Vie des partis

Tunisie – Ahmed Nejib Chébbi : « Je veux mobiliser les déçus de Nidaa »

Ahmed Néjib Chebbi, à Tunis en mars 2011. © REUTERS/Zoubeir Souissi

Le vieux routard de la politique, figure de la gauche tunisienne, a récemment crée un nouveau parti : le Mouvement démocratique. Avec ce projet, il a rejoint l'Union civile mais compte conquérir le centre de l'échiquier politique tunisien.

« Un homme du centre ». C’est ainsi que Ahmed Néjib Chebbi se présente dorénavant. Cette figure de la gauche passé à la social-démocratie, ancien secrétaire général du Parti démocrate progressiste, puis fondateur d’Al Jomhouri, a annoncé la création, en novembre 2017, du Mouvement démocratique, légalement enregistré à la mi-février après une parution en bonne et due forme au Journal officiel. Encore discret quant au rôle qu’il jouera au sein du parti, le leader s’explique sur son choix et donne les grandes lignes de sa stratégie.


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Jeune Afrique : Pourquoi avoir créer un nouveau mouvement ?

Ahmed Néjib Chebbi : La démocratie fonctionne par poids et contrepoids. Aujourd’hui, il y a un déséquilibre qui amène toujours plus de Tunisiens à se détourner de la politique. Pour que les Tunisiens aient envie de participer au rendez-vous électoral de 2019, il faut leur offrir une alternative. Nous venons donc combler un vide politique, 80% des Tunisiens rejettent les partis existants et déclarent ne pas vouloir voter.

En attendant 2019, participez-vous aux élections municipales ?

Nous avons rejoint tardivement l’Union civile [coalition centriste annoncée en janvier 2018, NDLR]. Cela fait une à peine une dizaine de jours que le parti a été institué, suite à la parution au Journal officiel. Notre contribution à l’échéance municipale sera donc forcément limitée.

Aucune justice sociale ne peut se réaliser en dehors de la démocratie

Où comptez-vous trouver des électeurs et des adhérents ?

Il faut s’adresser à la masse des électeurs du centre qui rejettent le conservatisme. C’est un groupe majoritaire dans le pays, qui n’a pas de leader depuis l’effondrement de Nidaa Tounes.


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Vous allez chercher des cadres chez Nidaa ?

Il ne s’agit pas de récupérer les cadres de ce parti éclaté, même si on ne veut rejeter aucune force, mais plutôt de mobiliser la base électorale centriste.

On vous décrit encore parfois comme un homme de gauche. Aujourd’hui, vous parlez de « centre ». C’est votre nouvelle étiquette ?

Je me perçois comme un homme du centre. J’ai été dans la gauche radicale, j’ai opéré une révision idéologique, il y a de cela quarante ans déjà, et je suis passé à la social-démocratie, considérant qu’aucune justice sociale ne peut se réaliser en dehors de la démocratie. Je pense qu’on peut concilier l’économie de marché et l’équité sociale.

Quel rôle allez-vous jouer au sein de cette nouvelle organisation ?

J’apporte d’abord un important capital symbolique au parti. J’en suis le président. Le nouveau mouvement ne part pas de zéro, mais de l’acquis politique et moral d’un long combat. Concernant l’avenir, tout reste ouvert.

Quel est le principal axe de votre programme ?

Un des principaux axes consiste en une refonte du système scolaire, universitaire et de la formation, permettant rapidement la relance de l’économie sur la base de l’innovation et du savoir. L’économie tunisienne ne peut pas rester sur un travail non qualifié et à bas prix. La Tunisie se doit d’intégrer la sphère de la production moderne.

Je respecte les choix de mes anciens compagnons de route et beaucoup restent des amis

Vous avez récemment parlé de votre envie de voir la Tunisie se doter d’une ligne à grande vitesse…

En Tunisie, plusieurs régions sont toujours littéralement enclavées. Les services de base sont inégalement répartis entre région, une véritable fracture régionale est apparue, qui menace la cohésion nationale. Aussi, des investissements publics massifs dans les routes, les autoroutes, les lignes ferroviaires à grande vitesse, dans la santé et l’éducation sont-ils nécessaires.

Lignes à grande vitesse et fibre optique sont deux équipements nécessaires. Pour mener à bien ces projets, quand j’étais au gouvernement, j’ai choisi le ministère du Développement régional. Il a disparu en 2013. Peut-être faudrait-il en relancer l’idée. Le Maroc a avancé sur son projet de ligne à grande vitesse et l’Algérie étudie les possibles.

Pensez-vous pouvoir attirer vos anciens camarades, notamment certains de longue date, comme Maya Jribi, l’actuelle secrétaire générale d’Al Jomhouri ?

Maya Jribi reste dans son parti, comme beaucoup d’autres de mes camarades. Je respecte les choix de mes anciens compagnons de route et beaucoup restent des amis.

N’avez-vous pas peur de perdre les électeurs au fur et à mesure de vos changements d’étiquettes ?

J’ai quitté Jomhouri parce que je lui reprochais d’être resté sur les vieux clivages et de n’avoir pas saisi les occasions qui se sont présentées à lui pour devenir une institution pérenne de la démocratie. Ma carrière politique se construit aussi en fonction de moments charnières. Il s’agit de tenir le cap sur les valeurs, dans un environnement mouvant et, surtout, de savoir regarder vers l’avenir.

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