Environnement

L’œil de Glez : deux Afriques pour le prix d’une

Par

Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

© Glez

Un gouffre récemment apparu au sud-ouest du Kenya laisse penser qu’il pourrait y avoir à terme deux continents africains. Mais une autre fracture, contemporaine et profonde celle-là, se situe ailleurs…

« Il pourrait y avoir bientôt 7 continents » : l’information n’étonne pas que ceux qui oublient de comptabiliser l’Antarctique. À moins de distinguer l’Amérique du Nord et celle du Sud – ce qui ne déplairait sans doute pas à l’actuel locataire de la Maison-Blanche –, la nouvelle suppose qu’une des étendues majeures de terre émergée se scinde en deux.

C’est ce que laisse supposer un gouffre qui balafre actuellement le sud-ouest du Kenya. C’est le matin du 19 mars qu’est apparue cette faille de 15 mètres de profondeur et de 3 kilomètres de long, en travers de la route Mahiu-Narok.

Corne coupée ?

Des scientifiques, et notamment des géologues, sont tentés d’y lire les évolutions constantes de la lithosphère terrestre qui est à la planète Terre ce que la croûte est à la miche de pain. Doit-on pour autant y voir la rupture progressive d’un continent africain qui pourrait se diviser en deux ?

REUTERS/Thomas Mukoya

On peut en douter. D’abord, parce que ce gouffre est apparu après des précipitations abondantes sur des terres réputées cendreuses. Ensuite, ce n’est pas la première fois que la zone de Mahiu-Narok présente des signes de fragilité.

Il n’en demeure pas moins que les frottements des plaques tectoniques peuvent conduire à des modifications durables de la configuration géologique, comme la formation d’îlots terrestres ou de bassins océaniques. La faille sismique découverte au Kenya pourrait donc effectivement « couper en deux » la corne africaine, séparant la plaque nubienne et la plaque somalienne, avec une océanisation de la seconde.

Exactement comme l’Afrique et l’Amérique, deux continents qui furent soudés avant de voir naître entre eux l’océan Atlantique. Mais c’était il y a 138 millions d’années. Cette nouvelle rupture, si elle a lieu, ne devrait donc pas se concrétiser avant quelques dizaines de millions d’années…

Deux Afriques, deux mondes…

Mais en réalité, n’existe-t-il pas déjà deux continents sur un seul ? Si les Afriques dite « blanche » et « noire » n’ont guère le sentiment d’un destin commun, c’est la faille économique qui sépare le plus les populations africaines.

En 2014 déjà, un ancien secrétaire général des Nations unies, l’Africain Kofi Annan, tirait la sonnette d’alarme. Observant « avec fascination la récente et impressionnante croissance économique de l’Afrique », il constatait dans le même temps « les augmentations inquiétantes des inégalités et de la pauvreté ».

Sur ces territoires d’une grande richesse, il existe de plus en plus deux Afriques : l’Afrique « d’en haut » – pour paraphraser un ancien Premier ministre français – qui voit émerger une classe moyenne mondialisée, et celle « d’en bas » percluse d’une pauvreté persistante. Les réseaux sociaux ont le mérite de confronter ces deux Afriques, projetant de façon impudique les appels au secours de citoyens fragiles en direction des vedettes du moment.

Faut-il se réjouir de constater que le phénomène n’est pas qu’africain ? Dans le rapport sur les risques globaux de 2017, le Forum économique mondial s’inquiétait de l’accroissement des inégalités économiques qui pèsent sur la planète. S’il devait y avoir bientôt deux Afriques, il y aurait bien deux Amériques et même deux Europes.

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