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Cet article est issu du dossier «Offensive diplomatique turque en Afrique : les enjeux de la tournée d'Erdogan»

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Diplomatie

Turquie – Écoles Gülen en Afrique : « On n’a pas encore réussi à les déraciner, mais nous avons bien progressé »

Recep Tayyip Erdogan, le président turc, et Mohamed Ould Abdel Aziz, le président mauritanien, à Nouakchott le 28 février 2018. © Kayhan Ozer/AP/SIPA

La lutte contre les « Écoles Gülen », du nom de l'imam accusé par les autorités turques d'avoir fomenté le coup d'État de juillet 2016, figure en tête de l'agenda de Recep Tayyip Erdogan, actuellement en tournée en Afrique du Nord et de l'Ouest. Cemalettin Kani Torun, député AKP (parti au pouvoir), se félicite de voir que « les responsables africains se montrent coopératifs ».

Le dossier a été abordé à chacune des étapes de la tournée africaine du président turc qui se termine ce vendredi : la lutte menée par Ankara pour « déraciner » le Fetö, la confrérie de l’imam Fethullah Gülen. Très implantée sur le continent, notamment via un réseau d’écoles, elle est peu à peu chassée du continent. Début octobre, l’école Gülen de Dakar, où Recep Tayyip Erdogan a fait étape, a ainsi été fermée manu militari.

Cemalettin Kani Torun, député de l’AKP (parti au pouvoir), membre de la Commission des Affaires étrangères du Parlement turc et ancien ambassadeur de Turquie en Somalie, revient pour Jeune Afrique sur ce dossier jugé central par Ankara.

Jeune Afrique : Comment la Turquie considère-t-elle sa relation avec l’Afrique ?

Cemalettin Kani Torun : Notre présence remonte à l’Empire ottoman. Bien plus tard, en 1998, nous avons établi un « pacte d’action pour l’Afrique », qui n’a pu voir le jour en raison de la grave crise économique qui a frappé notre pays.

Mais c’est depuis l’arrivée de l’AKP aux affaires, en 2002, que le continent est devenu l’une de nos priorités. D’abord, pour des raisons politiques. L’élection, en 2008, de la Turquie au Conseil de sécurité de l’ONU grâce aux voix des Africains a contribué à ce rapprochement. Et puis, les hommes d’affaires turcs cherchent des débouchés en Afrique. Le président Erdogan les encourage.

Comment vivez-vous la concurrence avec la France ou la Chine ?

Nos pays ne sont pas en compétition, car nos approches sont différentes. Les anciennes puissances coloniales, comme la France, ont leur propre cercle de relations. Elles ont donc un avantage certain. La Chine, elle, utilise sa puissance financière pour lancer d’énormes projets.

Quant à la Turquie, elle est présente en Afrique non seulement grâce à ses grandes entreprises, mais surtout à ses PME, qui ont le courage de se hasarder et d’investir hors de leurs frontières. L’Afrique est un très grand marché, et il y a de la place pour tout le monde !

Qu’attend le président Erdogan de cette tournée ?

D’abord, développer nos exportations et nos investissements dans tous les secteurs (BTP, matériel électrique, agriculture, textile, etc.). Ensuite, faire connaître la position de la Turquie au Moyen-Orient et obtenir des soutiens auprès de ces pays, qui sont tous membres de l’Organisation de la coopération islamique.

Enfin, obtenir l’appui des Africains dans notre combat contre l’organisation Fetö [la confrérie de l’imam Fethullah Gülen, que le pouvoir turc accuse d’avoir fomenté le coup d’État de juillet 2016, ndlr], qui a développé des projets et implanté des écoles sur tout le continent.

Où en êtes-vous de votre opération d’éradication de cette organisation en Afrique ?

On n’a pas encore réussi à la déraciner, cela prendra plusieurs années car les investissements que les Fetö ont réalisés ne se sont pas faits en un jour. Jusqu’ici nous avons bien progressé, et les responsables africains se montrent coopératifs.

Dans certains pays, nous nous heurtons à des problèmes légaux (expropriation de biens ou de terrains privés). Mais dès lors que nos interlocuteurs comprennent l’étendue du danger que leur fait courir cette organisation, ils se rallient à notre point de vue et changent d’attitude.

Quels pays se sont montrés les plus coopératifs ?

La Somalie. Dès le lendemain du coup d’État du 15 juillet 2016, son gouvernement a remis les écoles Gülen aux ambassades turques, puis à la fondation Maarif [chargée par l’État turc de les administrer, ndlr]. Et il a expulsé tous les ressortissants turcs membres de l’organisation Fetö.

Birol Akgün, le dirigeant de Maarif, faisait partie de la délégation présidentielle…

C’est le président Erdogan qui parle directement de ce problème avec les autorités des pays dans lesquels il se rend. Puis, si un terrain d’entente est trouvé, les responsables de Maarif voient avec les différents ministères de l’Éducation comment prendre le contrôle de ces écoles.

Pourquoi estimez-vous que les gulénistes représentent un danger pour les Africains ?

Ils sélectionnent les enfants des responsables politiques et des hauts fonctionnaires, leur lavent le cerveau, pour les amener par la suite à prendre le pouvoir. Ils scolarisent les enfants pauvres, les orphelins, aux mêmes fins. Ils ont procédé ainsi en Asie centrale et s’apprêtaient à le faire en Afrique. Bref, sous couvert d’œuvres caritatives, ils ont un agenda caché.

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