Politique

Égypte : quel taux de participation pour la présidentielle ?

Une affiche de campagne du président égytien sortant, Abdel Fattah al-Sissi. © Nariman El-Mofty/AP/SIPA

Pour le président égyptien sortant, Abdel Fattah al-Sissi, assuré de l'emporter faute d'adversaire crédible, le taux de participation est le seul véritable enjeu de la présidentielle qui s'est achevée mercredi. Les premières estimations des résultats sont attendues ce jeudi.

Après une courte prolongation d’une heure, les bureaux de vote ont fermé mercredi à 22H00 locales (20H00 GMT) dans le pays. Aucun chiffre officiel sur la participation n’a été publié à la clôture du scrutin. Si les résultats officiels seront proclamés le 2 avril, des estimations partielles devraient être publiées jeudi par la presse locale.

Lors d’une conférence de presse, le porte-parole de l’Autorité nationale des élections, Mahmoud El-Chérif, a parlé d’une « une affluence massive devant les bureaux de vote », assurant qu’il n’y avait pas eu de violations de la loi électorale. Il a souligné la mobilisation au Caire, à Guizeh, à Alexandrie et dans le Sinaï, sans toutefois donner de chiffres précis.

De leur côté, les journalistes de l’Agence France Presse (AFP) ont remarqué une certaine affluence lundi à l’ouverture du scrutin et une baisse de la fréquentation des bureaux de vote mardi et mercredi. Le tout sous les encouragements pressants des autorités à aller voter.

Chansons patriotiques et repas gratuits

A la télévision publique et dans la rue, des chansons patriotiques ont été diffusées pour inciter les Égyptiens à faire leur devoir de citoyens.

Les trois jours de scrutin se sont déroulés sans incident notable, sous la protection ostensible des forces de sécurité après un attentat samedi à Alexandrie (nord) dans lequel deux policiers ont été tués.

Certains électeurs ont même eu droit à des repas et collations gratuits devant certains bureaux de vote, a constaté l’AFP sans pouvoir identifier précisément l’origine de ces généreuses donations.

Devant plusieurs bureaux de vote, des tentes dressées par des commerçants locaux ou des organisations caritatives accueillaient les passants au son de musiques populaires ou patriotiques.

Sanctions contre les abstentionnistes

Les abstentionnistes seront également sanctionnés, a annoncé mercredi l’Autorité nationale des élections. « Ce n’est pas quelque chose de nouveau », a insisté Mahmoud El-Chérif, évoquant une loi punissant d’une amende de 500 livres maximum (22 euros) « tout ceux qui, sans excuse, ne votent pas ».

La veille, le Premier ministre Chérif Ismaïl a exhorté les électeurs à voter. « C’est un droit constitutionnel et un devoir pour la nation de tous les citoyens ».

Les médias favorables au régime relatent, comme les autorités, la bonne organisation des élections, l’absence de problème sécuritaire ou encore la couverture sans difficultés majeures pour les médias étrangers.

Élu en 2014 avec 96,9% des voix, Abdel Fattah Al-Sissi, 63 ans, avait pour seul adversaire Moussa Mostafa Moussa, 65 ans, le chef du minuscule parti libéral Al Ghad, méconnu du grand public et partisan affiché du régime. Moussa Mostafa Moussa, qui nie être un candidat fantoche venu légitimer l’élection, n’adresse aucune critique à son adversaire et rappelle même ses nombreuses réalisations durant son premier mandat.

Candidats potentiels emprisonnés ou découragés…

Au cours de la campagne, l’aspect politique a été éludé par les deux candidats, qui n’ont pas débattu sur le fond autour de leurs projets respectifs.

D’autres candidats potentiels, parfois plus crédibles que Moussa Mostafa Moussa, avaient été soit emprisonnés pour violation de la loi, soit s’étaient dits découragés en raison de pressions des autorités.

Pourtant dans une télévisée la semaine dernière, Al-Sissi avait affirmé ne pas être responsable de l’absence de concurrents sérieux. « J’aurais aimé que soient présents un, deux, trois ou 10 des meilleurs » candidats.

Dans ce contexte, le pouvoir redoute surtout un taux d’abstention élevé, susceptible de décrédibiliser l’élection. A la présidentielle de 2014, le taux de participation avait atteint 37% après deux jours de scrutin, puis 47,5% après une prolongation d’une journée.

Seules quelques personnalités de l’opposition ont appelé avant les élections au boycott du scrutin qu’ils ont qualifié de « mascarade ».

Ils ont vite été rappelés à l’ordre par le président lui-même qui, sans les nommer, a prévenu, dans un discours fin janvier, qu’il ne tolérerait pas qu’on joue avec « la sécurité » de l’Égypte.

Al-Sissi très critiqué par les ONGs

Populaire en raison du retour d’une certaine stabilité en Egypte, après les années de troubles ayant suivi le soulèvement populaire de 2011, l’ex-maréchal est arrivé au pouvoir un an après avoir destitué l’islamiste Mohamed Morsi, premier président égyptien élu démocratiquement mais vite devenu impopulaire.

Al-Sissi est régulièrement critiqué par les dissidents, les organisations nationales et internationales de défense des droits de l’Homme qui dénoncent des graves violations des libertés individuelles et la répression implacable de toute opposition.

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