Économie

Moody’s : quels sont les obstacles au développement du commerce intra-africain ?

Paul Kagamé, le président rwandais et l'actuel président de l'Union africaine, lors de la signature de l'accord instituant la Zone de libre-échange continentale africaine le 21 mars à Kigali. © Stringer/AP/SIPA

Le déficit d'infrastructures, les barrières non-tarifaires et le manque de financement du commerce extérieur sont les principaux obstacles au renforcement des échanges intra-africains, selon une récente note de l'agence de notation Moody's. L'Afrique du Sud, le Kenya et l'Égypte devraient le plus bénéficier de l’intégration commerciale africaine.

La veille de la signature de l’accord sur la Zone de libre-échange continental, mercredi 21 mars à Kigali, l’agence de notation Moody’s a publié une étude faisant la liste des obstacles au développement du commerce intra-africain, soit entre les économies du continent. L’occasion de faire le point sur les facteurs qui pourraient limiter la mise en œuvre de ce traité de libre-échange.

Renforcement du commerce intra-africain

Bien que le commerce intra-africain reste faible, celui-ci a connu une augmentation ces dernières années, passant de 11 % à 15 % des échanges totaux entre 2008 et 2016. De fait, le commerce intra-régional dépasse désormais les échanges du continent avec la Chine et les États-Unis.

Moody’s

Si les exportations de l’Afrique vers le reste du monde restent peu diversifiées et constituées principalement de matières premières, « en revanche, ses exportations intra-régionales contiennent des produits à plus forte valeur ajoutée. Les biens manufacturés comptaient pour 43 % des exportations intra-africaines entre 2012 et 2016, contre seulement environ 20 % de ses exportations vers le reste du monde », indique Moody’s.

Pour l’agence de notation, développer le commerce intra-africain permet donc de renforcer les économies locales, en augmentant la demande et les investissements pour les secteurs exportateurs et en réduisant la dépendance aux matières premières. « Pour les pays où le commerce intra-régional a dépassé 5 % du PIB, la croissance économique moyenne depuis 2014 a été généralement en ligne avec les tendances historiques », souligne l’agence.

  • Le déficit d’infrastructures

La première limite au commerce intra-africain mise en évidence par Moody’s est le manque d’infrastructures. « Au cours de la dernière décennie, les gouvernements africains ont dépensé en moyenne 45 milliards de dollars d’investissements par an pour les infrastructures. Néanmoins, cela couvre environ seulement la moitié des besoins d’infrastructures du continent estimé à 90 milliards de dollars chaque année ». Moody’s montre un lien positif entre l’amélioration de la qualité des infrastructures et l’augmentation de la croissance des exportations.

  • Les barrières non-tarifaires

Le deuxième obstacle se trouve au niveau des barrières non-tarifaires. « La Banque mondiale estime que les coûts pour le commerce intra-africain sont les plus élevés parmi les régions en développement, et environ 50 % plus haut qu’en Asie de l’est », écrit l’agence. Un quart des entreprises sont dissuadées de se lancer dans des échanges internationaux avec l’Afrique subsaharienne en raison des réglementations douanières et commerciales, qui sont les plus contraignantes au monde, selon l’institution.

  • Le manque de financement du commerce extérieur

Troisième limite : le manque de financement du commerce extérieur. Seulement près d’un tiers du commerce africain est soutenu par les banques, d’après l’agence. Selon ses chiffres, la demande non-satisfaite de financement pour les échanges internationaux continue à dépasser les 90 milliards de dollars annuellement. Le taux moyen de rejet des lettres de crédit en Afrique était de 6,1 % en 2014, avec le pourcentage le plus élevé en Afrique de l’Ouest à 10 %.

L’Afrique du Sud, le Kenya et l’Égypte

Pour Moody’s, les pays qui devraient donc le plus bénéficier d’un renforcement de l’intégration commerciale africaine sont ceux qui disposent déjà d’une base industrielle importante et des infrastructures relativement développées, tels que l’Afrique du Sud, le Kenya et l’Égypte.

« Pour des raisons similaires, le Maroc, la Namibie, la Tunisie, la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Cameroun devraient également bénéficier d’une hausse du commerce intra-africain. »

L’agence met également en évidence la performance de l’économie éthiopienne, qui a connu un taux de croissance annuel moyen de l’activité industrielle d’environ 20 % au cours des cinq dernières années, et qui devrait elle aussi fortement bénéficier d’un renforcement de l’intégration régionale.

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