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Cet article est issu du dossier «Sommet de Kigali : l'UA en route vers la Zone de libre-échange continentale»

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Politique

Union africaine-Comores : « Nous importons plus de marchandises d’Europe et d’Asie que des États africains voisins »

Souef Mohamed El-Amine, ministre comorien des Affaires étrangères, en novembre 2017 en Afrique du Sud. © DR / South African Government

Zone libre-échange, accords régionaux, situation à Mayotte et relations avec Paris… En marge du sommet extraordinaire de l’Union africaine de Kigali, Souef Mohamed El-Amine, ministre des Affaires étrangères des Comores, a répondu aux questions de Jeune Afrique.

Alors que les négociations se poursuivent à Kigali autour des modalités de la zone libre-échange continentale dont l’accord de lancement doit être doit être signé mercredi 21 mars, Souef Mohamed El-Amine, ministre des Affaires étrangères des Comores a accordé une interview à Jeune Afrique pour aborder les positions de l’état insulaire sur ce dossier.

Jeune Afrique : Les discussions semblent s’éterniser, malgré un discours relativement optimiste en amont du sommet. Pourquoi ?

Souef Mohamed El-Amine : Le retard est surtout d’ordre logistique. Le travail en amont a été bien fait pour mettre en place un cadre juridique à la zone de libre-échange. Il y a un engagement de la part de tous les États d’aller de l’avant et de signer mercredi. Il y a quelques réserves, mais les réserves n’empêchent pas d’aller de l’avant.

Quels sont ces blocages qui persistent ?

Les réserves tiennent beaucoup plus à la forme qu’au contenu. Il y a notamment débat autour du nombre de ratifications nécessaires à la mise en place de l’accord. Certains pays sont partisans d’un nombre minimum de 15, d’autres comme l’Afrique du Sud, militent pour un seuil de deux-tiers. Le compromis établi se situe autour de 20-22 pays.

Il y a aussi des divisions au sujet du secrétariat de la zone. Des pays souhaitent le détacher du siège de l’Union africaine mais il semblerait que l’on se dirige vers la solution d’Addis-Abeba, à la Commission [de l’UA].

Cette zone doit, à terme, aboutir à l’intégration des différentes communautés régionales. Que peut-il advenir des accords bilatéraux ?

Certains pays et certaines régions ont des accords préférentiels et pour eux ce sont des acquis qu’il faut essayer de préserver. Au niveau de notre sous-région, nous avons la Commission de l’océan Indien – qui regroupe quatre États africains Madagascar, les Comores, Maurice, Seychelles – qui a un partenariat avec l’Union européenne, qui finance la quasi-totalité des projets de cette organisation. Ce sont des acquis qu’il faut préserver, tout comme les accords bilatéraux, parce qu’il y a des résultats concrets sur le terrain.

Les Comores importent beaucoup mais exportent très peu, qu’avez-vous à gagner de cette baisse des barrières douanières ?

Nous importons beaucoup, mais nous importons surtout de la France, de Dubaï ou de la Chine, pas de l’Afrique du Sud ou de la Tanzanie, qui sont juste à côté. Mais si nous voulons importer du continent africain, l’important c’est la fluidité de ces échanges. Là se pose le problème des infrastructures que nous avons déjà soulevé lors du sommet de janvier à Addis-Abeba.

Lors des discussions, on a parlé de grand chantier, de train à grande vitesse… Mais dans le dictionnaire des petits États, cette notion n’existe pas. Il faut prendre en compte les spécificités de nos pays insulaires pour que cette zone de libre-échange puisse aussi nous profiter.

Nous avons rencontré le département des infrastructures et de l’énergie de la Commission de l’Union africaine en janvier, au sommet d’Addis-Abeba, et nous allons échanger avec eux à nouveau à l’issue de ce sommet pour discuter d’aides pour bâtir des routes et un aéroport.

Nous avons des produits à exporter, notamment le girofle, qui représente 45 % du volume de nos exportations, la vanille, et aussi la matière grise pour la parfumerie pour laquelle il y a un vrai marché en Afrique du Sud.

Nous attendons un dialogue politique sérieux avec la France sur la gestion de Mayotte

Quel regard portez-vous sur les récentes manifestations à Mayotte contre l’insécurité et l’immigration clandestine en provenance de l’archipel ?

À Moroni, nous déplorons ce qui se passe à Mayotte. C’est un dossier qui ne date pas d’aujourd’hui. Nous avons des adolescents qui sont derrière l’insécurité à Mayotte. Pourquoi ? Ce sont des enfants qui ont été séparés de leurs parents, n’ont pas reçu d’éducation et ne savent faire que des actes de vandalisme. Nous le déplorons, mais il faut que la France, qui gère Mayotte, prenne ses responsabilités.

Le gouvernement français a annoncé être prêt à collaborer avec vous, notamment en termes de sécurité maritime…

Les autorités françaises n’ont jamais souhaité ouvrir un dialogue franc et honnête sur le sujet. En septembre dernier j’ai vu le ministre des Affaires étrangères français Jean-Yves Le Drian. Nous nous sommes mis d’accord sur la mise en place d’une feuille de route, qui a depuis été suspendue, notamment à l’initiative des élus mahorais. La situation sur le terrain dépasse aujourd’hui les autorités françaises comme mahoraise. Nous attendons un dialogue politique sérieux avec la France sur la gestion de Mayotte.

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