Politique

Guinée : un manifestant tué lors de la journée « ville morte » à Conakry

Des policiers lors d'affrontements avec des partisans de l'opposition, le 12 février 2018 à Conakry. © Reuters

La journée « ville morte » à Conakry s'est soldée lundi par la mort d'un jeune homme. D'autres personnes ont été blessées. L'opposition guinéenne, à l'origine de l'opération, a accusé la gendarmerie d'être responsable de ces violences.

Contestation des résultats des élections locales, violences post-électorales, grève dure des enseignants… Le climat social s’est encore alourdi lundi avec un appel à la grève générale lancée par le puissant syndicat UGTG.

« La ville était vraiment morte. Aucune activité économique. Aucun marché n’a ouvert. Aucune boutique. Aucun taxi n’a roulé. Tout le monde a observé le mot d’ordre », a déclaré dans la soirée le chef du principal parti de l’opposition, l’UFDG, l’ancien Premier ministre Cellou Dalein Diallo.

Deux blessés « en soins intensifs »

En fin de journée, « les gendarmes sont rentrés dans les quartiers, ils ont renversé les marmites, agressé des citoyens et, malheureusement, tué encore un jeune étudiant », a ajouté Cellou Dalein Diallo, qui a réclamé les « vrais » résultats des élections locales du 4 février.

Selon une source hospitalière interrogée par l’AFP, la victime, « Boubacar Sidy Diallo, âgé de 32 ans, a été tué par balle à Conakry et d’autres ont été blessés, dont deux étaient toujours aux soins intensifs ».

Des barricades avaient été érigés dès le début de la journée par des milliers de jeunes, qui ont brûlé des pneus dans les rues de Conakry. Ils répondaient à l’appel de l’UFDG, arrivé en deuxième position derrière le RPG, la formation du président Alpha Condé, lors des élections locales. Vivement contestées, celles-ci ont été suivies de violences post-électorales qui ont fait une dizaine de morts.

« L’opposition ne reculera pas »

« Ce n’est que le commencement. L’opposition ne reculera pas jusqu’à ce qu’elle soit rétablie dans ses droits », a expliqué devant la presse le chef de file de l’opposition, ajoutant avoir « discuté » avec le médiateur de la République, l’ancien Premier ministre Mohamed Saïd Fofana, et le conseiller personnel du chef de l’État, Tibou Kamara.

« Il y a eu des promesses, mais à ce stade, je n’ai absolument rien obtenu. Nous restons sur nos positions et nous continuerons à organiser des manifestations », a-t-il affirmé.

La Commission électorale nationale indépendante (Céni) a invité les partis contestataires des résultats à des « séances de rencontres à partir de jeudi », dont la première se fera avec une délégation de l’UFDG, selon un communiqué diffusé dans la soirée.

Stores baissées à Madina

Les troubles se sont concentrées dans des quartiers de Conakry traditionnellement hostiles au régime, comme Cosa, Bambéto ou Wanidara, où tous les commerces étaient fermés, selon des journalistes de l‘AFP. Des voitures ont également été caillassées et un bus de transport en commun appartenant à un propriétaire privé incendié à Matoto, dans le sud de la capitale.

La quasi totalité des commerçants du grand marché de Madina, qui fait figure de poumon économique de Conakry, avaient baissé leurs stores lundi, tandis que la circulation tournait au ralenti dans le centre administratif de la capitale.

Les écoles de Conakry étaient également à nouveau vides lundi. Depuis deux semaines, une faction dissidente du Syndicat libre des enseignants et chercheurs de Guinée (SLECG) a relancé un mouvement de grève entamé peu après la rentrée scolaire et qui a été lui aussi émaillé de manifestations meurtrières.

Grève générale

Les leaders syndicaux, non reconnus par l’État, réclament une augmentation des salaires des enseignants de 40 % avec effet rétroactif. Un de ses porte-parole a déclaré que la grève se poursuivrait malgré l’annonce samedi par le gouvernement d’une augmentation de 10 % des traitements des enseignants.

La grogne sociale s’est étendue lundi à l’ensemble de l’économie, à l’appel de l’Union générale des travailleurs de Guinée (UGTG), qui dénonce en vrac une mauvaise gestion de la sécurité sociale, des licenciements arbitraires dans plusieurs entreprises, la politisation de l’administration, les entraves à la liberté syndicale ou encore « l’indifférence » perçue de l’État face aux accidents de travail.

Le puissant syndicat a appelé les travailleurs de tous les secteurs (public, privé, mixte, informel) à arrêter le travail sur l’ensemble du pays « jusqu’à la satisfaction » de ses revendications.

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