Société

Pas de grosses prises en 2008, mais…

| Écrit par Cécile Sow

L’absence de grosses saisies de drogue depuis le début de l’année 2008 en Guinée-Bissau ne signifie pas que les narcotrafiquants ont déserté le pays. L’affaire des deux avions saisis en juillet le confirme, ainsi que les saisies régulières de petites quantités (entre 1 et 5 kg en moyenne) sur des voyageurs et des dealers de quartiers.

Aucun chiffre officiel n’a encore été communiqué sur le nombre et l’origine de ces petits trafiquants. Néanmoins, une source policière indique que ces arrestations démontrent l’existence d’un trafic à grande échelle. Comment ? « Parce que, le plus souvent, les complices opérant en ­Guinée-Bissau sont payés en nature avec quelques kilos prélevés sur la marchandise qu’ils passent », explique-t-on. Quand on sait que, selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), 90 % des saisies réalisées en Afrique sont « accidentelles », il ne fait aucun doute que l’interpellation de quelques passeurs ou revendeurs n’est que l’arbre qui cache la forêt. Un business très lucratif entretenu avec la complicité de l’État et de l’armée, selon un rapport de l’ONUDC publié en 2007 se basant entre autres sur des témoignages de hautes autorités. L’arrestation le 6 août du chef d’état-major de la marine, le contre-amiral Américo Bubo Na Tchuto, officiellement interpellé pour tentative de coup d’État, aurait un lien direct avec le débarquement, le 12 juillet dernier, de 500 kg de cocaïne à l’aéroport de Bissau. Placé en résidence surveillée, ce dernier s’est enfui en Gambie où « il ne risque pas d’être inquiété, soutient un responsable ­bissauguinéen, car il envisage de demander l’asile politique. Ce qui remettrait en cause son extradition ».

L’impunité et le manque de moyens sont deux obstacles à la lutte contre le narcotrafic, estime l’ONUDC, qui rappelle la libération en 2006 de deux Colombiens interceptés avec 674 kg de cocaïne et, en 2007, de deux officiers bissauguinéens arrêtés en possession de 635 kg de la même drogue. Si, sur le plan juridique, l’organe des Nations unies ne peut guère que constater les « dégâts », il soutient néanmoins les autorités. Un bureau local a été ouvert en mai dernier et un programme de 18 millions de dollars prévoyant notamment la mise en place d’une unité d’élite et la fourniture de matériels divers (véhicules, ordinateurs, etc.) a été lancé. L’État seul n’a pas les moyens de financer la lutte contre le crime organisé, confirme la directrice de la police judiciaire, Lucinda Gomes Barbosa Ahukarié. « Notre budget est si bas que je ne peux pas dire combien nous sommes censés recevoir », conclut-elle, embarrassée. Les caisses du gouvernement sont peut-être vides, mais il y a, selon la police, des signes montrant que l’argent circule dans le pays. Par exemple, le grand nombre de 4×4 neufs dans les rues de Bissau. « Beaucoup possèdent des immatriculations locales temporaires ou ont des plaques de Gambie, de Mauritanie ou encore du Sénégal », précise un agent.

En tout cas, toujours selon l’ONUDC, il est évident que les opérations liées à la drogue sont planifiées et exécutées par plusieurs personnes établies dans différents pays. C’est pourquoi, en ­Guinée-Bissau, les étrangers font désormais l’objet d’une surveillance accrue. « Les Sud-Américains ne sont pas les seuls à être ciblés. Nous savons qu’il y a également des Asiatiques et des Libanais », dit la patronne de la ­police. Un diplomate révèle qu’en 2006 et 2007 l’ambassade de Guinée-Bissau au Sénégal a constaté une augmentation du nombre de demandes de visas. « Cela nous a conduits à être beaucoup plus attentifs au profil des voyageurs, souligne Lucinda Gomes Barbosa Ahukarié. Les autorités de Bissau sont également devenues plus sévères dans l’attribution de la carte de résident. » Enfin, si l’on en croit un fonctionnaire international, les narcotrafiquants auraient tendance à se rabattre vers la Guinée-Conakry voisine, soupçonnée depuis peu de s’adonner à la culture du pavot.

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