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Cet article est issu du dossier «Sénégal : retour sur la chute de Khalifa Sall»

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Justice

Condamnation de Khalifa Sall au Sénégal : « Nous ne sommes plus dans un État de droit », estiment ses avocats

Khalifa Sall, en octobre 2014 à Dakar. © Sylvain Cherkaoui pour Jeune Afrique

Après la condamnation, ce vendredi, du maire de Dakar à cinq ans de prison, ses avocats et supporteurs dénoncent l’instrumentalisation de la justice sénégalaise à des fins politiques. Ce que récusent les avocats de l’État ainsi que le porte-parole du gouvernement, Seydou Guèye. Tour d’horizon des réactions à ce jugement hautement sensible.

La décision est tombée au matin du 30 mars : Khalifa Sall a été condamné à une peine de cinq ans de prison, assortie d’une amende de 5 millions francs CFA, dans l’affaire de la caisse d’avance de la mairie de la capitale sénégalaise. Une décision qui a soulevé de vives réactions dans les deux camps.

  • Avocats et soutiens du maire

À la sortie du palais de justice de Dakar, les conseils du maire n’ont pas eu de mots assez durs pour critiquer la décision du tribunal, présidé par le juge Malick Lamotte. Comme ils l’ont fait durant toute la procédure, ils ont dénoncé une justice aux ordres de l’exécutif dans la perspective de l’élection présidentielle de 2019, où Khalifa Sall est présenté comme un challenger potentiel – même s’il ne s’est jamais déclaré officiellement.

Me Ciré Clédor Ly, avocat de Khalifa Sall : « Nous ne sommes plus dans un État de droit, avec cette justice devenue le bras armé de l’exécutif. C’est pourquoi, même si nous gardions un brin d’espoir, nous ne sommes pas surpris par cette décision. Les heurts auxquels on a assisté dans le tribunal [après le prononcé du jugement] témoignent d’un ras-le-bol général au sein de l’opinion publique : la justice ne peut pas parler au nom du peuple sénégalais alors que les décisions rendues sont au service d’une certaine classe sociale. »

Malick Gakou, président du Grand parti : « Le verdict, que nous venons d’apprendre est la manifestation la plus hideuse d’un régime aux abois, qui ne ménage aucun effort pour instrumentaliser la justice à des fins politiques. Mais trop, c’est trop. Debout, avec le peuple sénégalais, nous n’allons ménager aucun effort pour le triomphe de la démocratie. »

Comme il l’avait fait pendant les législatives, il va battre campagne [pour la présidentielle] du fond de sa cellule », affirme Me Khoureyssi Ba

Me Khoureyssi Ba, avocat deKhalifa Sall : « Je suis triste pour le Sénégal et pour notre justice. Mais cette décision n’aura aucune conséquence sur les ambitions politiques du maire. Comme vous l’aurez remarqué, sa condamnation ne fait pas mention d’une quelconque inéligibilité. Ses droits civils et politiques ne sont pas compromis. Si rien ne change avant les élections présidentielles de 2019, Khalifa Sall restera totalement éligible. Et comme il l’avait fait pendant les législatives, il va battre campagne du fond de sa cellule. Sa victoire n’en sera que plus belle. »

  • La position de l’État et du gouvernement

À l’inverse, les avocats représentant l’État et le porte-parole du gouvernement sénégalais ont estimé que le droit avait été respecté dans cette affaire, en soulignant l’absence de toute cabale politique.

Un « déni de justice » évité, selon Me Baboucar Cissé

Me Baboucar Cissé, avocat de l’État : « Si le tribunal n’avait pas retenu le chef d’inculpation d’escroquerie aux deniers publics, cela aurait été un véritable déni de justice, voire une forfaiture. Il n’y a, dans cette affaire, aucune connotation politique. Et comme je l’ai toujours dit, les faits sont têtus. Et ceux reprochés à Khalifa Sall n’ont rien de politique. »

Seydou Guèye, porte-parole du gouvernement, sur la Radio Futurs Médias : « C’est une affaire qui concerne la ville de Dakar. Ce n’est pas une affaire contre Khalifa Sall, ou contre X, Y ou Z. À cette phase de la procédure judiciaire, le verdict a été prononcé conformément au code pénal et aux dispositions de la loi. »

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