Politique économique

Zone de libre-échange continentale : pourquoi se hâter ?

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Foly Ananou est statisticien-économiste. Il est l’actuel directeur des publications du think tank L’Afrique Des Idées.

Le président de l'Union africaine, Paul Kagamé, en concertation avec le président tchadien Idriss Déby, avant la signature de l'accord de libre-échange, le 21 mars à Kigali. © AP/SIPA

La ZLEC, portée sur les fonds baptismaux lors du sommet de l'Union africaine à Kigali, le 21 mars, a pour objectif d'accélérer l'intégration sociale et économique du continent. Mais les freins sont nombreux et il est impératif, au préalable, de prendre des mesures favorisant l’émergence d’industries locales performantes et compétitives.

Tribune. Le 21 mars dernier, lors du sommet extraordinaire de l’Union africaine, une quarantaine de dirigeants africains ont paraphé l’accord sur la zone de libre échange continental, marquant ainsi leurs volontés de lever les barrières aux échanges entre les pays et d’assurer une intégration sociale et économique effective des pays du continent.

Une dizaine de pays, dont le Nigeria et l’Afrique du Sud, les deux premières puissances économiques du continent, ont toutefois refusé de participer à cet accord « historique », sur base de réserves quant à la pertinence de l’agenda proposé pour la mise en œuvre effective de l’accord mais aussi quant aux effets attendus de ce dernier. Seulement, est-ce la bonne réponse à l’aspiration des jeunes africains et aux défis du continent ?

L’Afrique reste le continent avec le plus grand nombre de pauvres. En 2015, la Banque mondiale estimait à plus de 400 millions le nombre d’Africains vivant avec moins de 3 dollars (2,7 euros) par jour.  La moitié des jeunes du continent sont sans emploi et ce nombre devrait croître d’ici 2020. Les défis sont donc importants.

Avantages limités

Lever les barrières aux échanges entre les pays constitue une solution envisageable. Dans le contexte africain, il est espéré que l’entrée en vigueur de l’accord sur le ZLEC crée un marché de 1,2 milliard de consommateurs, qui va stimuler l’industrialisation du continent, à travers la concurrence que pourraient se livrer les entreprises locales et une plus grande mobilisation des investisseurs étrangers motivés par l’accès à ce marché unique.

La mise en œuvre de cet accord doit donc être perçue comme une contrainte, obligeant les économies africaines à modifier la structure de leurs économies : passer des exportations de matières premières vers l’occident à l’exportation de produits manufacturiers vers les autres pays du continent.

Toutefois, la levée des barrières tarifaires n’est pas suffisante pour atteindre ces objectifs. L’exemple de l’UEMOA et de la Cedeao témoigne des avantages limités d’une telle mesure. Dans ces deux zones, qui sont des marchés communs, les échanges entre pays n’ont pas été fortement améliorés avec l’ouverture des frontières.

Entre 1985 et fin 2016, les échanges commerciaux régionaux sont passés respectivement de 9 % à 15 % dans la zone UEMOA et de 6 % à 10 % pour les membres de la Cedeao, selon les données du Centre du commerce international. Le secteur industriel des principales économies de la zone, le Ghana et le Nigeria, n’a pas subi de transformation importante*.

Cette situation s’explique par plusieurs facteurs. En plus des contraintes locales (accès à l’énergie et au financement bancaire difficile, un environnement des affaires parfois exécrable, etc.) ; l’inadéquation des infrastructures et leur coût d’utilisation rendent particulièrement complexes les échanges entre les pays du continent. Ainsi, la mise en œuvre de l’accord ne profiterait, au mieux, qu’à certains pays du continent et à certains grands groupes industriels étrangers.

Barrières non tarifaires

Si la mise en place d’une ZLEC est une bonne nouvelle aussi bien sur le plan politique qu’économique, il est impératif qu’elle soit précédée de mesures favorisant l’émergence d’industries locales performantes et compétitives ; et visant à lever les barrières non tarifaires de sorte à préserver les ressources financières des États. C’est bien là, toute la difficulté. Elle inquiète d’autant plus que la volonté des dirigeants est la mise en œuvre effective de la ZLEC en janvier 2019 dès que la moitié des pays signataires auraient ratifié l’accord.

L’effectivité de la ZLEC prendra certainement un délai plus long, les pays africains n’étant pas très zélés dans la mise en application de telles décisions. Ce délai devrait donc être mis à profit pour accélérer le processus de transformation des économies africaines. Un champion industriel par pays, de meilleures infrastructures inter-pays et des pôles portuaires régionaux seraient déjà des acquis majeurs. Concomitamment, une réflexion sur une harmonisation des tarifs douaniers, la fiscalité et les normes devrait être menée. Une telle démarche serait nécessaire pour garantir l’atteinte des objectifs escomptés de cet accord.

(*) L’industrie représentait 27 % du PIB du Ghana en 2015, contre 18 % en 1985. Au Nigeria, elle compte pour 25 % de la production totale (contre 30 % en 1985).

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