Politique

Libye : le général dissident Khalifa Haftar réclame la suspension du Parlement

Premier membre du gouvernement libyen dans ce cas, le ministre de la Culture a annoncé son ralliement à l’offensive anti-islamiste du général à la retraite Khalifa Haftar, qui a déjà l’appui d’une partie de l’armée. Celui-ci réclame désormais la formation d’un Conseil présidentiel civil pour remplacer le Parlement et conduire le pays à de nouvelles élections législatives.

Mis à jour le 22 mai 2014 à 10:05

Les motivations réelles de Khalifa Haftar restent sujettes à caution. © AFP

Dans son offensive contre les islamistes, en particulier les "groupes terroristes" de Benghazi, le général à la retraite Khalifa Haftar ne cesse de recevoir des soutiens. Derniers en date, ceux du colonel Jomâa Al-Abani, le chef d’état major de la Défense aérienne qui a annoncé son ralliement dans la nuit de mardi à mercredi sur une télévision privée, et surtout celui du ministre libyen de la Culture, Habib Lamine, premier membre du gouvernement à se déclarer ouvertement en faveur de l’opération "Dignité" lancée par Haftar vendredi dernier contre les milices islamistes de Benghazi, faisant plusieurs dizaines de morts.

"Je soutiens cette opération contre les groupes terroristes. Le CGN, qui protège les terroristes, ne me représente plus", a déclaré à l’AFP le ministre de la Culture, affirmant toutefois qu’il gardait son poste de ministre jusqu’à sa "démission ou limogeage". Un renfort de poids qui a permis au général dissident de demander mercredi la formation d’un "Conseil présidentiel" en Libye pour remplacer le Parlement de plus en plus contesté et conduire le pays à de nouvelles élections législatives.

Doutes sur l’organisation d’un scrutin

"Le Conseil supérieur des forces armées" demande au Conseil supérieur de la magistrature, la plus haute autorité juridique du pays, "de former un Conseil supérieur présidentiel, civil, qui aura pour mission de former un gouvernement d’urgence et préparer des élections législatives", a-t-il indiqué, lisant un communiqué transmis par plusieurs télévisions libyennes. Ledit Conseil remettra le pouvoir ensuite au Parlement élu, a ajouté M. Haftar, qui parlait depuis la ville d’Al-Abyar, dans l’est libyen.

Face à la recrudescence des violences politiques, la Commission électorale avait fixé mardi au 25 juin la date de l’élection d’un nouveau Parlement pour remplacer le CGN. Certains observateurs mettent en doute la capacité des autorités à organiser le scrutin. Mais "la Commission électorale dispose des moyens logistiques et humains nécessaires pour organiser ces élections à la date prévue", a estimé un diplomate occidental.

La Libye est devenue un repère pour les terroristes qui contrôlent les rouages de l’État.

"La Libye est devenue un repère pour les terroristes qui contrôlent les rouages de l’État", a-t-il répété Haftar mercredi soir. Mais son opération est toutefois accueillie avec beaucoup de méfiance, y compris parmi les anti-islamistes, qui doutent de ses motivations réelles. "Oui nous appuyons cette opération. Mais leurs initiateurs doivent nous donner un objectif bien déterminé. La lutte contre le terrorisme ne doit pas être un moyen pour se débarrasser de ses rivaux politiques", a estimé Fawzi Abdelali, ambassadeur et ancien ministre de l’Intérieur.

Le chef d’état-major de la marine blessé

Les autorités libyennes ont condamné une "tentative de coup d’État", et les États-Unis ont réagi en affirmant n’approuver ni ne soutenir "les actions conduites sur le terrain".
Si la situation était quasi-normale à Tripoli et Benghazi, plusieurs incidents sont venus rappeler que la tension est permanente dans le pays. Ainsi l’assassinat mardi d’un ingénieur du bâtiment chinois à Benghazi illustre l’insécurité et l’anarchie qui empêchent tout essor économique ou stabilité politique dans ce riche pays pétrolier.

Mercredi, le chef d’état-major de la marine a été "légèrement blessé" dans une attaque contre son convoi à Tripoli. Un chauffeur et deux gardes ont été aussi blessés. Et des explosions ont été entendues dans le quartier de Salaheddine, dans le sud de la capitale, où sont situés des sites militaires occupés par de puissantes brigades de la région de Zenten, considérées comme le bras armé du courant libéral qui réclame la dissolution du Congrès.

(Avec AFP)