Sécurité

Nigeria : les parents toujours sans nouvelles des jeunes filles « enlevées » par Boko Haram

Lai Muhammed, ministre nigérian de l'Information, à Dapchi, le jeudi 22 février 2018 © AP/SIPA

Une semaine après l'attaque par Boko Haram d'une école à Datchi, dans le nord-est du Nigeria, des dizaines de jeunes filles sont toujours portées disparues. Le président nigérian Muhammadu Buhari a reconnu lundi 26 février qu'elles avaient été « enlevées ».

« Le gouvernement reste aux côtés de celles [les étudiantes de Dapchi] qui ont été enlevées », a déclaré Muhammadu Buhari, à l’occasion d’une visite à la présidence d’une délégation d’anciens otages de Boko Haram. « J’ai ordonné à toutes les agences de sécurité du pays de garantir la sécurité dans nos écoles (…) et de ramener les filles kidnappées à leurs familles », a-t-il ajouté.

Cet enlèvement de masse n’est pas sans rappeler le précédent de Chibok, du nom de la ville de l’État voisin du Borno, où Boko Haram avait enlevé 276 élèves d’un internat en avril 2014. Leur enlèvement avait provoqué une vague d’indignation mondiale sur les réseaux sociaux, avec le mouvement « Bring Back Our Girls ».

Des annonces contradictoires

« Le choix des cibles de Boko Haram, des écoles, des marchés et des lieux de culte, reflète la cruauté des organisations terroristes », a estimé jeudi la porte-parole du département d’État américain, Heather Nauert.

Le gouverneur de l’État de Yobe, Ibrahim Gaidam, a finalement expliqué jeudi aux parents des élèves manquantes qu’elles n’avaient pas été « sauvées » par l’armée, comme l’avait annoncé son porte-parole la veille au soir.

« Personne n’a vu ces filles être emmenées dans des véhicules, il est possible que certaines d’entre elles aient croisé des motocyclistes en fuyant et qu’ils les aient emmenées quelque part », a déclaré Ibrahim Gaidam au cours de sa visite dans la résidence du chef de la communauté.

Le convoi du gouverneur caillassé

Des annonces contradictoires à l’origine d’une vive colère parmi les jeunes de la ville, qui ont dressé des barricades, incendié des pneus sur la route, et caillassé le convoi du gouverneur, a constaté un journaliste de l’AFP.  Plusieurs véhicules ont été endommagés par les jets de pierre, tandis que la police et les soldats pourchassaient la foule.

Le gouvernement de Yobe avait été le premier à confirmer officiellement un enlèvement.

Mais les circonstances exactes de l’attaque, ainsi que le nombre de filles disparues, restent très flous. En entendant des coups de feu, la plupart des enseignants et élèves de ce pensionnat de plusieurs centaines de lits ont fui dans l’obscurité à travers la brousse pour échapper aux jihadistes .

Une délégation du gouvernement fédéral a fait le déplacement à l’école – où elle a passé moins d’une heure – depuis la capitale Abuja, afin de rencontrer le gouverneur et des commandants militaires, avant de repartir en hélicoptère.

Le désespoir des parents

Le ministre de l’Information, Lai Mohammed, n’a pas fourni beaucoup plus d’explications, précisant seulement que « certaines (élèves) ont téléphoné depuis leur cachette (…) d’autres ont téléphoné depuis d’autres endroits ».

« Nous ne pouvons pas affirmer catégoriquement que +tant+ de filles ont été enlevées, mais nous pouvons dire que toutes ne sont pas revenues », a-t-il déclaré aux journalistes présents à Dapchi.

Inuwa Mohammed, dont la fille de 16 ans, Falmata, est portée disparue, s’est dit « dévasté par la tournure des évènements », affirmant que sa femme venait d’être admise à l’hôpital après s’être évanouie.

« Je m’étais réveillé avec le fort espoir de retrouver ma fille et ma femme avait préparé un accueil chaleureux, tout ça pour entendre (…) que toute cette histoire n’a été qu’une rumeur », a-t-il raconté.

La promesse de Buhari

Si les jeunes filles ne sont pas retrouvées rapidement, ce sera un camouflet pour le président Muhammadu Buhari, élu en 2015 sur la promesse de mettre fin à l’insurrection de Boko Haram.

Selon des habitants, les insurgés, lourdement armés, ont attaqué lundi soir la localité de Dapchi, tirant en l’air et faisant exploser des grenades.

Les assaillants « sont restés moins d’une heure de temps », a raconté Muhammad Kabo, un vendeur de thé, qui a dit avoir vu « environ neuf véhicules » se diriger vers l’école. Un peu plus tard, « j’ai entendu les filles crier dans le camion et il était clair qu’ils en avaient enlevé certaines », a-t-il ajouté.

Plus de 20 000 morts

Safai Maimagani, autre résident de Dapchi, a expliqué qu’un « groupe de combattants, habillés avec des uniformes de l’armée et des turbans noirs, blancs et rouges, ont demandé à un vendeur de rue de les conduire jusqu’à l’école. »

Le groupe jihadiste, dont le nom signifie « l’éducation occidentale est un péché », mène depuis 2009 une insurrection sanglante dans le nord-est du Nigeria. Ses attaques, et la répression par l’armée, ont fait plus de 20 000 morts et 2,6 millions de déplacés. Il a kidnappé des milliers de personnes, dont des femmes et des enfants.

C’est l’enlèvement de 276 lycéennes à Chibok qui avait donné au groupe jihadiste une tragique notoriété sur la scène internationale.

Cinquante-sept des lycéennes étaient parvenues à s’enfuir rapidement et, depuis mai 2017, 107 autres se sont évadées ou ont été libérés en vertu d’un accord passé entre le gouvernement et Boko Haram.

 

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