Santé

Paludisme : l’OMS ouvre les discussions avec les partisans de l’artemisia afra

Le paludisme est un parasite transmis par l'anophèle femelle. © James Gathany / AP / SIPA

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) déconseille vivement l'usage naturel et en monothérapie de l'armoise, une plante dont l'une des substances actives combat le paludisme. Son bureau africain a cependant décidé de se rapprocher d'une association pour se pencher avec plus de précision sur les bienfaits possibles de l'espèce d'armoise qui pousse en Afrique.

« Depuis la mi-février, nous sommes sous convention de collaboration avec le bureau Afrique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), à Brazzaville. C’est un vrai changement ! », se félicite Jérôme Munyangi, médecin et chercheur congolais (RDC). Le médecin, qui a rencontré des représentants de l’OMS dès 2017 en compagnie de la chercheuse camerounaise en pharmacie Rosine Chougouo, fait partie de ceux qui pensent que la prise naturelle d’artemisia, aussi appelée armoise, peut aider à combattre le paludisme, qui tue toujours 438 000 personnes par an.

L’OMS déconseille la prise en monothérapie

L’artémisine, substance active extraite des feuilles de l’artemisia a déjà représenté un changement dans la lutte contre la malaria. En témoigne notamment ce document de Médecins sans frontières daté de 2004 et titré Contre le paludisme, il est temps de passer aux ACT ! Les ACT (pour « Artemisinin-based combination therapy ») sont des combinaisons médicamenteuses à base d’artémisinine.

L’artémisinine et ses dérivés ne doivent pas être utilisés en monothérapie orale

Dans ce texte, MSF prend cependant bien soin de préciser la différence entre de l’artemisia pure et les ACT : « Pour augmenter son effet, mais aussi retarder l’apparition de résistances, [l’artémisine] est administrée en association avec une autre molécule (…) amodiaquine ou méfloquine… » La prise d’artemisia en monothérapie naturelle est en effet vivement déconseillée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de nombreux professionnels de la santé. Sa prise en monothérapie (non associée à une autre molécule), peut en effet causer le développement de résistances qui rendent impossible tout traitement ultérieur

Cependant, la professeure de biologie américaine Pamela Weathers a conduit en 2017 une étude entre la République démocratique du Congo et les États-Unis. En quelques jours, son équipe affirme avoir guérit 18 personnes atteintes de malaria sévère et qui ne répondaient pas aux « ACT ». Des guérisons obtenues grâce à des doses de quelques grammes de feuilles séchées.

Une étude qui n’aura cependant pas suffit à convaincre l’OMS. Sur une page mise à jour en février 2018, l’organisation maintien ses préconisations : « L’artémisinine et ses dérivés ne doivent pas être utilisés en monothérapie orale car cela favorise l’apparition d’une résistance à l’artémisinine ».

Les partisans de l’artemisia afra demandent des études

Creative Commons / Wikimedia / Abalg

On a décompté vingt principes actifs anti-malaria dans l’artemesia afra, mais il faut maintenant aller plus loin dans les recherches

« Nous demandons des études pour des résultats précis », explique Luisa Dologuélé-Potolot, médecin centrafricaine et ancienne  fonctionnaire du PNUD. Comme Munyangi, elle pense que l’armoise n’a pas dit son dernier mot. Elle agite un sac sous vide rempli d’une herbe sèche, verte et jaune, à l’odeur âcre : de l’artemisia afra, une plante cousine de l’artemisia annua, d’origine chinoise.

Si les propriétés de l’annua sont bien connues, celles de l’afra le sont encore moins. Dologuélé-Potolot aimerait que l’efficacité et les effets secondaires ou indésirables de l’artemisia afra soit étudiés plus précisément. « On a décompté 400 possibles principes actifs dans l’artemesia afra, dont vingt anti-malaria, mais il faut maintenant aller plus loin dans les recherches. »

La plante est déjà connue en Afrique de l’Est, où elle pousse sur de hauts plateaux. Dans ces régions où le paludisme est rare ou inexistant pour des raisons climatiques, les habitants l’utilisent en décoction ou en infusion comme antiparasitaire pour combattre des infections pulmonaires. Dologuélé- Potolot s’enthousiasme : « Ce que nous avons remarqué de notre côté, c’est que prise sous forme de tisane, l’artemesia afra fonctionne en préventif comme en curatif. »

Six mois pour convaincre

Le bureau de Brazzaville de l’OMS s’est laissé convaincre de collaborer avec l’antenne congolaise de l’association La Maison de l’artemisia, crée en 2012 par Lucile Cornet-Vernet, française orthodontiste de formation, pour des essais cliniques et des recherches sur l’artemisia afra et annua.

« Nous laissons six mois à l’association pour répondre à différentes exigences de l’OMS, puis nous leur rendrons visite », détaille Ossy Kasilo, qui dirige le département des médecines traditionnelles et plantes médicinales au bureau africain de l’OMS.

Dologuélé-Potolot et Cornet-Vernet ne craignent pas de parler des « réticences » de l’institution internationale, mais on bon espoir de les briser. « Nous avons de bonnes chances de croire que l’afra n’a pas exactement les mêmes principes actifs que l’annua et rien ne prouve encore que sa prise génère des résistances. Nous devons vite étudier les propriétés de la plante. »

Si l’intérêt pour la monothérapie et la phytothérapie grandit, c’est aussi que les traitements les plus courants ont présenté des limites. « Il y a déjà une question d’accès. Aujourd’hui, on considère qu’environ une personne et demi sur dix en moyenne a accès à un traitement complet et efficace. Dans les pays encore largement ruraux, personne n’a accès aux traitements », insiste Dologuélé, qui prend son propre pays en exemple.

Polémique sur les effets secondaires des traitement médicamenteux

Les faux traitements sont une autre plaie réelle, de même que les résistances médicamenteuses qui se développement. Il y a aussi eu de nombreuses polémiques sur les effets secondaires.

L’une a notamment été récemment relayée Stromae. La star de la chanson, a ainsi expliqué à l’hebdomadaire français Marianne, qu’il souffrait  de crises d’angoisse, qu’il attribue à la prise d’un traitement antipaludique pendant sa tournée en Afrique en 2015. Le chanteur témoigne même dans un documentaire, Malaria Business, diffusé par la chaîne France Ô en 2017.

Alors, malgré les réticences et les craintes de nombreux professionnels de la santé, les études se multiplient. Une étude de l’OMS sur  la médecine traditionnelle dévoile qu’en 2010 « 22 pays faisaient de la recherche sur des médicaments traditionnels pour le paludisme (…) en utilisant les lignes directrices de l’OMS. » C’est le cas notamment à Dakar, où le professeur Guy Mergeai, chercheur et professeur d’agronomie tropicale rattaché à l’Université de Liège, étudie la plante.

Autre sujet de recherche, sur lesquels l’OMS attend des résultats de la part de La Maison de l’artemisia : les modes de culture et de transformation de la plante. « Si la transformation en tisane est très facile, la culture n’est pas forcément aisée. Mais nous pensons qu’un certain nombre de foyers, notamment en Afrique centrale, ont conservé un savoir-faire en culture vivrière », assure Dologuélé-Potolot.

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