Sécurité

Tunisie : Ben Guerdane, symbole de la guerre contre le terrorisme

Une patrouille de l'armée tunisienne près de Ben Guerdane, en 2016 (image d'illustration). © AP/SIPA

Deux jihadistes présumés sont morts lundi alors qu'ils étaient poursuivis par les forces de l'ordre, à Ben Guerdane, ville frontalière avec la Libye, qui a été profondément marquée par un assaut jihadiste en 2016.

Un jihadiste présumé « s’est fait exploser » lundi et un deuxième a été abattu, alors qu’ils étaient poursuivis par les forces de l’ordre dans la région de Ben Guerdane dans le sud du pays, à la frontière avec la Libye. La Garde nationale avait reçu plus tôt « des informations sur les mouvements de deux hommes suspects », selon le ministère de l’Intérieur. 

« Il est probable qu’ils planifiaient de se rendre en Libye »,  a affirmé à l’Agence France Presse le porte-parole du ministère, Khalifa Chibani. « Il pourrait s’agir de deux jihadistes recherchés par les autorités en lien avec le groupe Jund al-Khilafa (« soldats du califat » en arabe), se revendiquant de l’organisation État islamique (EI) », a-t-il notamment ajouté.

La bataille de Ben Guerdane

Ce n’est pas la première fois, qu’un incident de ce type se produit à Ben Guerdane. La région a été le théâtre des pires actions terroristes qu’a connu le pays depuis la révolution de 2011. 

À seulement 32 kilomètres de la frontière libyenne, Ben Guerdane est la ville la plus excentrée du pays, et la plus exposée à l’instabilité qui règne depuis 2011 en Libye.

Le 7 mars 2016, les habitants de Ben Guerdane ont été réveillés au petit matin par des tirs d’armes automatiques et des explosions. Des dizaines de jihadistes prennent d’assaut la caserne militaire, les postes de police et de la Garde nationale. « Nous ne sommes pas contre vous, mais contre l’armée et la police », lancent-ils alors aux habitants. Le but de l’opération : rallier la ville à l’État islamique, y constituer un « émirat ». 

AP / SIPA

Les habitants de Ben Guerdane ont fait une chose inimaginable ailleurs

Mais la stratégie tourne court. Les jihadistes, qui ont compté à tort sur le soutien de la population, ont été pris de court lorsque ces derniers se sont dressés contre eux et ont même « joué les boucliers humains ».

Selon les propos d’un agent de la Garde nationale diffusés sur la Radio Mosaïque FM : « Les habitants de Ben Guerdane ont fait une chose inimaginable ailleurs, ils se tenaient devant nous, nous disaient qu’ils allaient passer devant nous pour nous couvrir, alors qu’ils étaient désarmés et que nous nous étions armés. »

Les jihadistes sont rapidement acculés à la caserne de Jallel, où ils perdent une quinzaine de combattants en quelques minutes. Dès la fin de matinée, l’offensive jihadiste est étouffée et une chasse à l’homme s’engage, alors que la ville est placée sous couvre-feu.

Au total, l’attaque de Ben Guerdane a fait 13 morts parmi les forces de sécurité et 7 parmi les civils. Côté assaillants, le bilan est lourd, avec au moins 46 tués et des dizaines d’interpellations.

Le 7 mars dernier, le chef du gouvernement, Youssef Chahed, a assuré qu’il voulait « consacrer ce jour comme journée nationale de la victoire contre le terrorisme », et faire de Ben Guerdane « la ville de la victoire contre le terrorisme ».

Mais cette attaque, du jamais vu en Tunisie, a constitué un véritable électrochoc. Les assaillants ne venaient en effet pas tous de Libye, comme il a d’abord été supposé. Une grande partie de ceux qui ont pris part à ces combats étaient sur place, terrés en ville au sein de cellules dormantes.

Meftah Manita, le chef présumé de ce commando, était un natif de Ben Guerdane. Et dans cette région devenue un lieu de transit des jeunes Tunisiens allant se « former au jihad » en Libye, on soupçonne même une partie de la population d’avoir coopéré avec les assaillants. 

Lieu de trafics 

La ville est aussi connue pour être la plaque tournante du marché noir et du change clandestin de devises. Sa proximité avec la Libye, en fait la capitale des trafics transfrontaliers. 

L’absence d’initiative des pouvoirs public, qui ont longtemps marginalisé le sud du pays, a également contribuer à alimenter le développement de l’économie parallèle. Dans un rapport de décembre 2013, la Banque mondiale évoquait ainsi le chiffre de 20% de la population active de la ville vivant du marché noir.

Le trafic principal est celui de l’essence. Les stations clandestines, nombreuses dans la région, proposent du carburant de contrebande en provenance de Libye, pays producteur où les prix sont plus bas qu’en Tunisie.

Avant la révolution, Ben Guerdane était également connue pour son « marché de Libye », où des marchandises ramenées illégalement du pays voisin était vendues à bas prix. On pouvait alors trouver des pneus, de la vaisselle ou encore des vêtements et autres équipements électroménagers.

Si, aujourd’hui, les ventes continuent, l’instabilité sécuritaire a fait fuir de nombreux clients, qui n’osent plus s’aventurer dans la ville et préfèrent se fournir dans d’autres régions du pays, où la marchandise de contrebande arrive directement via les ports.

La ville abritait également le plus grand bureau de change clandestin de la Tunisie. Un commerce illégal qui se joue à la vue de tous, directement sur les trottoirs. Des échoppes sont installées en plein centre ville et affichent les taux de change du jour. Mais là encore, si ce trafic se maintient, il a néanmoins perdu en importance, car si les Libyens sont encore nombreux à venir en Tunisie et à recourir à ces bureaux clandestins, les Tunisiens, eux, ne se rendent quasiment plus dans le pays voisin.

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