de la convertibilité du Franc CFA. Si une telle évolution a lieu, elle ne se fera pas du jour au lendemain, mais selon un calendrier qui reste à définir entre la France et ses partenaires africains, et pourrait s’étaler sur plusieurs décennies.

Comment voyez-vous le projet de monnaie unique de la Cedeao ?

L’échéance de 2020 pour la mise en œuvre d’une monnaie unique à l’échelle de la Cedeao me paraît illusoire. En revanche, ce qui est imaginable à moyen terme, c’est la création d’une monnaie commune, sur le modèle de l’ECU, qui existait en Europe avant la création de l’euro dans les années 1980 et 1990. Cette unité de compte serait utilisée principalement pour les paiements interbancaires en Afrique de l’Ouest et pourrait permettre de faire converger les politiques monétaires à l’échelle de la région.

Il paraît prématuré de mettre en place une monnaie unique à l’échelle de la Cedeao, avec une économie telle que le Nigeria et peut-être l’adhésion prochaine du Maroc, qui ne semblent pas prêt à abandonner leurs monnaies nationales. On n’imagine pas le Maroc se passer du dirham pour une monnaie de la Cedeao.

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