Justice

Congo-Brazzaville : la stratégie du silence du général Mokoko face à ses juges

Jean-Marie Michel Mokoko à Brazzaville le 3 mars 2016. © DR

Convoqué par les juges d'instruction pour un interrogatoire, ce lundi, puis à nouveau ce mardi, le général Jean-Marie Michel Mokoko, candidat malheureux à l'élection présidentielle du 20 mars 2016, actuellement détenu pour "atteinte à la sûreté intérieure de l'État", s'est retranché dans le mutisme.

Une lettre manuscrite du général Jean-Marie Michel Mokoko en date du 12 mars 2018, adressée au doyen des juges d’instruction du TGI de Brazzaville, circule sur les réseaux sociaux depuis le 19 mars. Dans ce courrier, authentifié par Me Norbert Tricaud, membre du collectif de défense du général Mokoko, le candidat malheureux au scrutin présidentiel du 20 mars 2016, incarcéré depuis 16 mois à la maison d’arrêt de Brazzaville pour « atteinte à la sûreté intérieure de l’État », explique qu’il « n’entend plus prendre part à la procédure dirigée contre [lui] ».


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Parmi les raisons avancées, le « mépris de l’immunité juridictionnelle » que lui conférerait sa distinction de Grand officier dans l’Ordre du mérite congolais.  Il dénonce également une instruction « faite exclusivement à charge » et une « parodie de justice ». « J’arrête toute participation à votre procédure qui ne m’offre aucune garantie de bonne administration judiciaire, équitable et surtout fiable », conclut-il dans sa missive au juge.

La vidéo qui accuse

Le général Mokoko est poursuivi après qu’une vidéo a refait surface pendant la campagne présidentielle de 2016. Sur les images, datant vraisemblablement de 2007, on le voit discuter dans le bureau d’un avocat parisien à la réputation sulfureuse de la préparation d’un coup d’État contre le président Denis Sassou Nguesso.

Pendant une quarantaine de minutes, face à des personnes se faisant passer pour des agents de la DGSE, on l’entend notamment détailler les mesures et effectifs de protection entourant le président congolais, évoquer la liste des officiers à neutraliser…

Dans une autre séquence, face caméra, on le voit répéter sa déclaration de prise du pouvoir. « Cette prise de pouvoir n’est pas le résultat d’une ambition personnelle. Elle est dictée par le sens du devoir qui nous a toujours animés », dit-il alors.

Stratégie du silence

Convoqué ce lundi 19 mars pour un interrogatoire, il ne s’est pas présenté devant le juge.  Il a par contre répondu à la nouvelle convocation formulée pour le 20 mars. Jean-Marie Michel Mokoko s’est rendu devant le magistrat instructeur, assisté de ses deux avocats congolais Mes Yvon-Eric Ibouanga et Ludovic Désiré Essou, mais a refusé de répondre aux questions. Une posture que ses avocats estiment « plus forte » que le simple refus de paraître devant le juge et qui permet  également de rassurer sur son état de santé.

Selon son avocat parisien, Me Norbert Tricaud, le général Mokoko ne peut être poursuivi devant les juridictions de droit commun, du fait de son élévation à la dignité de Grand officier dans l’ordre du mérite congolais. Seule une cour spéciale de justice qui, pour l’instant, n’aurait pas été créée par les autorités congolaises, serait compétente pour examiner les accusations pesant sur lui. « Nous sommes devant un vide juridique », pointe l’avocat. D’après lui, les poursuites contre le général Mokoko devraient donc être annulées.

Bataille procédurale

Toujours selon l’avocat, la Cour suprême congolaise a rejeté, vendredi 16 mars, le pourvoi du général contre l’arrêt de la chambre d’accusation de la Cour d’appel de Brazzaville, en date du 9 février précédent, déclarant irrecevable sa demande en nullité pour incompétence.

Me Norbert Tricaud espère que le procès de son client interviendra lors de la prochaine session de la Cour criminelle de Brazzaville, qui doit débuter le 29 mars. « L’affaire n’est pas inscrite au rôle, mais nous apprenons en coulisse qu’elle pourrait l’être de façon « improvisée » en cours de session », affirme-t-il.

Le président Denis Sassou Nguesso avait, dans son message sur l’état de la nation, prononcé devant le Parlement, réuni en Congrès le 30 décembre 2017, émis le vœu « que s’ouvre, courant premier trimestre de l’année 2018, le procès des citoyens actuellement en garde à vue prolongée, accusés d’avoir troublé l’ordre public ou porté atteinte à la sûreté de l’État, au terme des scrutins référendaires et présidentiel de 2016 ».

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