Économie

Le barreau de Côte d’Ivoire fustige l’arrivée d’Orrick

Mis à jour le 31 octobre 2014 à 10:32

Dans une déclaration écrite, le bâtonnier du barreau de Côte d’Ivoire critique le recours par Orrick au statut de conseiller juridique. Le secrétaire de l’Ordre des avocats demande au cabinet international de « plier bagage ».

L’installation en Côte d’Ivoire du cabinet d’avocats international Orrick ne sera pas passée inaperçue.

Officialisée le 20 octobre, la création d’Orrick RCI a provoqué trois jours plus tard une réunion du Conseil de l’Ordre des avocats. Le 29 octobre, dans une déclaration écrite, le bâtonnier Mamadou Kone sonnait la charge contre la première implantation d’un cabinet mondial en Afrique subsaharienne francophone.

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En cause, le statut présumé d’avocats de Sydney Domoraud-Operi et Karamoko Fadiga, les deux dirigeants d’Orrick RCI. L’ordre des avocats a tenu à préciser que ni l’un, ni l’autre « n’ont appartenu au barreau de Côte d’Ivoire », ajoutant qu’ils ne peuvent se prévaloir du statut d’avocats.

Un malentendu suscité par Orrick lui-même, qui dans un premier communiqué du 20 octobre présentait les deux Ivoiriens comme « inscrits au barreau d’Abidjan ».

Une erreur corrigée trois jours plus tard dans un nouveau communiqué, présentant cette fois les patrons d’Orrick RCI comme des « des conseils juridiques agréés auprès de la Chambre nationale des conseils juridiques de Côte d’Ivoire » et non plus « inscrits au barreau d’Abidjan ».

Dans l’interview accordée mi-octobre à Jeune Afrique par Pascal Agboyibor, patron Afrique du groupe Orrick, et Mitch Zuklie, PDG américain du cabinet internationale, les deux dirigeants avaient pourtant été très clairs, précisant qu’Orrick RCI évoluerait avec le statut de « conseil juridique » et non de cabinet d’avocats ». Ni Sydney Domoraud-Operi et Karamoko Fadiga ne pourront donc plaider devant les tribunaux.

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Exercice de facto

Dans sa déclaration écrite (voir le fac-similé, ci contre), le Conseil de l’Ordre attaque également le choix de ce statut de conseil juridique, « protestant face à la pratique, nouvelle semble-t-il, qui consisterait pour des cabinets internationaux à solliciter l’agrément de conseil juridique afin de pouvoir exercer de facto à la délivrance dudit agrément des activités juridiques au nom et pour le compte desdits cabinets d’avocats basés à l’étranger ».

Joint au téléphone, Dominique Beugré, secrétait du Conseil de l’Ordre, explique : « Il y a deux activités dans le métier d’avocat : celui de conseil et celui de contentieux devant les tribunaux. Orrick RCI prétend vouloir ne faire que du conseil mais Orrick est un cabinet d’avocats. C’est une ruse pour s’installer et grignoter une partie du territoire professionnel des avocats ».

Des métiers proches

En Côte d’Ivoire, les statuts de conseils juridiques et d’avocats sont toujours distincts. Le premier (qui ne permet pas de plaider devant les tribunaux) est délivré par la Chambre nationale des conseils juridiques tandis que le second l’est pas l’Ordre des avocats. Deux institutions qui se tournent le dos alors que les métiers sont proches.

« Nous avons saisi le ministre de la Justice et commis un huissier pour constater les activités d’Orrick en Côte d’Ivoire », insiste Dominique Beugré qui ajoute, tranchant : « Nous souhaitons qu’Orrick plie bagage ».

Joint au téléphone et par mail, Orrick n’a pas souhaité réagir.

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