Diplomatie

Antonio Guterres : « Le conflit sur le Sahara occidental n’a que trop duré, il faut y mettre un terme »

Antonio Guterres, le secrétaire général des Nations unies, le 29 janvier 2017 au siège de l'Union africaine. © Zakarias Abubeker pour J.A

Dans son dernier rapport qui sera soumis au Conseil de sécurité ce mois d'avril, le secrétaire général de l'ONU a joué à l'équilibriste. Sans parti pris, il s'est cependant exprimé sur les questions du moment.

C’est en pleine guerre verbale entre le Maroc et l’Algérie que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’apprête à remettre son rapport au Conseil de sécurité. Rendu public le mercredi 4 avril, ce rapport recommande la relance de la négociation « avec une nouvelle dynamique et dans un nouvel esprit ». Objectif : « parvenir à une solution juste, durable et mutuellement acceptable du conflit, qui permette d’assurer l’autodétermination du peuple du Sahara occidental ». Soit la même formulation utilisée par les anciens SG de l’ONU. Mais depuis sa nomination en janvier 2017, Antonio Guterres a dit vouloir insuffler une nouvelle dynamique pour résoudre ce conflit qui dure depuis 42 ans. « Le conflit sur le Sahara occidental n’a que trop duré, il faut y mettre un terme », a-t-il plaidé dans son nouveau rapport. Tour d’horizon des principaux points contenus dans ce document.

Guergarat encore et toujours ! 

Depuis juin 2016, cette zone sur la frontière entre le Maroc et la Mauritanie inquiète l’ONU. Les armées marocaines et sahraouies étaient à deux doigts de s’affronter suite à la décision du Maroc de bitumer la route traversant cette zone administrée par l’ONU afin de sécuriser les convois commerciaux. Dénonçant une incursion marocaine dans un territoire onusien, le Polisario y a aussitôt dépêché ses soldats. Sur injonction de l’ONU, le Maroc a retiré ses troupes, pas le Polisario qui y est resté jusqu’en avril 2017. Fin décembre, il est encore une fois revenu sur les lieux et a tenté de bloquer un rallye de voitures. Le Polisario demande en effet à l’ONU de trouver une solution à cette route commerciale qui ne profite, selon lui, qu’aux Marocains. L’ONU avait alors proposé l’envoi d’une mission technique sur le terrain. Le Polisario a accepté le principe de cette commission alors que le Maroc y a exprimé ses réserves. Bref : c’est l’impasse.

« Je suis préoccupé par la possibilité de recrudescence des tensions à la suite du retour du Polisario à Guergarat et les effets qu’auraient sur le cessez-le-feu de tels actes commis par l’une ou l’autre partie », souligne Guterres dans son rapport. Il appelle le Maroc à « reconsidérer sa position sur l’envoi de cette mission technique afin que les deux parties puissent entamer des pourparlers menés de bonne foi sur la question ».

Une surveillance indépendante des droits de l’Homme

Dans chaque rapport soumis au Conseil de sécurité, les Marocains scrutent toute mention aux droits de l’homme dans le Sahara occidental. Leur hantise est de voir le mandat de la Minurso – fixé officiellement au respect du cessez-le-feu et à l’organisation d’un référendum d’autodétermination au Sahara – élargi à la surveillance des droits de l’homme. En 2013, une proposition dans ce sens, initiée par la diplomatie américaine, avait hautement fâché Rabat qui s’était empressée de la bloquer. Le Maroc considère en effet qu’il a ses propres mécanismes de surveillance des droits de l’homme – dont un organisme royal, le Conseil national des droits de l’homme (CNDH), qui effectue régulièrement des missions de surveillance dans le Sahara – et qu’il n’y a nul besoin d’impliquer la Minurso ou de créer une instance internationale qui viendrait inspecter les territoires sahariens sous sa souveraineté.

Cette année, le secrétaire général de l’ONU estime, dans son rapport, « qu’une surveillance indépendante, impartiale, globale et soutenue de la situation des droits de l’homme est nécessaire pour veiller à assurer la protection de tous les habitants du Sahara occidental ». Mais sans spécifier ce qu’il entend par le terme « surveillance indépendante », ni si cette dernière doit être marocaine ou étrangère et comment elle doit fonctionner. Ce qui laisse à penser qu’il s’agit d’un principe général, déjà utilisé par ses prédécesseurs, et sans implications immédiates.

Un malaise qui s’éternise dans les camps

Dans son rapport, Antonio Guterres demeure préoccupé par « l’exaspération croissante des réfugiés – que les Marocains appellent « des séquestrés » – qui se trouvent depuis plus de 42 ans dans les camps de Tindouf, avec peu d’espoir de s’en sortir ».

Cependant, il n’a fait aucune mention au recensement des populations de ces camps, fortement demandé par les Marocains. Ces derniers ont toujours estimé que le nombre de cette population est largement inférieur au tapage médiatique qu’elle suscite à l’international et surtout aux quantités impressionnantes d’aides humanitaires qu’elle reçoit.

Faut-il associer l’Algérie aux négociations ? 

Le SG de l’ONU n’a pas apporté de réponse tranchée sur cette question, devenu la priorité absolue de Rabat. Au point de déclencher une guerre verbale entre le Maroc et l’Algérie. « Je voudrais, comme le Conseil de sécurité, exhorter à nouveau les États voisins, l’Algérie et la Mauritanie, à apporter leur concours au processus politique et à s’engager plus avant dans les négociations », écrit Antonio Guterres dans son rapport.

Autant dire qu’il s’agit d’une sollicitation assujettie au bon vouloir de ces deux pays et non d’une obligation. Mais il faudra attendre la formule exacte qui sera retenue dans la résolution finale du Conseil de sécurité le 25 avril.

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